Récit de voyage / Belgique
Mardi 1er septembre 2026
Bruxelles au fil de mes pas : entre découvertes, rencontres et lutte contre le racisme systémique en Belgique
Par : Joël Lorquet, PhD
Cette journée du mardi 1er septembre 2026 m’a permis de découvrir Bruxelles sous plusieurs facettes. Entre formation professionnelle, promenade à travers les rues de la capitale belge, découverte de son patrimoine, rencontres inattendues et observations de la vie quotidienne, j’ai vécu une journée particulièrement riche en expériences. Une manifestation pacifique contre le racisme, la rencontre avec de jeunes Marocains, la visite de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule et une soirée consacrée à la découverte de Bruxelles à pied m’ont également offert l’occasion de réfléchir aux réalités sociales de cette ville, notamment à la question du racisme et aux contrastes entre richesse, modernité et précarité.
Une journée de découvertes et de rencontres à Bruxelles
Ce mardi, un nouveau mois avait déjà commencé, mais c’est à peine si nous l’avions remarqué, tellement nous étions affairés. Avec le voyage, il arrive parfois que l’on ne parvienne même plus à compter les jours. Comme d’habitude, nous nous sommes rendus au séminaire de formation consacré à l’« Advocacy in the Media ». Dans l’après-midi, après la fin du cours, vers 16 heures, je souhaitais profiter du temps qui me restait pour visiter un musée ou découvrir un quelconque lieu historique.
L’une de mes collègues belges du Brussels Media Hub m’a alors suggéré d’aller visiter le Musée de la bande dessinée avant sa fermeture à 18 heures.
À noter que le Brussels Media Hub, ou Centre régional des médias de Bruxelles, fait partie du Bureau of Global Public Affairs (GPA) du U.S. Department of State. Sa mission consiste notamment à mettre en relation les responsables et experts de la politique étrangère américaine avec les médias européens et à diffuser des informations sur la politique étrangère des États-Unis par l’intermédiaire des médias, de la télévision, de la vidéo et des réseaux sociaux. Le Brussels Media Hub travaille également avec les sections des affaires publiques, ou Public Affairs Sections, des ambassades américaines en Europe.
Belgique : une mobilisation pacifique contre les violences racistes et policières
J’ai donc pris la route en suivant les indications que ma collègue m’avait données. En cours de chemin, arrivé à l’angle de la rue Royale et de la rue Treurenberg en face du ministère de l’Intérieur, j’ai remarqué une sorte de manifestation pacifique. Un petit groupe de personnes avait disposé sur le sol, au niveau du carrefour, plusieurs pancartes pour dénoncer les violences racistes et policières en Belgique. Ce rassemblement visait notamment à attirer l’attention sur le cas d’une femme congolaise de 53 ans qui aurait été violemment brutalisée par des policiers alors qu’elle tentait de défendre ses fils.
À cette occasion, j’ai rencontré M. Bertrand Verleyen, travailleur social, ainsi que Mme Branda Ozimba, cofondatrice et porte-parole du collectif SOS Violences Racistes. Tous deux ont expliqué les raisons de leur mobilisation, dénoncé ce qu’ils considèrent comme des violences policières répétées et évoqué les différentes formes que peut prendre le racisme dans la société belge.
Une manifestation pour dénoncer les violences policières
Interrogé sur l’objectif de la manifestation, Bertrand Verleyen explique que celle-ci ne vise pas uniquement à dénoncer un cas particulier.
— Le but, c’est de dénoncer les violences racistes et les violences policières. Nous sommes notamment mobilisés à la suite du cas d’une femme congolaise qui, lors d’une intervention de la police, a voulu prendre la défense de ses fils. Nous considérons qu’il y a eu un usage vraiment disproportionné de la force.
Selon son récit, les faits se seraient produits le 5 août, soit moins d’un mois avant la manifestation, à Hasselt.
— Le jeune homme se trouvait dans un bus avec un ami et, apparemment, il était assez bruyant. Le chauffeur lui a demandé de quitter le bus et a appelé la police. À la sortie du bus, les policiers ont proposé de raccompagner le jeune homme chez lui.
C’est, selon Bertrand Verleyen, à l’arrivée devant le domicile familial que la situation aurait dégénéré.
