Alerté par de nombreuses plaintes dénonçant le comportement de certains agents de la Police nationale d’Haïti (PNH) affectés sur l’île de la Gonâve, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a diligenté une enquête.
Aujourd’hui, l’organisation estime de son devoir de partager avec l’opinion publique les résultats de ses investigations.
Mise en contexte
Depuis plusieurs années, il sévit sur l’île de La Gonâve une situation préoccupante caractérisée par le dysfonctionnement des institutions de la chaine pénale.
Le 2 septembre 2024, le Tribunal de première instance de La Gonâve a été créé. Cependant, à date, il n’a pas encore été installé, en dépit de la collecte de fonds réalisée par la communauté insulaire en Haïti et dans la diaspora, qui a permis de rénover le bâtiment mis à la disposition de la Justice haïtienne par la municipalité de l’Anse-à-Galets.
De plus, deux (2) tribunaux de paix et deux (2) commissariats sont localisés sur l’île, respectivement à Pointe-à-Raquette et à Anse-à-Galets. Ils fonctionnent dans des conditions extrêmement préoccupantes.
Situation à Pointe-à-Raquette
Le Tribunal de paix de Pointe-à-Raquette, localisé dans un bâtiment inachevé dont les murs ne sont pas peints, et non-alimenté en courant de ville, est dans un état de délabrement avancé. Il fonctionne avec seulement deux (2) juges et trois (3) greffiers, sans secrétaire ni aucun autre membre du personnel administratif. Il ne dispose ni de matériel de bureau, ni de moyen de déplacement, en dépit des réquisitions répétées du juge titulaire.
Le local accueillant le Commissariat de la ville n’est pas non plus alimenté en électricité. Les policiers ne disposent ni de radio de communication, ni de moyen de déplacement. La seule motocyclette dont disposait le commissariat a été remise par le responsable d’alors, l’inspecteur José Renard – de même qu’un fusil Galil – à Angelo Gabriel qui, à l’époque était agent municipal de Pointe-à-Raquette, en vue d’assurer les déplacements de l’inspecteur.
Le commissariat ne compte que quelques policiers qui travaillent en trois (3) groupes distincts. Chaque groupe doit travailler dix (10) jours d’affilée, 24/24 heures pour ensuite bénéficier de vingt (20) jours de repos. Récemment, l’effectif a été révisé à la hausse. Cependant, il reste encore insuffisant.
Un employé civil, membre du personnel de soutien, Edril Lafortune, est souvent affecté à la surveillance des personnes en garde-à-vue.
Situation à Anse-à-Galets
La situation du Tribunal de paix de l’Anse-à-Galets n’est pas différente. Le bâtiment nécessite d’importantes réparations. De plus, il est dépourvu de tout : aucun matériel de bureau ni moyen de déplacement n’est mis à la disposition du personnel judiciaire. Le local n’est pas non plus alimenté en courant électrique.
Le Tribunal de paix de l’Anse-à-Galets fonctionne avec seulement trois (3) juges dont deux (2) n’ont prêté serment que très récemment, en juin 2026, un (1) greffier et une (1) secrétaire.
Au Commissariat de l’Anse-à-Galets, registres, tables, chaises, classeurs, etc. sont inexistants. Les agents qui y sont affectés ne disposent pas non plus de matériels policiers pouvant leur permettre d’effectuer correctement leur travail.
À l’instar du Commissariat de Pointe-à-Raquette, l’effectif du Commissariat de l’Anse-à-Galets a été révisé et renforcé par des agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO), qui, pour leur part, travaillent par rotation. Seules trois (3) motocyclettes permettent les déplacements des agents. Elles sont insuffisantes pour couvrir la juridiction.
Au-delà des institutions de la chaine pénale qui ne disposent pas des moyens adéquats et suffisants pour effectuer leur travail, il convient de souligner que plusieurs personnes soutiennent que, souvent, des pots-de-vin sont versés aux agents de la PNH affectés sur l’île.
En voici quelques exemples :
• Des prévenus impliqués dans de nombreux cas de viols, d’assassinats et autres infractions graves, gardés à vue dans les commissariats de Pointe-à-Raquette et de l’Anse-à-Galets sont remis en liberté alors que, souvent pour la population, ils attendaient d’être déférés au Parquet près le Tribunal de Première instance de Port-au-Prince.
• Des individus suspectés de faire partie du gang armé dirigé par Johnson André alias Izo s’étaient rendus sur l’île. Dénoncés par la communauté, ils ont été arrêtés par des policiers de Pointe-à-Raquette, pour être aussitôt libérés, suite à des versements de pots-de-vin.
