Récit de voyage / Belgique
Lundi 31 août 2026
Bruxelles au quotidien : entre séminaire, rencontres et découvertes
Par : Joël Lorquet, PhD
Ce premier jour de séminaire à Bruxelles m’a offert bien plus qu’une journée de travail. Entre rencontres internationales, découvertes du Sablon, observations de la vie bruxelloise et souvenirs d’Haïti, j’ai vécu une journée riche en réflexions et en découvertes.
Un réveil matinal après une courte nuit
Aujourd’hui, lundi, marque le premier jour du séminaire. La veille, je me suis couché assez tard, vers 3 heures du matin, après avoir travaillé sur mon ordinateur. J’avais programmé mon téléphone pour me réveiller à 6 h 30. Une fois réveillé, j’ai pris une douche, je me suis habillé, puis je suis descendu au rez-de-chaussée pour prendre mon petit-déjeuner.
Le petit-déjeuner est particulièrement bien servi dans cet hôtel. De l’extérieur, on pourrait pourtant avoir l’impression que l’établissement n’est pas très grand, mais il offre en réalité de nombreux services et dispose de 192 chambres.
Le NH Collection Brussels Grand Sablon
Situé au cœur du prestigieux quartier du Grand Sablon, au 2, rue Bodenbroek à Bruxelles, le NH Collection Brussels Grand Sablon est un hôtel quatre étoiles. L’établissement compte aujourd’hui 192 chambres réparties sur cinq étages et bénéficie d’un emplacement privilégié, à proximité de la place du Grand Sablon, de l’église Notre-Dame des Victoires, des antiquaires, des galeries d’art, des restaurants et de plusieurs sites historiques de Bruxelles.
L’hôtel dispose également de salles destinées aux réunions et aux événements professionnels.
En allant prendre mon petit-déjeuner, j’ai demandé à un employé pourquoi je ne voyais pas beaucoup de monde dans l’hôtel. Il m’a répondu que tous les clients ne venaient pas prendre leur petit-déjeuner au même moment ni nécessairement au même endroit.
Le petit-déjeuner est effectivement très bien organisé. Il y a deux espaces : l’un propose des mets plus légers, tandis que l’autre offre notamment des œufs et différents plats plus consistants. L’ensemble est bien présenté et permet à chacun de choisir selon ses goûts.
En route vers le séminaire
Après le petit-déjeuner, je suis sorti pour me rendre au lieu du séminaire, situé boulevard du Régent. En chemin, j’ai rencontré l’une des participantes, originaire d’Arabie saoudite, qui se rendait également à pied. Nous avons décidé de faire le trajet ensemble.
Cependant, les rues de Bruxelles ne sont pas toujours parfaitement rectilignes et, en suivant le plan, nous nous sommes quelque peu égarés. Comme nous ne voulions surtout pas être en retard, puisque l’activité devait commencer à 9 heures, nous avons finalement fait appel à un taxi Uber pour terminer le trajet.
Une Belgique calme, loin de l’agitation haïtienne
Ici, en Belgique, j’ai parfois l’impression que l’actualité est beaucoup moins mouvementée qu’en Haïti. La vie quotidienne paraît relativement calme, les rues sont paisibles et les informations diffusées par les médias ne sont pas constamment dominées par les crimes, les enlèvements, les affrontements armés ou les violences politiques.
Cette impression m’a d’ailleurs été confirmée, d’une certaine manière, par l’une des participantes au séminaire, qui travaille dans le domaine de la communication. Elle m’a fait remarquer qu’il n’y avait finalement pas énormément d’informations à traiter dans les médias.
Je lui ai répondu en souriant qu’en Haïti, c’est presque le contraire : nous avons tellement d’événements à rapporter qu’il est parfois difficile de tout suivre.