— Apparemment, le jeune homme aurait fait une remarque à la police concernant la qualité de son travail. C’est à ce moment-là que les policiers seraient devenus agressifs avec lui. Les voisins, alertés par ce qui se passait, auraient alors prévenu la mère et la sœur du jeune homme, qui se trouvaient dans la maison.
— Elles sont descendues et c’est à ce moment-là que la situation aurait pris des proportions encore plus graves. Les policiers auraient été très agressifs et violents envers la maman, une dame de 53 ans qui était en pyjama lorsqu’elle est sortie de chez elle.
Selon l’intervenant, la femme aurait subi d’importantes blessures.
— Ils l’ont violemment brutalisée. Elle aurait eu des côtes cassées et elle présentait également d’importants bleus au visage. Je ne sais pas précisément qui l’a frappée, mais elle avait des hématomes importants au visage.
Le jeune homme, identifié sous le prénom de Manu, ainsi que sa sœur auraient été conduits au commissariat.
— Manu a été emmené par la police et il a passé la nuit au commissariat, de même que sa sœur. Ils ont finalement été relâchés. Ils auraient même été remis en liberté pieds nus et auraient dû rentrer chez eux dans ces conditions. Quant à la maman, elle a dû être emmenée aux urgences de l’hôpital.
« Nous avons aussi nos George Floyd et Nassim en Belgique »
Pour Bertrand Verleyen, cette affaire ne constitue pas un cas isolé.
— Nous sommes venus dénoncer cette situation, mais pas seulement ce cas unique. Nous voulons également dénoncer le fait que la police commet des actes que nous voyons se répéter.
Il établit notamment un parallèle avec des figures devenues emblématiques des violences policières.
— On parle de George Floyd, mais nous avons aussi nos George Floyd et Nassim en Belgique. Il y a plusieurs cas comme celui-ci.
Il évoque également le cas d’une autre femme congolaise qui aurait été agressée, cette fois dans le cadre d’une intervention de Securail.
— On constate que, dans les institutions publiques de contrôle, il existe des biais racistes. Ils font que, lorsqu’il s’agit d’une personne blanche, il n’y a pas nécessairement le même problème, alors que lorsqu’il s’agit de personnes noires ou arabes, on va plus facilement utiliser la force contre elles.
Une plainte déposée contre la famille
La mobilisation vise également à obtenir des suites judiciaires aux affaires dénoncées.
— Il ne faut pas lâcher l’affaire. Il faut être solidaire, parce que la police fait toujours front contre la famille concernée.
Selon Bertrand Verleyen, dans le cas évoqué à Hasselt, la police aurait elle-même porté plainte.
— La police a déposé plainte contre la famille pour coups et blessures. Nous espérons donc qu’une instruction permettra de faire la lumière sur les faits et de vérifier ce qui s’est réellement passé, notamment concernant l’usage immodéré de la force.
Le travailleur social espère également des changements dans les institutions.
— Nous espérons qu’il y aura des changements dans la police et dans les autres institutions. Il faudrait notamment mieux former les professionnels à détecter les biais racistes qui peuvent conduire à l’utilisation de ce genre de violences à l’égard des personnes noires et arabes.
De Hasselt à Bruxelles
Cette mobilisation n’était pas la première organisée autour de cette affaire. Une première mobilisation avait déjà eu lieu à Hasselt, ville où les faits se seraient produits.
— Pour ce cas précis, il y a déjà eu une mobilisation à Hasselt. Mais à Bruxelles, nous avions envie de dépasser le cas particulier de cette femme et de porter nos revendications devant le ministère de l’Intérieur. C’est pour cette raison que nous souhaitions particulièrement venir manifester ici, à Bruxelles.
Le mouvement compte poursuivre sa mobilisation.
— Une autre marche aura également lieu à Hasselt, dans la ville où se sont déroulés les faits, afin de continuer la lutte contre le racisme.
Le droit de manifester en Belgique
Interrogé sur les éventuelles difficultés que pourrait rencontrer une manifestation de ce type avec les forces de l’ordre, Bertrand Verleyen rappelle que la Belgique est une démocratie dans laquelle le droit de manifester existe.
— Nous sommes libres de manifester. Bien sûr, il faut demander des autorisations et respecter certaines procédures, mais nous sommes en démocratie. En Belgique, nous avons quand même le droit de manifester.