• Au commissariat de l’Anse-à-Galets, des policiers exigent des chauffeurs, dont les motocyclettes ne sont pas en règle, le versement d’un montant qui varie entre mille cinq-cents (1,500) et deux-mille (2,000) gourdes ; et deux-mille-cinq-cents (2,500) gourdes des chauffeurs de voiture.
• Il a aussi été rapporté que, dans le traitement des cas de viols perpétrés sur mineures, les agresseurs sont souvent relâchés, après le versement de pots-de-vin. À titre d’exemple, le 21 novembre 2025, Gamanuel Gabriel a été arrêté pour viol sur mineure et gardé au Commissariat de Pointe-à-Raquette. Rapidement, il a été remis en liberté. Selon plusieurs, il avait versé un substantiel pot-de-vin pour acheter sa remise en liberté. C’est le courroux de la population qui a conduit à son arrestation une deuxième fois, puis au transfert de son dossier à Port-au-Prince.
• Un prévenu dont le dossier a été déféré au parquet peut attendre plusieurs mois avant que des Garde-côtes le transportent à Port-au-Prince. Il arrive parfois que la personne ne soit pas prise en charge par le parquet en raison du caractère incomplet de son dossier, une situation dénoncée par les responsables du Service Départemental de la Police Judiciaire (SDPJ) de la Direction Départementale de l’Ouest (DDO-2), dont le rôle ne consiste pas à transférer les prévenus. Dans certains cas, les prévenus sont donc maintenus en détention au sein des commissariats de l’île.
Au vu de la situation des institutions de la chaine pénale sur l’île telle que décrite, c’est sans surprise que les plaintes relatives aux violations de Droits Humains perpétrées se multiplient et que les policiers, en particulier, soient indexés.
Quelques violations enregistrées sur l’île de La Gonâve
Exécution sommaire d’Angelo Adonis alias Toutou
Angelo Adonis alias Toutou, âgé de vingt-et-un (21) ans, a été arrêté en novembre 2025 à Pointe-à-Raquette, pour voies de fait, vol nocturne, coups et blessures. Après trois (3) mois d’incarcération au Commissariat de Pointe-à-Raquette, sur l’île de La Gonâve, le 22 février 2026, il a été libéré, vers 18 :00 heures.
Ce jour-là, selon les informations qui ont été fournies par Ednel Désir, vice-délégué de l’arrondissement Anse-à-Galets / Pointe-à-Raquette, avec lequel le RNDDH s’est entretenu, Angelo Adonis alias Toutou s’est rendu à Marotière, une zone de la commune de Pointe-à-Raquette. Arrivé sur les lieux aux environs de 21 :00 heures, il a été appréhendé par plusieurs personnes dont Félix Joseph qui jugèrent sa libération suspecte. Questionné à ce sujet, Angelo Adonis alias Toutou affirma avoir pu recouvrer sa liberté après le versement de soixante-quinze mille (75,000) gourdes au Commissariat de Point-à-Raquette, par des membres de sa famille.
Certaines des personnes présentes ont alors appelé le commissariat de Pointe-à-Raquette. Et, vers 22 :00 heures, l’Agent II Mackendy Buteau, affecté audit poste de police est arrivé sur les lieux où, sans prendre le temps de s’entretenir avec Angelo Adonis alias Toutou, il a sommairement exécuté ce dernier.
Félix Joseph, âgé de quarante-quatre (44) ans, père de quatre (4) enfants, coordonnateur de la vice-délégation de l’arrondissement Anse-à-Galets / Pointe-à-Raquette, se trouvait tout près d’Angelo Adonis. Il a également été atteint d’un projectile au niveau du sternum et est mort sur place. Le policier s’est par la suite rendu au Commissariat de l’Anse-à-Galets où il a été mis aux arrêts le soir-même par ses pairs. Le lendemain, soit le 23 février 2026, il a été pris en charge par La Direction départementale de l’Ouest (DDO-2) / Service départemental de la Police judiciaire (SDPJ).
Il convient de souligner que les constats effectués le 23 février 2026 par le juge titulaire du Tribunal de paix de l’Anse-à-Galets ainsi que les propos recueillis auprès de personnalités de la commune telles que Ednel Désir et Jean Wilkens Déranvil, respectivement vice-délégué de l’île et chargé de mission à la délégation de La Gonâve, corroborent cette version selon laquelle le policier a procédé à l’exécution d’Angelo Adonis alors que ce dernier ne représentait aucune menace pour le policier ou toute autre personne de la communauté.
