L’Edito du Rezo
À peine croyable : le ministre des Sports cherche-t-il à rentrer dans les bonnes grâces d’Alix Didier Fils-Aimé en exigeant une fiche électorale pour la remise d’un chèque, après avoir été tenu à l’écart des matches du Mondial disputés par les Grenadiers à Boston, Philadelphie et Atlanta ? Les articles 159 et 160 du Statut général de la fonction publique garantissent pourtant le paiement du salaire après service fait, sans faire de la fiche électorale une condition de rémunération : à l’approche du 13 décembre, cette pratique nourrit le soupçon d’une mobilisation électorale par la paie publique.
PORT-AU-PRINCE, 26 août 2026 — « Apportez votre fiche d’inscription électorale » pour récupérer votre chèque : la consigne figurant sur une note du ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique a de quoi déconcerter. Les articles 159 et 160 du Statut général de la fonction publique disposent pourtant que le traitement n’est pas soumis à « l’appréciation discrétionnaire et subjective » de l’administration et que le fonctionnaire a droit, après service fait, à son salaire. Nulle fiche électorale n’apparaît parmi ces conditions.
Simple formalité ou méthode de recrutement électoral par la paie ? Cette note, à elle seule, permettrait d’affirmer que le gouvernement de doublure d’Alix Didier Fils-Aimé serait « en panne d’électeurs ». Elle autorise également une interrogation autrement plus gênante : pourquoi l’administration réclame-t-elle une preuve d’inscription électorale à un salarié au moment de lui remettre l’argent correspondant à son travail ? Un maigre salaire, en plus.
L’épisode intervient à moins de quatre mois du 13 décembre, date retenue pour des élections et un referendum-bidon que le cadre électoral de 2026 présente comme une « ratification populaire ». La Constitution de 1987, en son article 284-3, demeure pourtant sans équivoque : toute consultation populaire tendant à modifier la Constitution par référendum est formellement interdite.
L’ironie administrative est difficile à manquer. Le ministère chargé de la Jeunesse et des Sports paraît capable de réclamer une fiche électorale à ses employés, pendant que l’insécurité continue de priver Haïti d’une vie sportive nationale normale et que les Grenadiers évoluent depuis des années loin de leur public. L’État peine à reprendre le territoire aux groupes armés, mais une administration trouve déjà le moyen de contrôler la preuve d’inscription d’un futur votant. Se yon skandal nan menm nivo masak ke gang yo fè nan kenskoff la!
Le MJSAC devrait donc répondre à une question très simple : un employé dépourvu de fiche électorale peut-il récupérer son chèque, oui ou non ? Si la réponse est non, il faudra indiquer le texte qui autorise une telle condition. Car, à l’approche du 13 décembre, mélanger salaire public et inscription électorale ne consolide pas la confiance dans le scrutin : cela donne plutôt l’impression que l’administration cherche ses électeurs jusque devant la caisse.