SOS Violences Racistes : fédérer les acteurs antiracistes
Bertrand Verleyen présente ensuite l’organisation à laquelle il participe.
— C’est un collectif qui s’appelle SOS Violences Racistes. Son objectif est d’accompagner les personnes qui seraient victimes de violences racistes ou de violences policières, mais aussi de regrouper les différents acteurs de la lutte antiraciste à Bruxelles.
Le collectif veut ainsi rassembler les associations, les collectifs et les personnes engagées dans ces combats.
— Chaque personne investie dans ces luttes peut rejoindre le collectif. L’objectif est de fédérer.
Il précise :
— L’idée est d’avoir une plateforme qui regroupe toutes les organisations actives autour des questions de violences policières et d’antiracisme.
Comment le racisme se manifeste-t-il en Belgique ?
La question du racisme en Belgique a également occupé une place importante dans l’entretien. À la question de savoir comment il se manifeste concrètement, Bertrand Verleyen cite notamment l’emploi et le logement.
— Il y a pas mal de discriminations à l’égard des personnes noires, mais pas seulement. Cela se manifeste notamment dans l’emploi et dans l’accès au logement. Quand on est noir ou une personne de couleur, certaines choses deviennent plus compliquées.
La question de l’histoire de la Belgique et de ses relations avec l’Afrique a également été abordée. Malgré cette longue histoire, les discriminations continuent d’exister, selon lui.
— Il existe encore des séquelles de la colonisation. Et nous-mêmes, nous nous en rendons compte : même les personnes racisées peuvent parfois avoir encore des biais racistes en elles et peuvent parfois se comporter elles-mêmes de cette manière.
Pour le travailleur social, le racisme demeure donc présent en Belgique, même s’il n’est pas toujours manifeste au quotidien.
— Le racisme est encore très présent en Belgique, même s’il se manifeste moins directement dans la vie quotidienne. Il y a beaucoup de personnes de couleur dans le pays.
Le logement, une difficulté importante pour les migrants
Bertrand Verleyen s’appuie également sur son expérience professionnelle pour illustrer les difficultés auxquelles certaines personnes sont confrontées.
— Je suis travailleur social et j’accompagne des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés reconnus dans leurs procédures et leurs démarches. Je constate qu’ils sont vraiment victimes de discriminations, notamment dans l’accès au logement.
Il souligne que ces difficultés peuvent toucher même des personnes qui sont parfaitement intégrées à la société belge.
— Moi, je suis Belge et je porte un nom flamand, et même pour moi, il peut parfois être compliqué de trouver un logement. Alors, quand on est une personne de couleur et qu’on ne gagne pas beaucoup d’argent, cela reste nettement plus difficile.
Selon lui, les personnes qu’il accompagne rencontrent davantage de difficultés qu’une personne blanche pour trouver un logement ou un endroit où vivre.
Les couples mixtes, une image positive de la société belge
Au cours de la conversation, j’ai également souligné le nombre important de couples mixtes que j’avais pu observer à Bruxelles.
— Je vois qu’il y a beaucoup de couples mixtes ici. Est-ce nouveau ?
Bertrand Verleyen estime que cette mixité constitue une évolution positive.
— Cela fait plaisir à voir, personnellement. J’aime bien la mixité.
Il reconnaît également qu’une partie de la population belge est très accueillante à l’égard des personnes de couleur.
— Bien sûr qu’il y a une partie de la population qui est très accueillante vis-à-vis des personnes de couleur.
Une présence des personnes noires dans le monde du travail
La présence de personnes noires dans les commerces et les entreprises de Bruxelles a également été évoquée.
— Je constate aussi que, dans plusieurs magasins, il y a des Noirs qui travaillent. Est-ce nouveau ou cela a-t-il toujours été ainsi en Belgique ?
Bertrand Verleyen répond que cette présence n’est pas nouvelle.
— Ce n’est pas nouveau. Bien sûr que les personnes de couleur sont intégrées. Maintenant, il est vrai qu’il reste plus difficile pour une personne noire d’occuper certaines fonctions.
Selon lui, certaines catégories professionnelles sont particulièrement occupées par des personnes étrangères ou issues de minorités.
— Il y a une catégorie d’emplois qui est davantage occupée par des personnes étrangères. Vous ne trouverez pas beaucoup de personnes blanches dans certains de ces secteurs. Ce sont des secteurs qui tiennent debout grâce aux personnes de couleur.