La comparaison entre les deux pays permet de mesurer à quel point les réalités sont différentes. En Belgique, les problèmes existent évidemment. Les débats politiques peuvent être très vifs et les questions économiques, sociales, migratoires ou de sécurité alimentent régulièrement l’actualité. Mais ces problèmes ne prennent généralement pas la même forme ni la même intensité que les crises auxquelles la population haïtienne est confrontée quotidiennement.
La Belgique a d’ailleurs connu des crises politiques impressionnantes sans que le fonctionnement général de l’État ne s’effondre. L’exemple le plus spectaculaire remonte à 2010-2011. Après les élections fédérales du 13 juin 2010, les partis politiques ont mis 541 jours avant de parvenir à un accord permettant de former un nouveau gouvernement. Le gouvernement d’Elio Di Rupo a finalement prêté serment en décembre 2011. Pendant cette longue période, un gouvernement chargé des affaires courantes a continué à assurer les fonctions essentielles de l’État.
Plus récemment, après les élections fédérales du 9 juin 2024, les négociations entre les différents partis ont également été longues. Le nouveau gouvernement fédéral dirigé par Bart De Wever a finalement prêté serment le 3 février 2025.
Ce qui m’impressionne particulièrement en Belgique, c’est que même lorsque la politique est compliquée, l’État continue de fonctionner. Les administrations, les services publics, les transports, les écoles, les hôpitaux et les autres institutions poursuivent leurs activités.
Cette continuité donne à la population un sentiment de stabilité qui contraste fortement avec la réalité haïtienne, où les crises politiques et sécuritaires peuvent directement perturber la vie quotidienne.
En observant cette réalité belge, je comprends davantage l’importance de la solidité des institutions. Un pays peut connaître des désaccords politiques, des changements de gouvernement et même de longues périodes de négociations sans nécessairement sombrer dans le désordre. C’est cette capacité de l’État à continuer de fonctionner malgré les crises politiques qui me paraît particulièrement remarquable en Belgique.
Des rencontres venues d’Afrique et des quatre coins du monde
Pendant la pause consacrée au déjeuner, à la mi-journée, j’en ai profité pour échanger avec plusieurs participants venus d’Afrique, notamment du Togo, de la République démocratique du Congo et du Burundi. Ces conversations m’ont permis de découvrir leurs parcours et de mieux comprendre leurs expériences respectives.
Durant ce séminaire, j’ai également fait un constat qui m’a beaucoup amusé : je suis véritablement un « pigeon voyageur ».
À ma table se trouvaient des représentants de Singapour, d’Israël, de l’Autriche et de la Slovaquie. En réfléchissant à mes propres voyages, je me suis rendu compte que j’avais déjà visité les trois premiers pays.
J’ai notamment eu l’occasion de découvrir Singapour en 2002, à l’occasion d’un cours d’« Advanced Leadership » organisé par le Haggai Institute.
J’ai également visité Israël en 2000, dans le cadre d’une tournée organisée à l’initiative de Radio Lumière. Quant à l’Autriche, je l’ai découverte en 1987, notamment dans la région proche de la frontière avec l’Allemagne, lors d’un voyage d’études consacré aux « Mass Media et à la formation des journalistes », organisé par Inter Nationes.
La Slovaquie, en revanche, reste encore un pays que je n’ai pas visité. J’ai donc trouvé particulièrement intéressant de constater qu’autour d’une même table, je retrouvais des représentants de pays que j’avais déjà eu l’occasion de découvrir au cours de mes voyages.
Retour à pied à travers Bruxelles
Dans l’après-midi, j’ai décidé de retourner seul à l’hôtel, à pied. Il pleuvait légèrement, mais cela ne m’a pas découragé. J’ai suivi la carte pour retrouver mon chemin.
En suivant mon itinéraire, je suis passé par le parc Royal, puis j’ai poursuivi ma route en empruntant la rue Royale. Cette promenade m’a permis d’observer davantage Bruxelles et de comparer son environnement urbain avec celui que je connais en Haïti.