Déclarations de l’Agent Mackendy Buteau
Toujours dans le cadre de cette enquête, le RNDDH a rencontré l’Agent Mackendy Buteau au commissariat de l’aéroport. Il a affirmé à l’organisation que le jour de l’incident, soit le 22 février 2026, vers 18 :00 heures, il était allé récupérer son téléphone qu’il avait mis à charger, laissant Edril Lafortune au commissariat, chargé de surveiller Angelo Adonis. Dix (10) minutes plus tard, alors qu’il revenait au poste, Edril Lafortune l’a rejoint en cours de route, en vue de lui annoncer avoir reçu un appel de l’Inspecteur Jose Renard, l’informant qu’Angelo Adonis avait été libéré. Ils se sont alors précipités au commissariat, où il a constaté que la serrure de la cellule de la garde-à-vue avait été brisée. Il a, à plusieurs reprises, tenté d’appeler au téléphone l’Inspecteur Jose Renard, ce dernier ne lui a jamais répondu.
Par la suite, l’agent municipal de Pointe-à-Raquette Angelo Gabriel lui a expliqué qu’Angelo Adonis avait été appréhendé par une foule entre 20 et 21 heures, à Marotière. Il s’est rendu sur les lieux. Angelo Adonis a alors tenté de s’enfuir. C’est à ce moment que l’agent affirme avoir tiré une seule balle qui a touché Angelo Adonis au dos. Il décline par conséquent toute responsabilité dans le décès de Félix Joseph qui, selon lui, a été atteint d’une balle tirée par arme autre que la sienne.
Le policier mis en cause est placé en isolement, et le dossier a été transféré à l’Inspection Générale de la PNH (IGPNH) pour les suites nécessaires.
Déclarations de la conjointe de Felix JOSEPH
Le RNDDH s’est aussi entretenu avec Madame Yaceline Talent, conjointe de Félix Joseph et mère de ses enfants. Elle a déclaré que, le 22 février 2026 vers 21 : 30 heures, à la suite de plusieurs appels de citoyens de la localité, dont Jean Wilkens Déranvil, chargé de mission à la délégation de La Gonâve, Félix Joseph alors coordonnateur de la vice-délégation de l’arrondissement Anse-à-Galets / Pointe-à-Raquette s’est rendu à Marotière.
Arrivé sur les lieux, Félix Joseph et Jean Wilkens Déranvil ont constaté la présence sur les lieux du sieur Angelo ADONIS.
Mackendy Buteau, qui se trouvait au Cosmopolite Bar, non loin du commissariat de Pointe-à-Raquette, a appris la libération d’Angelo Adonis, s’est aussi dépêché sur les lieux où, à son arrivée, il a exécuté Félix Joseph d’une balle au sternum, après lui avoir murmuré quelques mots, puis a administré deux (2) autres projectiles à Angelo Adonis, l’un (1) au niveau du sternum et l’autre, à la tête.
Aucune forme d’assistance financière ou psychologique n’a été offerte à Madame Yaceline Talent. Elle a dû s’arranger en vue d’organiser les funérailles de son conjoint et se débrouille depuis l’assassinat de ce dernier, pour subvenir aux besoins de sa famille.
Déclarations du juge titulaire du Tribunal de Paix de Pointe-à-Raquette
Selon le magistrat Dieuveut Alexandre, juge titulaire du Tribunal de Paix de Pointe-à-Raquette, avec lequel le RNDDH s’est entretenu, Angelo Adonis a été arrêté en janvier 2026 pour vol nocturne et voies de fait.
Après l’avoir auditionné au cours du mois de son arrestation, il s’apprêtait à transférer son dossier au Parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince lorsque le décès d’un proche l’en a empêché.
Le 22 février 2026, il a appris par téléphone que le policier Mackendy Buteau avait commis un double assassinat. Le lendemain, soit le 23 février 2026, il s’est rendu en urgence à Pointe-à-Raquette où il a effectivement constaté le corps sans vie d’Angelo Adonis. Il s’était par la suite rendu audit commissariat où il a constaté que la porte de la garde-à-vue n’a pas été défoncée mais que seule la serrure a été enlevée. Enfin, il a affirmé s’être entretenu avec les parents d’Angelo Adonis qui lui ont déclaré n’avoir versé aucun pot-de-vin aux policiers pour la libération de ce dernier.
Le magistrat a aussi reconnu que ce n’était pas la première fois qu’une personne gardée à vue au Commissariat de Pointe-à-Raquette recouvrait sa liberté dans des conditions inexpliquées.