« Nous espérons que le mouvement portera ses fruits »
La question de l’efficacité de la mobilisation a naturellement été posée.
— Vous croyez que votre mouvement portera des fruits un jour ?
Bertrand Verleyen se montre néanmoins déterminé.
— Nous l’espérons en tout cas. C’est l’objectif. Nous voulons permettre de rendre visibles des situations qui restent trop souvent ignorées. Il me semblait important de donner de la visibilité à ces personnes qui se retrouvent face à la police et qui sont parfois complètement seules.
Pour lui, la solidarité constitue donc une dimension essentielle du combat.
— Trop de personnes se retrouvent dans cette situation, vraiment seules face à la police.
Bertrand Verleyen : un engagement au-delà de son métier
Bertrand Verleyen n’a pas vraiment de fonction officielle dans le collectif, mais, comme il est professionnellement engagé dans le travail social et qu’il accompagne des personnes, il peut accompagner les victimes de violences racistes ou policières dans leur parcours pour réclamer justice.
Son engagement ne se limite toutefois pas à l’accompagnement des victimes.
— Je m’occupe aussi d’autres choses. Je fais des pancartes pour les mobilisations, je m’occupe de la sécurité, je prépare du contenu pour les réseaux sociaux et je participe à différentes activités du collectif.
Mme Branda Ozimba, et M. Bertrand Verleyen, cofondatrice et porte-parole du collectif SOS Violences Racistes
Branda Ozimba : « Le collectif n’a que quelques mois »
J’ai ensuite rencontré Branda Ozimba, qui se présente comme cofondatrice et porte-parole du collectif SOS Violences Racistes.
— Je suis la cofondatrice et la porte-parole du collectif SOS Violences Racistes.
Elle explique que l’organisation est relativement récente.
— Le collectif est une plateforme assez jeune. Il n’a que quelques mois. L’idée est de lutter contre les violences racistes.
Selon elle, le problème dépasse largement les seuls comportements individuels.
— Ici, en Belgique, il existe énormément de racisme d’État et de racisme institutionnel. Et derrière ce racisme, il y a des violences policières, mais aussi des discriminations dans l’emploi, dans l’éducation et dans d’autres domaines.
Le racisme systémique dans l’emploi, le logement et l’éducation
Branda Ozimba développe sa conception du racisme systémique.
— Si je postule pour un emploi et que des personnes blanches postulent également, alors que nous avons les mêmes compétences, est-ce que c’est la personne blanche qui sera choisie ? Voilà, c’est aussi cela, le racisme systémique.
Elle considère que les discriminations peuvent s’inscrire dans le fonctionnement même de la société.
— Quand on vit dans un pays où la société est majoritairement blanche et que, dans la vie de tous les jours, on choisit toujours une personne blanche plutôt qu’une personne noire, cela signifie que la personne noire est considérée comme inférieure.
Selon elle, cette logique peut toucher plusieurs secteurs.
— C’est le racisme dans l’éducation, c’est le racisme dans l’emploi et c’est le racisme dans le logement. On va toujours donner plutôt un logement à une personne blanche qu’à une personne noire.
Elle évoque également le rapport entre racisme et forces de l’ordre.
— Il y a aussi le racisme lié aux forces de l’ordre. On considère souvent qu’une personne noire représente un danger et elle peut alors devenir victime de violences.
« J’ai été victime de racisme toute ma vie »
Interrogée sur son expérience personnelle, Branda Ozimba répond sans hésitation.
— Bien sûr. J’ai été victime de racisme toute ma vie. Il y a eu le racisme à l’école, il y a eu le racisme dans d’autres domaines. Le racisme est une réalité.
Elle estime qu’il n’est pas nécessaire de minimiser ou de nier cette réalité en 2026.
— Le racisme, ce n’est pas quelque chose qu’il faut avoir peur d’exprimer ou de nommer en 2026. Nous savons que nous vivons dans un monde où le racisme blanc existe et qu’en tant que personne noire, nous subissons du racisme. Je ne vois pas pourquoi il faudrait expliquer cela.
L’intégration de la communauté noire
La question de l’intégration de la communauté noire, particulièrement africaine, a également été abordée.
Branda Ozimba estime que les personnes concernées font de nombreux efforts pour s’intégrer dans la société belge.
