Quand le massacre se banalise et que les élites s’adaptent, la malpropretocratie devient un système.
Le drame de Kenscoff ne doit pas devenir un simple fait divers de plus dans la longue liste des tragédies qui ensanglantent notre pays. Il doit provoquer un réveil brutal de notre conscience collective.
Combien de massacres, de morts et de communautés sacrifiées faudra-t-il encore avant que la Nation refuse de considérer l’horreur comme une fatalité ?
Le problème dépasse largement les armes. Une société ne s’effondre pas seulement sous les balles: elle s’effondre lorsque ses institutions perdent leur autorité, lorsque ses élites abandonnent leur responsabilité historique et lorsque l’indignation collective se transforme en résignation.
Nous assistons ainsi à la consécration d’une véritable malproptocratie: un système savamment entretenu où l’incompétence se protège, l’impunité se reproduit, la médiocrité se récompense et les intérêts particuliers prennent progressivement l’État en otage.
Trop de responsables politiques sans conscience d’État, trop d’intellectuels silencieux devant l’inacceptable et une frange d’élites économiques prédatrices participent, par action ou par complaisance, à cette décomposition nationale.
Plus grave encore, nous assistons à une fatalisation spectaculaire du désastre massacre, indignation, déclarations, oubli… puis nouveau massacre. A force de répétition, l’exception devient presque normale et l’horreur risque de ne plus provoquer le sursaut qu’elle devrait imposer.
La sécurité demeure une urgence absolue. L’État doit protéger la population et reprendre le contrôle du territoire. Mais prétendre résoudre la crise uniquement à coups de fusil, c’est traiter les symptômes tout en laissant prospérer la maladie. Notre crise est également politique, institutionnelle, économique, sociale et morale.
Kenscoff doit devenir un électrochoc sociopolitique. Il faut restaurer l’autorité de l’État, combattre l’impunité, reconstruire les institutions et surtout réveiller cette conscience citoyenne sans laquelle aucune République ne peut durablement survivre.
Car lorsqu’une société commence à s’habituer à ses propres tragédies, ce n’est plus seulement l’État qui est en faillite: c’est la conscience collective qui est menacée.
Jacques Anderson Desroches, coordonnateur de l’Alternative syndicale pour le transport moderne (ASTM)

