26 août 2026
237 ans de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : l’OHDLP dénonce la faillite de la protection des droits humains en Haïti
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237 ans de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : l’OHDLP dénonce la faillite de la protection des droits humains en Haïti

Déclaration de l’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP)

26 août 2026

À l’occasion du 237ᵉ anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC), adoptée le 26 août 1789, l’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) exprime sa profonde inquiétude devant la dégradation continue de la situation des droits humains en Haïti. Alors que la Déclaration proclamait des principes fondamentaux tels que la liberté, l’égalité devant la loi, la sûreté et la résistance à l’oppression, le peuple haïtien demeure aujourd’hui confronté à une violence qui détruit des vies, brise des familles, déplace des populations entières et affaiblit chaque jour davantage les institutions publiques.

237 ans après la proclamation de principes qui ont profondément marqué l’histoire universelle des droits humains, l’OHDLP constate avec gravité que la réalité haïtienne demeure en contradiction flagrante avec l’esprit de ces principes.

Une population abandonnée face à la violence

Haïti traverse une crise multidimensionnelle dans laquelle l’insécurité armée occupe une place centrale. Des groupes criminels continuent d’imposer leur loi dans plusieurs territoires, notamment par les assassinats, les enlèvements, les violences sexuelles, les incendies de maisons, les extorsions, les attaques contre les infrastructures publiques et privées ainsi que les déplacements forcés.

Les Nations Unies estiment qu’en 2026, environ 6,4 millions de personnes en Haïti auront besoin d’une assistance humanitaire. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays en raison principalement de la violence.

Derrière ces chiffres se trouvent des femmes, des enfants, des personnes âgées, des travailleurs, des agriculteurs, des commerçants, des étudiants et des familles qui ont perdu leur maison et leurs moyens de subsistance.

Pour l’OHDLP, il est devenu urgent de replacer la dignité humaine au centre de toute politique publique. Une société dans laquelle une famille ne peut plus dormir paisiblement chez elle, circuler librement, envoyer ses enfants à l’école ou accéder aux soins médicaux sans craindre les balles et les violences est une société dont les fondements démocratiques sont profondément menacés.

Kenscoff : une nouvelle tragédie qui interpelle la conscience nationale

Les événements meurtriers récemment rapportés à Kenscoff illustrent une nouvelle fois l’extrême gravité de la situation. Le 25 août 2026, les Nations Unies ont rapporté que des hommes armés avaient attaqué des communautés de cette zone montagneuse, incendié des maisons et tué des habitants, tandis que des survivants recherchaient leurs proches disparus.

Pour l’OHDLP, de tels événements ne peuvent être considérés comme de simples épisodes de violence criminelle. Ils constituent des drames humains qui exigent des réponses institutionnelles, judiciaires et politiques à la hauteur de leur gravité.

Lorsqu’une population est attaquée, lorsque des maisons sont incendiées et lorsque des familles sont contraintes de fuir leur territoire, le droit à la vie, le droit à la sécurité, le droit à la propriété, le droit au logement et le droit à la protection de l’État sont directement mis en cause.

L’OHDLP demande donc que les événements de Kenscoff fassent l’objet d’investigations sérieuses, indépendantes et transparentes afin d’établir les responsabilités, d’identifier les auteurs et de garantir aux victimes et à leurs familles le droit à la vérité et à la justice.

Le droit à la vie ne peut être négociable

Le premier devoir d’un État est de protéger la vie de ses citoyens. Cette responsabilité ne peut être abandonnée, transférée ou indéfiniment reportée.

L’OHDLP constate cependant qu’une partie importante de la population haïtienne vit aujourd’hui dans la peur. Des habitants sont contraints de quitter leur quartier en quelques heures. D’autres abandonnent leurs biens pour sauver leur vie. Des enfants sont privés d’école. Des malades ne peuvent atteindre les centres hospitaliers. Des commerçants cessent leurs activités. Des agriculteurs ne peuvent plus accéder à leurs terres.

Les conséquences sont considérables.

Selon les données communiquées par les Nations Unies en juin 2026, plus de 5 900 personnes avaient été tuées en Haïti en 2025, plus de 2 700 blessées et près de 650 kidnappées. L’Organisation internationale pour les migrations estimait alors à environ 1,47 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Ces chiffres démontrent que la crise n’est plus limitée à quelques quartiers de Port-au-Prince. La violence s’étend vers d’autres départements et affecte progressivement les zones rurales et périphériques.

Des maisons détruites, des vies brisées

L’incendie d’une maison n’est pas seulement la destruction d’un bâtiment. C’est souvent la disparition d’une partie de l’histoire d’une famille.

Dans de nombreux cas, les victimes perdent leurs vêtements, leurs documents d’identité, leurs économies, leurs outils de travail, leurs souvenirs et parfois même les moyens de retourner dans leur communauté.

Les déplacements répétés aggravent encore cette situation. Des familles qui avaient déjà quitté leur quartier sont parfois contraintes de fuir une seconde, voire une troisième fois.

Les Nations Unies ont souligné en juillet 2026 que près de 1,5 million de personnes étaient déplacées en Haïti et que certaines familles avaient été déplacées à plusieurs reprises.

