Jean-Marie Le Pen ayant passé l’arme à gauche en 2025, Éric Zemmour devient la figure emblématique du mouvement de l’extrême droite française. Personnage iconoclaste au verbe acéré, il ne loupe aucune occasion d’articuler un discours aux accents explicitement xénophobes et anti-migratoires, marchant sur les traces de ses devanciers.
Bien que ses prises de position glacent le sang, force est de lui reconnaître une indéniable acuité intellectuelle, laquelle confère à ses diatribes un certain pouvoir d’attraction auprès d’une frange de la population française.
En effet, rompu aux subtilités de la communication, Éric Zemmour a mis à profit sa longue carrière au sein du paysage médiatique national pour peaufiner sa rhétorique. Qu’il s’exprime lors de débats télévisés polémiques ou dans toute autre tribune, la véhémence de son verbe demeure invariablement articulée autour d’un leitmotiv : la xénophobie.
Naguère, ses positions clivantes demeuraient confinées aux colonnes des journaux. Fort du succès de ses harangues, il a néanmoins choisi de pousser le bouchon plus loin en annonçant sa candidature à la prochaine élection présidentielle de 2027. Notons que pour celle de 2022, il n’avait récolté que 7 % des suffrages. Sans surprise, la question migratoire est placée au cœur de sa cible politique.
Ses diatribes s’avèrent d’une virulence saisissante. Le visionnage d’une séquence de son discours de lancement de campagne de 2022 suscite un profond malaise, tant les invectives qu’il formule paraissent chargées d’une hostilité viscérale. Il affirme que s’il venait à décrocher la timbale présidentielle, il débarrasserait l’Hexagone de tous les immigrants qu’il juge improductifs, y compris ceux qui jouissent du statut de résident.
L’ironie réside dans le fait qu’un homme tel qu’Éric Zemmour ne devrait nullement joindre sa voix au vitriol raciste et anti-migratoire, compte tenu de ses origines modestes. En effet, il semble paradoxal qu’un Français originaire du Maghreb, et de confession juive de surcroît — dont l’ascendance a vraisemblablement souffert des préjugés raciaux à un moment de son histoire —, choisisse de faire sienne la rhétorique des suprémacistes blancs.
Certes, d’aucuns prédisent l’échec de sa trajectoire en s’appuyant sur le caractère multiculturel de la société française. Pour ces observateurs, une nation en pleine mutation démographique comme la France hésiterait longuement avant d’accorder ses suffrages à une personnalité jugée si radicale. Cette conjecture est certes plausible, mais la réalité politique réserve parfois des surprises désagréables.
L’inquiétude réside plutôt dans l’impact délétère que sa rhétorique pourrait exercer sur l’esprit de milliers de jeunes citoyens vulnérables et désabusés, qui se détournent des partis traditionnels pour venir grossir les rangs de la droite radicale.
Toutes proportions gardées, Éric Zemmour a presque relégué une figure pétrie de racisme comme Jean-Marie Le Pen au rang d’enfant de cœur, dans la mesure où ses talents oratoires sont plus aiguisés et ses provocations plus subtilement orchestrées.
Sa stratégie est fort simple : exacerber le sentiment xénophobe latent chez des Français qui, à bien des égards, se trouvent désillusionnés par la politique économique d’Emmanuel Macron.
Exploitant cette frustration, il chante aux oreilles des Français le refrain dont raffolaient tous les fascistes avant lui, à savoir qu’en période de crise, l’immigration devient le bouc émissaire parfait ; et nombreux sont ceux qui se laissent séduire par la myopie et le caractère binaire d’un tel message.
Outre le désenchantement des citoyens face aux promesses non tenues de leurs gouvernants, le succès d’Éric Zemmour se situe aussi dans un contexte international propice, marqué par une recrudescence des mouvements d’extrême droite à l’échelle planétaire.
À cet égard, la responsabilité des États-Unis dans l’essor de ces figures politiques radicales est patente. En permettant l’accession au pouvoir d’un profil tel que Donald Trump, la démocratie américaine a légitimé une approche que d’autres mouvements idéologiques frères s’efforcent désormais de reproduire.
Il n’est donc pas surprenant qu’Éric Zemmour ait choisi de faire écho aux harangues de son homologue américain. Ce discours, qui voue les immigrés aux gémonies, conserve ses adeptes ; un état de fait qui, malheureusement, tendra à se perpétuer tant que des tribuns s’emploieront à le propager.
Il demeure donc profondément affligeant qu’un individu issu de l’immigration algérienne et né dans un milieu économique particulièrement défavorisé choisisse d’étouffer ses racines pour s’engager dans une entreprise politique aussi clivante.
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Professeur, Ducasse Alcin