Le centre de Bruxelles est marqué par de grandes constructions anciennes, souvent imposantes et élégantes. Plusieurs rues sont encore pavées, ce qui donne à certains quartiers un charme particulier et rappelle l’histoire de la ville.
Les transports bruxellois et une pensée pour Haïti
Ce qui a particulièrement attiré mon attention ici, c’est le système de transport en commun. Bruxelles utilise notamment des tramways électriques, alimentés par des lignes aériennes, ainsi que des autobus.
En observant ces tramways circuler dans les rues, j’ai immédiatement pensé à Haïti. Je me suis dit qu’un système de transport électrique de ce type pourrait être intéressant pour notre pays. Il est pratique, relativement économique et permet de transporter beaucoup de personnes sans nécessiter autant d’espace que les voitures individuelles.
Pour Haïti, cela aurait pu constituer un bon projet. Mais une telle infrastructure nécessite évidemment une alimentation électrique fiable et une organisation efficace du transport et de la circulation. Or, chez nous, les problèmes de coupures, de rationnement et d’insuffisance d’électricité constitueraient déjà un obstacle majeur.
Lorsque j’ai vu les rails du tramway intégrés directement au milieu de la chaussée, je me suis également demandé si un tel système serait facilement applicable en Haïti. Avec le désordre qui caractérise souvent la circulation, les difficultés pourraient être nombreuses : risques d’accidents avec les véhicules, les piétons et les motocyclettes, respect insuffisant des règles de circulation et, encore une fois, problème de disponibilité de l’électricité.
Une ville agréable à parcourir à pied
J’ai aussi remarqué que beaucoup de personnes préfèrent marcher. Des femmes et des hommes se déplacent à pied pour aller travailler, parfois avec leur tenue professionnelle, et cela même en fin de journée.
Il est agréable de marcher à Bruxelles : les rues sont relativement propres et les infrastructures permettent aux piétons de circuler dans de bonnes conditions. En cette période de l’année, la pluie est cependant assez fréquente. Heureusement, il s’agit souvent de pluies passagères qui ne durent pas très longtemps.
Je me suis progressivement familiarisé avec le parcours et j’ai finalement retrouvé ma route sans trop de difficultés. J’ai tout de même demandé à un passant de me confirmer que j’étais bien proche de mon hôtel.
Retour au Sablon
Dès que j’ai aperçu l’église Notre-Dame des Victoires au Sablon, j’ai su que j’étais arrivé à destination.
Contrairement à la veille, dimanche, il n’y avait plus de marchands installés sur la petite place devant l’église pour proposer de la vaisselle, des couverts, des objets anciens et diverses pièces de collection. J’ai compris qu’ils étaient probablement autorisés à installer leurs étals principalement durant le week-end. Ce lundi étant un jour ouvrable, la place était beaucoup plus calme et presque vide.
Avant de rentrer à l’hôtel, je voulais encore passer au restaurant Le Pain Quotidien, mais celui-ci était malheureusement fermé. J’ai donc décidé de chercher un autre endroit où manger avant de rentrer à l’hôtel pour me changer et aller ensuite faire mon jogging.
Une halte au Vieux Saint Martin
Malgré une petite pluie fine, j’ai longé la rue des Sablons. Après être passé devant deux autres restaurants également fermés, je me suis finalement arrêté devant Au Vieux Saint Martin, une véritable institution du Grand Sablon.
Je me suis dit que, de toute façon, les cuisines du monde ont beaucoup de points communs : ce qui fait véritablement la différence, c’est surtout la manière dont les aliments sont préparés, présentés et servis. On retrouve souvent, sous différentes formes, des féculents, des protéines et des légumes, auxquels s’ajoutent les matières grasses et les différents assaisonnements.
Il était environ 17 h 40. Quelques clients avaient choisi de s’installer à l’extérieur, sur la terrasse, malgré la fraîcheur qui commençait à se faire sentir. Pour ma part, j’ai préféré entrer afin d’être plus confortable.