L’OHDLP estime que cette réalité doit être considérée comme une urgence nationale.

Il ne suffit pas de compter les personnes déplacées. Il faut leur garantir une protection, un hébergement digne, l’accès à l’alimentation, aux soins, à l’éducation et, lorsque les conditions de sécurité le permettent, la possibilité de retourner volontairement et dignement dans leurs communautés.

La démocratie haïtienne est-elle en train d’être galvaudée ?

Pour l’OHDLP, la démocratie ne peut pas se limiter à des discours, à des élections ou à des institutions portant des noms démocratiques.

La démocratie doit être vécue quotidiennement par la population.

Elle suppose la sécurité, l’accès à la justice, la liberté d’expression, la liberté de la presse, la protection des minorités, l’égalité devant la loi, la responsabilité des gouvernants et la possibilité pour chaque citoyen de participer à la vie publique sans intimidation.

Or, lorsque des citoyens ont peur de parler, lorsque des journalistes sont menacés, lorsque les tribunaux sont paralysés ou attaqués et lorsque des populations entières vivent sous la domination de groupes armés, les principes démocratiques sont gravement fragilisés.

Les Nations Unies ont rapporté que des tribunaux haïtiens avaient été attaqués, vandalisés ou occupés par des groupes armés, tandis que des magistrats et des responsables judiciaires avaient fait l’objet d’attaques et de menaces de mort.

Dans ces conditions, les justiciables se demandent légitimement à quel saint se vouer pour obtenir justice.

L’impunité constitue une menace supplémentaire

La violence criminelle prospère lorsqu’elle rencontre l’impunité.

Lorsqu’un meurtre n’est pas sérieusement enquêté, lorsqu’une famille ne connaît jamais la vérité sur la disparition d’un proche, lorsqu’un auteur présumé n’est jamais traduit devant un tribunal compétent ou lorsque les victimes sont abandonnées sans réparation, la confiance dans l’État s’effondre.

L’OHDLP considère donc que la lutte contre l’insécurité doit être accompagnée d’une véritable bataille contre l’impunité.

Il faut renforcer la police, mais également renforcer la justice. Il faut poursuivre les criminels, mais aussi enquêter sur tous les acteurs qui facilitent, financent, arment ou protègent les groupes criminels.

La responsabilité doit être recherchée sans distinction de statut social, de fonction politique, d’influence économique ou d’appartenance institutionnelle.

Les femmes et les enfants paient un prix particulièrement lourd

La crise haïtienne possède également une dimension de genre et une dimension particulièrement dramatique pour les enfants.

Les violences sexuelles sont utilisées comme instrument de terreur et de domination dans plusieurs zones affectées par les groupes armés. Les enfants sont également exposés au recrutement, à l’exploitation et à la traite.

Les Nations Unies ont indiqué qu’en 2025 plus de 8 000 incidents de violence fondée sur le genre avaient été documentés en Haïti, dont plus de la moitié étaient des violences sexuelles.

L’OHDLP condamne fermement toutes les formes de violences sexuelles et exige que les victimes puissent bénéficier de soins médicaux, d’un accompagnement psychologique, d’une protection effective et d’un accès à la justice.

Une société qui laisse ses femmes et ses enfants sans protection face à la violence est une société qui renonce à une partie essentielle de son avenir.

La responsabilité de l’État haïtien

L’OHDLP réaffirme que la responsabilité première de la protection des citoyens revient à l’État haïtien.

La communauté internationale peut apporter un soutien, une assistance technique, des ressources et une coopération sécuritaire. Mais aucune assistance extérieure ne peut remplacer durablement les institutions nationales.

L’État doit reprendre progressivement le contrôle effectif du territoire, protéger les populations civiles, garantir l’accès aux services essentiels, restaurer les tribunaux, renforcer les forces de sécurité et combattre les réseaux financiers qui alimentent la criminalité.

L’État doit également rendre des comptes à la population.

La transparence dans la gestion des ressources publiques, la lutte contre la corruption et la responsabilisation des autorités sont indispensables pour restaurer la confiance nationale.

La communauté internationale doit aussi rendre des comptes

L’OHDLP estime également que la communauté internationale ne peut pas rester spectatrice de la tragédie haïtienne.

Depuis des années, Haïti bénéficie de multiples engagements internationaux, conférences, programmes, résolutions et mécanismes d’assistance. Pourtant, la situation humanitaire et sécuritaire demeure extrêmement préoccupante.

L’OHDLP ne nie pas les efforts entrepris par certaines organisations internationales. Les Nations Unies ont notamment mis en place en 2026 un bureau d’appui destiné à soutenir la Force de suppression des gangs, avec des fonctions logistiques et opérationnelles.

Mais l’OHDLP demande davantage de résultats concrets pour les citoyens.

Les populations haïtiennes ne peuvent pas éternellement entendre des promesses alors qu’elles continuent à mourir, à fuir leurs maisons et à vivre dans la peur.

L’aide internationale doit être coordonnée, transparente, évaluée et orientée prioritairement vers la protection des civils et le renforcement durable des institutions haïtiennes.

