28 août 2026
Kenscoff est sous les balles assassines, ça fait longtemps que cela dure !
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Kenscoff est sous les balles assassines, ça fait longtemps que cela dure !

Non loin de Marlique, tout près de Bois-Moquette, il y a Mariaman. Et à Mariaman, Kabwa. C’est là que nous passions nos vacances d’été, chez ma grand-mère Soirine.

Chez elle, il y avait tout : les fruits, la terre, l’air frais, cette abondance simple que l’enfance ne sait pas toujours reconnaître. Mais nous, nous préférions la ville. Je me souviens encore de ce jour où grand-mère prit un panier d’oranges fraîchement cueillies pour aller les vendre au marché et nous rapporter… un bocal de Tang. Nous trouvions le Tang meilleur que les oranges. Ignorance, quand tu nous tiens !

Kenscoff, c’est aussi ce matin où ma grand-mère m’emmena très tôt à Fort-Jacques pour recevoir des soins. À Kabwa, il n’y avait pas de médecin à proximité. Des décennies plus tard, quatre environ, pour beaucoup, il faut encore descendre jusqu’à Pétion-Ville pour se faire soigner. Comme si le temps avait passé partout, sauf là où l’État devait arriver.

Kenscoff était paisible. Kenscoff était la fraîcheur, les jardins, les familles, le silence des montagnes.

Aujourd’hui, Kenscoff est sous les balles. Des vies sont déjà perdues. Des familles ont déjà pleuré. Et le pire est que cela ne date pas d’hier : depuis trop longtemps, la peur s’installe, les armes parlent, les routes se ferment et l’habitude menace de transformer l’inacceptable en banalité.

On parle de gangs, de populations prises au piège, de maisons abandonnées et d’un territoire qui, lentement, se dérobe à ceux qui y ont vécu, travaillé, aimé et construit. Plus de cinquante mille habitants voient leur quotidien empoisonné par quelques groupes armés, tandis que l’État semble hésiter devant une responsabilité pourtant élémentaire : protéger.

À force de durer, la violence finit par vouloir devenir le décor. Mais une balle qui tue aujourd’hui ne devient pas moins assassine parce qu’une autre a été tirée hier. Une vie perdue ne devient jamais une statistique acceptable.

Et voilà peut-être notre plus grande tragédie : nous avons appris à attendre qu’on nous dise de l’extérieur comment sauver ce qui est à nous.

À Kenscoff, on fait comme le demandent les Blancs, ils ne sont pas petit mais l’Eternel est grand comme je dis souvent.

Un État n’attend pas l’autorisation de protéger son territoire. Il connaît ses routes, écoute sa population, recueille le renseignement, mobilise ses institutions et exerce l’autorité légitime que la République lui confie.

Kenscoff n’est pas un territoire à abandonner.

Kenscoff est une part de nous-mêmes qu’il faut reprendre à la peur. Nous sommes 53 000 habitants avec nos terres, nos maisons, nos souvenirs et nos histoires.

Et si l’État tarde encore, alors reprenons Kenscoff autrement : par notre présence, notre solidarité, notre organisation, notre refus de céder l’espace à la peur. Retournons vers nos quartiers, soutenons nos familles, protégeons nos écoles, nos jardins, nos marchés et notre mémoire.

Il existe des révolutions qui ne commencent ni par la colère ni par les armes, mais par une décision tranquille : celle de ne plus abandonner ce qui nous appartient.

Alors, avec douceur, avec courage, avec cette obstination que donne l’amour d’un lieu, disons simplement :

Kenscoff est à nous.
Assez de morts. Assez de peur. Assez d’abandon.
Et doucement, ensemble, nous allons la reprendre à la peur.

Jesus !
Marie!
Joseph!
… !

Yves Lafortune, Miami le 24 Août 2026

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