Une institution du Sablon depuis 1968
Au Vieux Saint Martin, situé au 38, Grand Sablon, est une institution de la gastronomie bruxelloise. Contrairement à ce que l’on pourrait parfois penser, le restaurant n’a pas été créé en 1926. Cette date correspond à l’ouverture, par Joseph Niels, de l’hôtel-restaurant Canterbury. L’histoire du Vieux Saint Martin au Grand Sablon commence véritablement en 1968, lorsque son fils Albert Niels reprend le Café de la Justice et ouvre l’établissement en novembre de la même année.
La famille Niels est également à l’origine du célèbre filet américain, dont Joseph Niels a établi la recette en 1924. C’est d’ailleurs le centenaire de cette création que la famille a célébré en 2024.
Albert Niels avait fait appel au designer belge Christophe Gevers pour aménager le restaurant. Le décor privilégiait des matériaux nobles comme le chêne massif, le laiton, le cuivre, le cuir et la pierre bleue. Le restaurant est également associé à l’histoire artistique du Sablon, un quartier fréquenté autrefois par des artistes comme Hergé, René Magritte et Paul Delvaux.
L’établissement possède également une salle destinée aux banquets et aux réceptions ainsi que des chambres et une suite situées au-dessus du restaurant.
L’accueil, un élément essentiel du service
J’ai particulièrement apprécié la manière dont le client est accueilli. Pendant qu’il attend, on lui sert du pain et du beurre ainsi que quelques amuse-bouches, notamment des noix et des raisins.
Je me suis alors demandé pourquoi certains restaurants haïtiens ne pourraient pas adopter ce genre de petites attentions. Ce n’est pas nécessairement un luxe coûteux, mais plutôt une façon de montrer au client qu’il est attendu et considéré.
Pourquoi faudrait-il nécessairement se rendre dans un restaurant huppé de Pétion-Ville pour bénéficier d’un tel service ? Même un restaurant de gamme moyenne pourrait offrir de petites attentions de ce genre afin d’améliorer la qualité de l’accueil, de satisfaire sa clientèle et, surtout, de la fidéliser.
J’ai finalement commandé un pavé de saumon accompagné de jus de tomate, car cela faisait quelque temps que je n’avais pas bu ce jus naturel.
Une rencontre inattendue dans l’église Notre-Dame des Victoires
Après mon repas, vers 18 h 24, j’ai eu l’idée de visiter l’église Notre-Dame des Victoires au Sablon. Une messe était en cours.
Lorsque je suis entré, le prêtre donnait la communion aux fidèles. Cette scène m’a immédiatement ramené à mon enfance, lorsque j’étais élève chez les Frères de l’Instruction chrétienne, à l’école Jean-Marie Guilloux, près de la cathédrale de Port-au-Prince, dans le secteur du bas de Bel-Air. À cette époque, les frères nous demandaient d’assister à la messe.
Un silence profond régnait dans l’église. Puis, tout à coup, une chorale a cappella a interprété brièvement un chant grégorien qui semblait clôturer la célébration.
Peu à peu, les fidèles et les touristes ont quitté l’église.
Avant de partir, alors que je prenais encore quelques photos, j’ai vu le prêtre se placer à la porte pour saluer les personnes qui sortaient. J’en ai profité pour l’aborder.
Je me suis présenté comme un ancien élève d’une école dirigée par les Frères de l’Instruction chrétienne en Haïti et je lui ai demandé s’il accepterait de m’accorder une courte entrevue au sujet de l’église.
Au début, il a refusé. J’ai insisté poliment en lui expliquant que nous ne parlerions pas de politique, mais plutôt de son parcours, de l’église et de messages positifs qu’il pourrait éventuellement transmettre aux jeunes. Il a finalement accepté.