Une commission d’enquête indépendante nationale et internationale

Face à la multiplication des massacres, des assassinats, des déplacements forcés, des violences sexuelles, des incendies et des accusations concernant différents acteurs, l’OHDLP exige la mise en place d’une Commission d’enquête indépendante nationale et internationale sur la situation des droits humains en Haïti.

Cette commission devrait avoir pour mandat de documenter les violations graves des droits humains, d’identifier les auteurs présumés, les commanditaires, les financiers et les facilitateurs, de préserver les preuves et de formuler des recommandations permettant aux institutions judiciaires compétentes d’engager des poursuites.

Elle devrait également examiner les éventuelles responsabilités ou négligences de responsables publics lorsque celles-ci auraient contribué à la commission ou à la persistance de violations.

La vérité ne doit pas être négociable.

La justice ne doit pas être sélective.

Et les victimes ne doivent pas être oubliées.

L’OHDLP appelle à une mobilisation nationale

L’OHDLP appelle les autorités haïtiennes, les organisations de défense des droits humains, les journalistes, les organisations de la société civile, les églises, les universités, les associations professionnelles, les organisations de femmes et de jeunes ainsi que tous les citoyens responsables à se mobiliser pacifiquement pour la défense des droits fondamentaux.

La liberté de la presse doit être protégée.

Les journalistes doivent pouvoir travailler sans intimidation.

Les défenseurs des droits humains doivent bénéficier d’une protection effective.

Les victimes doivent pouvoir témoigner sans craindre des représailles.

Les magistrats doivent pouvoir exercer leur fonction en toute indépendance.

Et les citoyens doivent pouvoir vivre sans être prisonniers de la peur.

237 ans après la DDHC, Haïti doit retrouver le chemin de la dignité

Le 26 août 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen consacrait des principes qui allaient profondément influencer l’histoire des libertés publiques.

Deux cent trente-sept ans plus tard, le peuple haïtien mérite lui aussi de vivre dans une société où la vie humaine possède une valeur réelle, où la justice fonctionne, où la liberté de la presse est respectée et où la puissance publique protège plutôt qu’elle n’abandonne.

Haïti ne doit pas devenir une terre où la violence impose sa loi et où l’impunité devient la règle.

L’OHDLP refuse cette fatalité.

Nous refusons que les morts deviennent de simples statistiques.

Nous refusons que les déplacés soient oubliés.

Nous refusons que les enfants grandissent dans la peur.

Nous refusons que les journalistes soient réduits au silence.

Nous refusons que les victimes soient privées de justice.

Nous refusons que la démocratie soit vidée de son sens.

L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) exige donc une réponse nationale et internationale urgente, coordonnée et fondée sur les droits humains.

L’OHDLP demande notamment :

1. La protection immédiate des populations civiles exposées aux violences armées ;

2. Des enquêtes indépendantes sur les massacres et attaques, notamment les événements récents de Kenscoff ;

3. La création d’une Commission d’enquête indépendante nationale et internationale sur la crise haïtienne ;

4. Le renforcement de la justice et des institutions judiciaires, avec des moyens suffisants et une réelle indépendance ;

5. La lutte contre l’impunité et les réseaux qui financent et arment les groupes criminels ;

6. La protection renforcée des journalistes, défenseurs des droits humains, magistrats et témoins ;

7. La prise en charge des personnes déplacées, notamment les femmes, les enfants et les personnes vulnérables ;

8. La protection contre les violences sexuelles et la prise en charge des victimes ;

9. La transparence de l’action publique et de l’aide internationale destinée à Haïti ;

10. Une stratégie nationale durable de restauration de l’autorité de l’État, accompagnée d’un véritable programme social, économique et institutionnel.

Conclusion : la vie du peuple haïtien doit redevenir une priorité

L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse estime que l’heure n’est plus aux déclarations sans lendemain.

Haïti a besoin d’actions.

Les familles haïtiennes ont besoin de sécurité.

Les victimes ont besoin de justice.

Les déplacés ont besoin de protection.

Les enfants ont besoin d’écoles.

Les malades ont besoin d’hôpitaux.

Les journalistes ont besoin de liberté.

Les citoyens ont besoin d’un État capable de les protéger.

237 ans après la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, le peuple haïtien ne demande pas un privilège : il demande le respect de ses droits fondamentaux.

L’OHDLP appelle donc les autorités haïtiennes et la communauté internationale à regarder la réalité en face. Le silence, l’inaction et l’indifférence ne peuvent plus être considérés comme des réponses acceptables à une crise qui coûte chaque jour des vies humaines.

Haïti doit sortir de la spirale de la violence, de l’impunité et de l’abandon.

La vie humaine doit être sacrée. La justice doit être indépendante. La démocratie doit être réelle. La liberté de la presse doit être protégée. Et les droits humains doivent être respectés pour tous, sans distinction.

Alex CALAS Journaliste, Analyste sociopolitique, Grand Défenseur des Droits Humains et Directeur Exécutif de Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP)

Email ohdlphaiti@gmail.com

Phones+509 36395588/4002 0202

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