— On sait qu’on n’a pas le choix, de toute façon. Donc oui, il y a une intégration.
Elle reconnaît toutefois que la langue peut constituer un obstacle.
— Parfois, l’obstacle, c’est la langue. C’est quelque chose qu’on reproche à toutes les communautés étrangères : le fait de ne pas parler la langue.
Mais elle insiste sur la volonté d’intégration.
— Il y a vraiment une volonté d’intégration. Et, en particulier dans notre communauté noire, il y a beaucoup d’efforts à ce niveau-là, parce qu’on sait que si nous ne faisons pas d’efforts, nous allons être encore davantage marginalisés alors que nous le sommes déjà.
Une militante peu optimiste, mais déterminée à poursuivre le combat
Concernant les résultats que pourrait produire la mobilisation organisée pour défendre la femme victime des violences dénoncées, Branda Ozimba se montre moins optimiste que Bertrand Verleyen.
— Personnellement, je ne suis malheureusement pas optimiste, parce que j’ai subi beaucoup d’agressions similaires.
Elle ajoute toutefois que le manque d’optimisme ne constitue pas une raison pour renoncer à la justice.
— Ce n’est pas parce qu’on n’est pas optimiste qu’il ne faut pas poursuivre la justice. La justice est quelque chose de fondamental. C’est censé être une évidence. Nous nous battons donc pour la justice, même si nous vivons dans un monde qui est injuste.
Le cas de « Maman Sévie »
À la fin de l’entretien, la discussion revient sur la femme au centre de la mobilisation, identifiée par les intervenants sous le nom de Maman Sévie.
— Pouvez-vous me rappeler l’histoire de cette dame ?
Branda Ozimba renvoie alors à l’affaire évoquée au début de l’entretien, qui constitue l’une des raisons de la mobilisation.
Cette rencontre avec les membres du collectif SOS Violences Racistes m’aura ainsi permis de mieux comprendre les motivations de cette manifestation et, surtout, d’entendre leur analyse des discriminations auxquelles certaines personnes noires et issues de minorités disent être confrontées en Belgique.
Au-delà du cas particulier de Maman Sévie, leurs témoignages mettent en avant plusieurs questions : les violences policières, les discriminations dans l’accès à l’emploi et au logement, les séquelles de la colonisation, l’intégration des communautés étrangères et la nécessité, selon eux, de renforcer la formation des institutions afin de mieux identifier les biais racistes.
Pour les deux intervenants, la mobilisation doit se poursuivre. Même lorsque les résultats semblent incertains, ils considèrent que la recherche de justice et la solidarité restent indispensables.
À la recherche du Musée de la bande dessinée
Après cette entrevue, j’ai poursuivi ma route, non sans avoir besoin de demander de temps en temps mon chemin. Je suis notamment passé devant la Cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles, puis j’ai continué à marcher, mais je n’arrivais pas toujours à trouver l’endroit où se trouvait le musée.
Une fois arrivé dans la zone du musée, j’ai demandé des renseignements à deux jeunes qui marchaient dans la rue. L’un d’eux m’a dit qu’il ne connaissait pas exactement l’endroit, mais que, si je le souhaitais, il pouvait utiliser le GPS de son téléphone. Une fois le GPS activé, celui-ci a indiqué que je me trouvais à seulement deux rues du musée. Il fallait prendre la rue à gauche, compter deux blocs, puis le musée se trouvait au bout de la rue, sur la gauche.
Une rencontre avec deux jeunes Marocains
L’un des deux jeunes m’a alors demandé ce que je faisais en Belgique. Je lui ai répondu que j’étais touriste. Il m’a ensuite demandé de quel pays je venais. Je lui ai répondu : « Haïti. »
À ce moment-là, il s’est exclamé : « Ah oui ! Oui ! Votre pays a joué un beau match l’autre jour avec nous, au Maroc. » Je l’ai approuvé, voyant qu’il savait bien de quoi il parlait. Il a poursuivi en me demandant : « Vous avez des problèmes là-bas ? »
J’ai répondu que oui, tout en lui expliquant qu’avec une prise de conscience, la situation pouvait s’arranger. Il m’a alors dit : « Chez nous aussi, au Maroc, c’est la même chose. Les politiciens sont corrompus, mais c’est compliqué là-bas. » Puis il a ajouté : « Partout, il y a des problèmes. »
Ce jeune était très content de rencontrer un Haïtien, et le match de football avait servi de référence à notre conversation. Une fois encore, j’ai constaté comment le sport peut créer spontanément des liens entre des personnes qui ne se connaissent pas.