À Notre-Dame du Sablon, le père Antonin Lemaire témoigne de sa vocation, de la foi chrétienne et de l’avenir de l’Église
L’église Notre-Dame du Sablon, l’un des lieux religieux emblématiques de Bruxelles, a servi de cadre à une rencontre avec le père Antonin Lemaire. Prêtre depuis près de huit ans, il a accepté de partager quelques réflexions sur son parcours, sa vocation sacerdotale, le sens de son ministère, la pratique religieuse en Belgique, la jeunesse, les messes en semaine, l’histoire de Notre-Dame du Sablon, les relations entre catholiques et réformés, ainsi que sur Haïti et l’avenir de l’Église catholique dans le monde.
Une vocation nourrie par la famille et la rencontre avec un prêtre
Interrogé d’abord sur son parcours et sur ce qui l’a conduit à consacrer sa vie à Dieu, le père Antonin Lemaire explique que sa vocation s’est construite à partir de plusieurs expériences. Il évoque notamment sa foi en Jésus-Christ, mais aussi l’influence de sa famille.
Il se souvient particulièrement de ses deux grands-mères, qu’il décrit comme des femmes de foi, chacune à sa manière. L’une d’elles était décédée plus ou moins avant sa naissance, mais l’autre a contribué, par sa vie, ses prières et son exemple familial, à lui transmettre une certaine vision de la foi.
Son parcours spirituel a également été marqué par une rencontre importante durant son adolescence. Il raconte avoir rencontré un prêtre qui lisait la Bible et partageait autour des Saintes Écritures. Cette expérience l’a profondément marqué et lui a beaucoup apporté dans son cheminement.
Le père Lemaire reconnaît ainsi avoir ressenti l’appel relativement tôt. Toutefois, entre l’âge de dix ans et celui de vingt-cinq ans, cette vocation n’a pas toujours occupé la même place dans sa vie. Elle a parfois été mise quelque peu de côté, mais, précise-t-il, elle n’a jamais réellement été oubliée.
« Le prêtre montre le chemin vers la vie avec le Seigneur »
Pour le père Antonin Lemaire, être prêtre ne se résume pas à exercer une fonction religieuse. Le prêtre possède, selon lui, une dimension prophétique : celle de montrer le chemin vers la vie avec le Seigneur.
Ce chemin, explique-t-il, est celui que Jésus lui-même a ouvert et montré aux hommes, un chemin dans lequel Dieu doit avoir toute sa place.
Le ministère sacerdotal comporte également une importante dimension de prière. Le prêtre est appelé à porter la prière, pour lui-même et pour les autres, et à se consacrer pleinement à Dieu dans la liturgie et dans la vie communautaire.
Dans cette perspective, il évoque également la place de Marie dans la foi chrétienne. Il rappelle qu’elle est considérée comme médiatrice des grâces et souligne le lien particulier que le prêtre peut entretenir avec Marie et avec les saints.
Mais le prêtre est avant tout, selon lui, au service de la communauté.
Il doit être présent non seulement pour les chrétiens, mais aussi pour les personnes qui se posent des questions sur la vie chrétienne, celles qui ne sont pas encore chrétiennes comme celles qui ne le sont plus.
Cette mission implique, poursuit-il, une certaine disponibilité et une place particulière dans la société. Le prêtre est appelé à être identifié comme quelqu’un qui a choisi de consacrer sa vie à Dieu et qui, de ce fait, ne fait pas nécessairement tout ce que les autres font.
Une influence dans la vie des autres, mais d’abord l’action de Dieu
À la question de savoir s’il pense avoir influencé la vie des personnes rencontrées au cours de son ministère, le père Lemaire répond avec modestie.
Il estime que nous influençons tous, d’une manière ou d’une autre, la vie des autres, notamment de manière positive. Mais il refuse de placer l’action du prêtre au centre.
Pour lui, c’est surtout le Seigneur et son Esprit qui agissent entre les personnes lorsqu’elles s’aiment et vivent véritablement leur foi.