Bastonnade à l’encontre d’Alexander Malivert, de Dunga Oscar, de Dundley Enrique Oscar et de Norlise et arrestation arbitraire de Dunga Oscar
Le 13 mars 2026, vers 23 :00 heures, à Anse-à-Galets, l’Agent IV Manuel Charles, l’Agent I Dains Kerry Jérome alias 32, l’Agent II Peterson Momplaisir et l’Agent II Guisson Ulysse, tous affectés à l’Unité Départementale et de Maintien de l’Ordre (UDMO), base de l’Anse-à-Galets, ont bastonné Alexander Malivert, Dunga Oscar, Dundley Enrique Oscaret Norlise ainsi connue avant de procéder à l’arrestation de Dunga Oscar.
Selon les informations parvenues au RNDDH, l’incident s’est déroulé lorsque les quatre (4) policiers Manuel Charles, Dains Kerry Jérome alias 32, Peterson Momplaisir et l’Agent II Guisson Ulysse sont arrivés dans la zone à bord de trois (3) motocyclettes. Deux (2) d’entre eux sont entrés au Lakou Trankil Bar & Grill, tandis que Dains Kerry Jérome alias 32, et un (1) autre policier sont restés à l’extérieur.
À ce moment, une femme connue dans la zone sous le nom de Norlise, présentant des troubles mentaux selon des riverains, a touché l’un des policiers qui étaient restés au – dehors. Mécontent, celui-ci l’a immédiatement frappée. Alexander Malivert, un citoyen âgé de trente-quatre (34) ans, présent sur les lieux, a tenté d’expliquer aux policiers qu’il s’agissait d’une personne malade. Il a été battu à coups de poings et giflé à plusieurs reprises par ces derniers.
Déclarations de Dunga Oscar
Dunga Oscar, âgé de trente-cinq (35) ans et père de trois (3) enfants, se trouvait devant sa maison en compagnie de deux (2) amis lorsqu’il a assisté à la scène des policiers s’acharnant sur Alexander Malivert. Pour avoir simplement fait remarquer qu’il ne comprenait pas leur acharnement, il a été roué de coups par l’un (1) des policiers qui étaient à l’extérieur du club et qui a rapidement été rejoint par les deux (2) autres agents qui se trouvaient au Lakou Trankil Bar & Grill. Tentant de s’échapper, Dunga Oscar est rentré chez lui. Il a été poursuivi jusque-là par les policiers qui ont continué à le bastonner en présence de sa famille. Pour avoir voulu prendre la défense de son père, Dundley Enrique Oscar, âgé de quinze (15) ans, a aussi été sévèrement bastonné.
Par la suite, les policiers ont tiré à plusieurs reprises au-dessus et à proximité de la tête de Dunga Oscar, avant de le traîner dehors tout en le frappant avec leurs armes. Il a été arrêté et conduit au commissariat de l’Anse-à-Galets où l’agent Dains Kerry Jérome, alias 32 l’a brûlé au dos avec des cigarettes et lui a arraché des mèches de cheveux.
Deux (2) jours après l’incident, soit le 15 mars 2026, Dunga Oscar a été conduit à l’Hôpital Wesleyen de l’Anse-à-Galets. Le lendemain, c’est-à-dire le 16 mars 2026, il a été contraint de signer un rapport de police indiquant qu’il avait été arrêté pour rébellion. Il a ensuite été présenté par-devant le juge de paix Delva Georges, puis libéré dans l’après – midi.
Arrestation et bastonnade d’Adriano Fuse Aime ayant entrainé la mort
Le 28 juin 2026, vers 11 :00 heures, quatre (4) policiers du commissariat de l’Anse-à-Galets ont procédé à l’arrestation d’Adriano Fuse-Aimé, de Ricardo Joseph et de Jean Gardy Joseph, alors qu’ils se trouvaient à bord d’une motocyclette. Ils ont été conduits au commissariat de l’Anse-à-Galets où les policiers les ont ligotés et les ont sévèrement battus.
Tamara Fuse Aimé, et Merline Léger, toutes deux (2) sœurs d’Adriano Fuse Aimé âgé de vingt-deux (22) ans, se sont rendues au commissariat s’enquérir des raisons de l’arrestation d’Adriano Fuse Aimé. Les policiers les ont menacées et les ont forcées à quitter les lieux. Elles ont eu cependant le temps d’entendre des personnes retenues hurler sous les coups qui leur étaient administrés dans l’enceinte-même du commissariat.
Vers 22 : 00 heures, en raison de la détérioration de l’état de santé d’Adriano Fuse Aimé, il a été conduit à l’Hôpital Wesleyen.