Une arrivée trop tardive au Musée de la bande dessinée
J’ai suivi les explications qui m’avaient été données et je suis finalement arrivé au Musée de la BD, également connu sous les appellations Strip Museum ou Comics Art Museum. Il était alors 17 h 45 et il ne me restait donc que quinze minutes avant la fermeture.
Le réceptionniste m’a accueilli avec amabilité, mais il m’a expliqué qu’à cette heure-là, tous les employés étaient déjà partis. Il m’a donc demandé de revenir, de préférence le lendemain.
Je n’ai pas voulu utiliser les quelques minutes qui me restaient pour faire une visite trop rapide. J’ai préféré repartir, en espérant avoir l’occasion de revenir une prochaine fois afin de découvrir le musée dans de meilleures conditions.
Quelques instants devant la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule
Sur le chemin du retour, je suis de nouveau passé devant la Cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles et je me suis brièvement arrêté pour prendre quelques photos. Par la beauté de son architecture, cette église a particulièrement attiré mon attention, d’autant plus qu’elle fait partie du patrimoine religieux et architectural de la Belgique.
La cathédrale Saints-Michel-et-Gudule : huit siècles d’histoire et de foi
La cathédrale Saints-Michel-et-Gudule est l’un des monuments religieux les plus emblématiques de Bruxelles. Ses origines remontent au Moyen Âge, avec un premier lieu de culte dédié à saint Michel. En 1047, les reliques de sainte Gudule y sont transférées, donnant une nouvelle importance au sanctuaire. À partir du XIIIe siècle, une nouvelle église est progressivement construite dans le style gothique brabançon. Les travaux s’étendent sur plusieurs générations et aboutissent à l’édifice monumental que nous connaissons aujourd’hui. Ses deux imposantes tours de façade furent achevées au XVe siècle.
La cathédrale abrite un remarquable patrimoine artistique composé de sculptures, de vitraux et de chapelles. Certains vitraux, notamment ceux du transept, sont liés à l’époque de Charles Quint. Au fil des siècles, l’édifice a connu plusieurs transformations et d’importantes campagnes de restauration. En 1797, le chapitre de la collégiale est supprimé dans le contexte de la Révolution française. L’église devient ensuite une église paroissiale en 1800. En 1961, elle acquiert officiellement le statut de cathédrale avec la création de l’archevêché de Malines-Bruxelles. Des fouilles archéologiques ont également révélé les vestiges d’édifices religieux plus anciens sous la cathédrale. Aujourd’hui, elle demeure un important lieu de prière, de célébration et de rassemblement au cœur de Bruxelles. Elle constitue enfin un précieux témoignage de l’histoire religieuse, architecturale et culturelle de la capitale belge.
À la recherche d’un restaurant
J’ai ensuite poursuivi ma route et, avant de regagner l’hôtel, je cherchais un restaurant pour prendre mon repas du soir. En observant les différents restaurants qui se trouvaient un peu plus bas, j’ai finalement opté pour le restaurant « L’Entrée des Artistes ». Je l’ai choisi surtout en raison de son nom, qui avait attiré mon attention et m’avait donné envie de l’essayer.
À mon arrivée, une dame m’a souhaité la bienvenue et m’a installé à une table. Elle m’a demandé de quel pays je venais. J’ai répondu : « Haïti. » Elle a semblé surprise et je lui ai demandé s’il y avait des Haïtiens qui fréquentaient cet établissement. Elle m’a répondu que oui, mais que cela arrivait très rarement.
Elle m’a ensuite demandé si j’avais fait tout ce long voyage pour venir ici en vacances. Je lui ai expliqué que mon séjour était surtout lié à des activités professionnelles.
Un repas qui me rappelle la France
J’en ai profité pour commander des côtes d’agneau accompagnées d’un gratin de pommes de terre, d’une salade verte et de carottes, le tout servi avec du thé. Cela faisait un bon moment que je n’avais pas mangé de côtes d’agneau, dont j’avais pris l’habitude de consommer avec du couscous lors de mon passage en France en 1986.