Les fruits de cette action ne sont d’ailleurs pas toujours visibles. Le prêtre ne voit pas nécessairement les conséquences de son ministère ou de sa présence dans la vie des personnes qu’il accompagne.
Cette réflexion l’amène à rappeler une conviction essentielle : servir Dieu, c’est déjà, d’une certaine manière, participer à son règne. Être au service de Dieu sur la terre signifie que l’on est déjà, en quelque sorte, dans le Royaume.
L’Église catholique en Belgique face à la diminution de la pratique religieuse
La conversation s’est ensuite orientée vers la situation de l’Église catholique en Belgique, dans un contexte européen marqué par une baisse de la pratique religieuse.
En évoquant notamment la situation française et les transformations liées à la postmodernité, la question lui est posée de savoir si la Belgique connaît une évolution comparable, avec notamment des églises qui perdent leur fréquentation et certaines qui peuvent recevoir d’autres fonctions.
Le père Lemaire nuance cette comparaison.
Il explique que ce ne sont pas nécessairement des églises transformées en salles de cinéma, mais reconnaît qu’il existe aujourd’hui beaucoup plus de bâtiments religieux que de fidèles, et donc davantage de places disponibles que de personnes pour les occuper.
Il demeure cependant heureux de voir une église remplie. Certaines journées et certaines occasions permettent encore de retrouver cette affluence, notamment lors des grandes fêtes, des mariages et d’autres célébrations.
À l’inverse, certaines églises sont moins fréquentées. Dans ces situations, le prêtre cherche à leur redonner une fonction, afin qu’elles puissent continuer à servir et à être des lieux de prière.
Les jeunes et leur recherche spirituelle
La situation de la jeunesse constitue également une préoccupation importante. Interrogé sur le niveau de pratique religieuse des jeunes aujourd’hui et sur l’éventuel ralentissement de la foi chrétienne à Bruxelles, la réponse du père Lemaire se veut nuancée.
Il estime que les jeunes conservent un désir de recherche spirituelle. Ils parlent de foi et de spiritualité, même si leurs démarches peuvent parfois mélanger différentes traditions ou différentes conceptions.
Autrement dit, la diminution de la pratique religieuse traditionnelle ne signifie pas nécessairement la disparition de toute recherche spirituelle chez les jeunes.
Les messes en semaine, un lieu d’approfondissement de la foi
À propos des messes célébrées en dehors du dimanche, le père Lemaire rappelle qu’il existe à Bruxelles de nombreux endroits où des messes sont célébrées quotidiennement, notamment le matin ou le soir. Plusieurs célébrations sont ainsi proposées en semaine.
À ses yeux, ces messes de semaine constituent une bonne chose pour les fidèles. Elles leur permettent d’approfondir leur foi et de nourrir leur vie spirituelle.
Il y voit également une tradition qui conserve toute son importance dans la vie de l’Église.
À Notre-Dame du Sablon, plusieurs personnes viennent ainsi quotidiennement. L’église bénéficie notamment de sa situation au cœur de Bruxelles, dans un environnement urbain et central, ce qui contribue à sa fréquentation.
Notre-Dame du Sablon, un lieu de foi, d’histoire et de rencontre
Opinant sur sur l’église Notre-Dame du Sablon elle-même, compte tenu de son ancienneté et de son importance historique, le père Lemaire souligne le caractère ancien de cet édifice et son inscription dans une histoire religieuse et européenne beaucoup plus vaste.
Le père Lemaire insiste sur le caractère européen des chants grégoriens et de différents éléments liés à l’histoire religieuse. Il rappelle que Bruxelles et cette partie de l’Europe ont longtemps constitué un carrefour où se rencontraient des populations provenant de différents territoires correspondant aujourd’hui à la France et à d’autres pays européens.
Notre-Dame du Sablon apparaît ainsi non seulement comme un lieu de culte, mais également comme un lieu de rencontre.
La dimension mariale occupe également une place importante dans l’histoire et la vocation de cette église. La référence à Notre-Dame du Sablon renvoie précisément à cette dévotion à Marie et à une longue tradition religieuse.
La présence des Églises réformées et protestantes
Questionné sur la sur la présence et le développement des Églises réformées et protestantes, le père Lemaire ne considère pas nécessairement cette évolution comme une menace pour l’Église catholique. Sa réflexion est plutôt ouverte.
Il estime que, lorsque des personnes cherchent Dieu, il est positif qu’elles puissent trouver des lieux et des communautés dans lesquels elles peuvent poursuivre cette recherche.
Il souligne cependant que les Églises sont diverses et que toutes ne fonctionnent pas de la même manière. Certaines présentent des caractéristiques particulières, ce qui nécessite de tenir compte de cette diversité du paysage chrétien.
Cette approche témoigne d’une volonté de ne pas réduire les relations entre différentes confessions chrétiennes à une simple logique de concurrence.
Un regard sur Haïti et un message aux Haïtiens
Au cours de l’entretien, le père Antonin Lemaire est également interrogé sur son regard sur Haïti et sur ce qu’il pourrait attendre du pays. La question lui est posée en tant qu’intellectuel et homme d’Église.
Le père Lemaire a indiqué qu’il est au courant de l’actualité en Haïti, notamment grâce à l’une de ses amies, Marie-Éva, qui est haïtienne et qui, de temps à autre, lui donne des nouvelles du pays.
Invité à adresser un message aux Haïtiens, le père Lemaire formule le souhait de voir le pays retrouver la paix et les Haïtiens bénéficier de réconfort et de courage face aux épreuves. Il les invite également à garder l’espérance et à poursuivre leur chemin avec détermination, malgré les difficultés auxquelles le pays est confronté.
Un avenir de l’Église « très dur », mais entre les mains de Dieu
En conclusion, le père Antonin Lemaire est interrogé sur l’avenir des catholiques dans le monde, en Belgique et plus largement en Europe.
Sa réponse est à la fois réaliste et profondément spirituelle.
« L’avenir, je le vois très dur », affirme-t-il, tout en ajoutant immédiatement que cet avenir demeure entre les mains de Dieu.
Malgré les transformations profondes de la société, la diminution de la pratique religieuse, les églises moins remplies, les interrogations de la jeunesse et les incertitudes concernant l’avenir du christianisme en Europe, la mission du prêtre demeure, pour le père Lemaire, celle d’indiquer un chemin vers Dieu, de prier, d’accompagner les personnes et de servir la communauté.
Dans l’église Notre-Dame du Sablon, au cœur de Bruxelles, ce témoignage prend une dimension particulière. Dans un édifice chargé d’histoire, le père Antonin Lemaire rappelle ainsi que la foi chrétienne ne se résume pas à la fréquentation des bâtiments religieux : elle demeure aussi une recherche, une rencontre, une prière, un engagement et, surtout, une confiance dans le Seigneur.
Une église chargée d’histoire
Après cette rencontre, je suis sorti pour réaliser quelques prises de vue. J’ai alors aperçu deux dames assises devant l’entrée de l’église et en pleine conversation.
Je me suis excusé et leur ai demandé si elles accepteraient de m’accorder une courte entrevue sur leur église. L’une d’elles a décliné, mais l’autre a accepté de me parler, à condition que l’entretien se fasse sans caméra.
Elle m’a expliqué qu’elle fréquentait régulièrement Notre-Dame des Victoires au Sablon et qu’elle considérait cette église comme l’une des plus belles de Belgique.