La serveuse m’a prévenu que mon plat prendrait davantage de temps à préparer parce que j’avais demandé que mes côtes d’agneau soient bien cuites. Je lui ai répondu que cela ne posait aucun problème, puisque je n’étais pas pressé.
Du « véritable beurre » à la réflexion sur la qualité
Avant l’arrivée du plat principal, le restaurant propose généralement quelques accompagnements, notamment de petits pains servis avec du beurre. Cette petite attention permet de patienter agréablement en attendant le repas.
En prenant ces grignotages d’accueil, mon attention s’est portée sur le beurre, sur lequel était inscrit : « beurre de laiterie véritable ». Cette mention m’a fait réfléchir. Elle laisse penser que, dans tous les pays, il peut exister des produits qui ne sont pas nécessairement authentiques. Sinon, il ne serait peut-être pas nécessaire de préciser qu’il s’agit de « véritable beurre ». J’y ai donc vu une manière de rassurer le consommateur et de le mettre en confiance quant à la qualité du produit qui lui est servi.
Un jogging pour découvrir Bruxelles autrement
Après ce repas copieux, je souhaitais retourner à l’hôtel pour me changer et enfiler ma tenue de sport afin d’aller faire mon jogging habituel vers 20 heures.
Aujourd’hui, j’ai cependant décidé de changer d’itinéraire pour pratiquer mon activité physique. Lorsqu’on veut véritablement découvrir une ville, il faut parfois éviter de toujours emprunter les mêmes rues. Le premier jour, on peut par exemple se diriger vers le sud ; le lendemain, prendre la direction du nord. C’est une manière de découvrir progressivement différents quartiers et de mieux connaître la ville.
C’est ainsi qu’à environ 200 mètres de l’hôtel, j’ai découvert une grande roue sur laquelle était inscrit : « The View Bruxelles ».
The View, une autre façon de contempler Bruxelles
La Grande Roue « The View », située sur la place Poelaert à Bruxelles, est l’une des attractions qui permettent de découvrir la capitale belge sous un autre angle. Également appelée simplement « The View », elle se trouve à proximité du majestueux Palais de Justice, dans un secteur particulièrement emblématique de la ville.
D’une hauteur d’environ 55 mètres, elle offre aux visiteurs une vue panoramique sur Bruxelles et ses principaux monuments. Depuis ses cabines, il est possible d’observer une partie importante de la ville et d’apprécier son architecture, ses quartiers et son environnement urbain. Son emplacement sur la place Poelaert constitue également un excellent point de départ pour découvrir les environs et profiter de l’animation de ce secteur de Bruxelles.
Pour un visiteur, cette attraction représente une occasion agréable de prendre de la hauteur tout en découvrant la capitale belge. Elle constitue ainsi une étape intéressante dans une promenade touristique à Bruxelles, particulièrement pour ceux qui souhaitent garder un souvenir visuel de la ville. The View associe donc découverte, détente et panorama, offrant une perspective différente sur Bruxelles.
Ce lieu m’a également fait penser à l’époque où il y avait des carrousels au Bicentenaire, au bon vieux temps. Cette image du passé m’est revenue à l’esprit en découvrant cette grande roue illuminée au cœur de Bruxelles.
Une soirée sportive sur l’avenue Louise
J’ai poursuivi mon jogging et longé l’avenue Louise, ou Louizalaan, l’une des principales artères de Bruxelles, connue notamment pour ses nombreux magasins et ses enseignes de luxe. Par certains aspects, cette avenue m’a étrangement rappelé le vieux Montréal.
Sur tout le trajet, je croisais des joggeurs : certains couraient seuls, d’autres à deux. Cela m’a donné l’impression que la Belgique est un pays où l’activité sportive occupe une place importante. D’ailleurs, dans l’après-midi, tout près du Musée de la BD, j’avais remarqué un long escalier sur certaines marches duquel on pouvait lire des messages encourageant la pratique du sport, notamment l’idée que faire du sport est bon pour la santé et que courir permet de rester en bonne santé.
Les contrastes d’une ville riche
Au cours de ma promenade, j’ai également remarqué d’anciens passages ou couloirs qui n’ont pas été détruits. De nouveaux bâtiments ont été construits dans toute cette zone, mais ces anciens passages ont été conservés et permettent toujours d’y accéder.