L’église Notre-Dame des Victoires au Sablon, également appelée Notre-Dame du Sablon, est l’un des monuments religieux les plus remarquables de Bruxelles. Son histoire remonte à 1304, lorsqu’un oratoire dédié à la Vierge Marie fut établi sur le site. La tradition rapporte qu’en 1348, une statue miraculeuse de la Vierge fut amenée d’Anvers à Bruxelles par Béatrice Soetkens, ce qui contribua au développement du sanctuaire. L’église actuelle, construite progressivement entre les XVe et XVIe siècles, est un magnifique exemple du gothique flamboyant. Restaurée à plusieurs reprises au XIXe et au XXe siècle, elle est classée comme monument historique depuis 1936 et demeure aujourd’hui un important lieu de culte et un joyau du patrimoine bruxellois.
L’édifice est l’un des monuments religieux remarquables de Bruxelles. Son architecture gothique, ses vitraux, ses chapelles et son riche patrimoine artistique en font un lieu particulièrement impressionnant au cœur du Sablon.
Cette rencontre m’a permis de voir l’église non seulement comme un monument historique et touristique, mais aussi comme un lieu qui continue à jouer un rôle dans la vie spirituelle de personnes qui la fréquentent.
Le jogging, une autre manière de découvrir Bruxelles
Après cette visite, je suis retourné à l’hôtel pour me changer et aller faire mon jogging.
Cette course m’a permis de mieux comprendre le circuit qui mène au boulevard du Régent, où se tient le séminaire. Comme d’habitude, j’en ai profité pour observer mon environnement et faire quelques remarques.
J’ai notamment constaté qu’il y avait beaucoup de parkings souterrains. Contrairement à ce que j’ai pu observer dans certaines villes comme Montréal, les accès semblent parfois relativement étroits et organisés de manière à conduire directement les véhicules vers les espaces souterrains. Cette organisation a retenu mon attention.
J’ai également découvert une ancienne maison en rénovation. Les travaux étaient réalisés de manière à préserver sa façade. De grands systèmes de renforcement avaient été installés pour maintenir les éléments originaux pendant que l’intérieur du bâtiment était rénové.
J’ai trouvé cette technique impressionnante. Préserver une façade ancienne tout en reconstruisant ou en modernisant l’intérieur demande beaucoup d’expertise et de savoir-faire. C’est une véritable manière de concilier patrimoine et modernité.
Bruxelles me rappelle parfois Montréal
J’ai également remarqué qu’un grand nombre de personnes pratiquaient le jogging, y compris des femmes, alors qu’il était déjà près de 20 heures, particulièrement dans le parc Royal.
En Haïti, j’ai surtout l’impression que Cap-Haïtien est l’une des villes où l’on voit régulièrement des personnes faire du jogging. Ici, à Bruxelles, on peut courir dans les rues, dans les parcs et dans différents espaces aménagés à cet effet, et cela à des heures assez tardives.
En observant les rues, les bâtiments, les vitrines et certains magasins, j’ai aussi constaté que Bruxelles présente par moments une certaine ressemblance avec Montréal. Cette comparaison m’a ramené à Haïti et à une époque où les commerces avaient encore de grandes vitrines ouvertes sur la rue.
Aujourd’hui, dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince, notamment à Delmas, les manifestations violentes, les actes de vandalisme et l’insécurité ont poussé certains propriétaires à ériger de grands murs ou des protections devant les bâtiments et les commerces.
Cela contribue malheureusement à faire disparaître une partie de la beauté architecturale de la ville.
Je me suis donc demandé ce qui se passerait si Haïti pouvait retrouver un environnement suffisamment sécurisé pour permettre aux commerces d’exposer à nouveau leurs produits derrière de grandes vitrines ouvertes sur la rue. Ce serait une autre manière de redonner de la vie et de la beauté à nos villes.
Mais pour en arriver là, il faudrait d’abord rétablir la sécurité, restaurer la confiance et permettre aux citoyens de circuler librement. C’est peut-être l’une des grandes leçons que je retiens de cette journée à Bruxelles : lorsqu’un État garantit la sécurité et assure le fonctionnement de ses institutions, les villes peuvent conserver leur beauté, leur animation et leur qualité de vie.
Joël Lorquet, PhD