J’ai aussi été quelque peu surpris de constater qu’il y avait des personnes pauvres ou en grande difficulté dans la rue, ici aussi, en Belgique. Par exemple, cet après-midi, en me rendant vers le Musée de la BD, j’ai remarqué un homme très mal vêtu qui marchait pieds nus. Il était malheureusement d’origine africaine.
J’ai également remarqué, devant l’une des églises situées dans la rue Royale, une personne qui semblait vivre à même la porte de l’église et qui avait étalé un drap pour dormir. Plus tard, j’ai vu une dame avec un bébé, accompagnée de sa fille et de son mari. Ils semblaient être originaires d’Amérique latine. La dame était assise par terre et demandait l’aumône, tandis que son mari était également présent.
Face à ces scènes, je me suis posé une question : dans un pays aussi organisé et aussi riche, pourquoi ne prend-on pas davantage en charge ces personnes pauvres, qui sont probablement des migrants, vivant ou circulant dans la rue ?
L’organisation de l’avenue Louise
L’avenue Louise est aménagée avec plusieurs voies de circulation et des espaces réservés au stationnement le long des trottoirs. Le milieu est réservé aux véhicules, tandis que les voies les plus proches des trottoirs permettent notamment le stationnement des voitures.
C’est peut-être une manière de limiter les problèmes liés au stationnement et de contribuer à réduire les embouteillages.
L’avenue est également bordée de nombreux arbres, ce qui lui donne un cadre relativement agréable malgré l’importance de la circulation et de l’activité commerciale.
Au cours de ma promenade, j’ai aussi remarqué des personnes noires qui ont réussi sur le plan économique. Je venais notamment de croiser un homme qui descendait d’une voiture Porsche, symbole de richesse et de réussite. Cette observation m’a également fait réfléchir à la diversité des situations vécues par les personnes noires en Belgique, malgré les problèmes de racisme qui existent dans le pays.
Louise, un nom omniprésent dans le paysage commercial
En parcourant l’avenue Louise et ses environs, j’ai été frappé de constater à quel point le nom « Louise » est présent dans les enseignes et les établissements du quartier. Est-ce une simple coïncidence ? On retrouve notamment Bye-Bye Louise, City Clinic Louise, Baby Louise, ainsi que INNO Louise, un grand magasin bien connu.
On trouve également Louise Mariage, spécialisé dans l’univers du mariage, ainsi que Louise, 107 Art et Lunch, qui associe l’art et la restauration. À cela s’ajoute Parking Louise, qui facilite l’accès au quartier pour les automobilistes.
Cette répétition du nom « Louise » dans les commerces, les services et les établissements du secteur attire naturellement l’attention du visiteur. Elle montre aussi comment le nom de cette célèbre avenue s’est imposé comme une véritable identité commerciale et géographique de cette partie de Bruxelles. Pour moi, cette particularité constitue un détail intéressant à observer au cours d’une promenade dans la capitale belge.
Une ville où le sport occupe une place importante
J’ai également remarqué qu’il y avait beaucoup de centres de gymnastique et de remise en forme. Certains sont très luxueux et accueillent parfois les clients dans un salon particulièrement attrayant avant de leur donner accès aux salles de sport.
À 20 h 40, j’ai constaté que certaines galeries privées étaient encore ouvertes et que les rues étaient toujours remplies de monde. Surtout, de nombreuses personnes continuaient à faire leur jogging en cette soirée.
Cette animation tardive m’a une nouvelle fois donné l’impression d’une ville active, où les habitants profitent largement de leurs soirées et accordent une place importante aux activités physiques.
Une journée bruxelloise bien remplie
Après avoir effectué mon jogging habituel sur une distance de six kilomètres, je suis retourné à l’hôtel afin de poursuivre mes activités au cours de cette soirée. Cette journée aura finalement été particulièrement riche en découvertes, en rencontres et en réflexions : entre le séminaire, la manifestation contre le racisme, la rencontre avec deux jeunes Marocains, la découverte de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, le repas au restaurant, la Grande Roue The View et ma promenade sportive dans les rues de Bruxelles, chaque déplacement m’aura offert une nouvelle occasion d’observer et de mieux comprendre la ville.
Joël Lorquet, PhD
photo: Mme Branda Ozimba, et M. Bertrand Verleyen, cofondatrice et porte-parole du collectif SOS Violences Racistes