Le lendemain de son arrestation, soit le 29 juin 2026, entre 16 :00 et 17 :00 heures, la petite sœur de la victime, Merline Léger, a été autorisée à rendre visite à Adriano Fuse Aimé. Elle a pu constater que les mains de son frère, ses pieds, la plante de ses pieds ainsi que ses fesses, étaient couvertes de blessures qui saignaient. Le 30 juin 2026, vers 9 :00 heures, c’est sa grande sœur, Tamara Fuse Aimé qui lui a apporté à manger à l’hôpital. Elle l’a aussi baigné. Adriano Fuse Aimé est décédé peu de temps après.
Le 30 juin 2026, vers 11 : 00 heures puis le 9 juillet 2026, respectivement à la salle d’urgence de l’hôpital de l’Anse-à-Galets puis à l’Entreprise Funéraire Saint Isidore, le juge titulaire Delva Georges du Tribunal de paix de l’Anse-à-Galets a procédé au constat du corps inerte d’Adriano Fuse Aimé, portant un caleçon multicolore, les mains tuméfiées, un pansement au niveau de son tendon, des blessures aux deux (2) bras et à la fesse gauche ainsi qu’un œil crevé.
Toutefois, le magistrat a affirmé au RNDDH avoir procédé aux deux (2) constats suite à des requêtes différentes. Si le premier a été réalisé le 30 juin 2026 sur réquisition du responsable du commissariat de l’Anse-à-Galets, l’inspecteur divisionnaire Gilles Motlaire, le second a été fait sur demande des parents de la victime. Et, des différences ont été constatées dans la présentation du corps ainsi que dans certaines blessures que portait la victime sur le corps.
Arrestation et extorsion d’argent au détriment de Claudy Samson
Le 10 mars 2026 entre 22 :00 et 23 :00 heures, Claudy Samson a été arrêté par l’Agent I Dains Kerry Jérome, pour trafic illicite de stupéfiants, selon le procès-verbal du juge titulaire du Tribunal de paix de l’Anse-à-Galets, Me Delva Georges. Après audition, le dossier a été transféré le 18 mars 2026 au Parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince. En ce sens, un ordre de conduire le prévenu a été acheminé par le magistrat au responsable du Commissariat de l’Anse-à-Galets, l’inspecteur divisionnaire Gilles Motlaire, dont le bureau en a accusé réception en date du 24 mars 2026.
Le dossier a été confié au commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Me Fritz Patterson Dorval.
Le 8 avril 2026, Claudy Samson a été libéré, à la surprise générale. D’aucuns affirment que ses proches ont versé un pot-de-vin en vue d’obtenir sa libération. Le juge de paix ayant confirmé au RNDDH l’avoir déféré et son dossier au Parquet, l’organisation s’est entretenue avec l’inspecteur divisionnaire Gilles Motlaire qui lui a affirmé ne jamais procéder à la libération d’un prévenu sauf après en avoir reçu l’ordre du Parquet, soit par WhatsApp ou par appel téléphonique.
Et, en ce qui concerne Claudy Samson, c’est le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince Fritz Patterson Dorval qui a lui-même émis l’ordre de le libérer à l’inspecteur divisionnaire Gilles Motlaire.
Arrestation arbitraire et bastonnade de Jeanlus Réguste et de Fednelson Réguste
Le 25 juillet 2026, vers 23 : 00 heures, dans la localité de Bois Crédit, à Anse-à-Galets, Jeanlus Réguste, âgé de quarante-et-un (41) ans, père d’une (1) fille de deux (2) ans, ainsi que Fednelson Réguste, âgé de vingt-trois (23) ans, ont été arrêtés pour voies de fait et comportement violent vis-à-vis de deux (2) agents du Commissariat de l’Anse-à-Galets.
Selon les déclarations des victimes au RNDDH, l’inspecteur divisionnaire Gilles Motlaire – présenté comme étant le conjoint de la dame Ganette Lexius avec laquelle Jeanlus Réguste et Fednelson Réguste étaient en conflit – et deux (2) policiers qui l’accompagnaient ont procédé à l’arrestation de Jeanlus Réguste et de Fednelson Réguste, après avoir tiré plusieurs balles pour les intimider.
Jeanlus Réguste et Fednelson Réguste ont été sévèrement bastonnés tant au moment de leur arrestation qu’après leur arrivée au Commissariat de l’Anse-à-Galets.
Le 27 juillet 2026, le Commissariat a lui-même fait venir le docteur Therson Détès, responsable de la Clinique Trinité, afin d’ausculter Jeanlus Réguste dont l’état de santé se détériorait. Et, le médecin ayant ordonné que la victime soit examinée en profondeur, le 29 juillet 2026, Jeanlus Réguste a été emmené faire une radiographie qui a révélé qu’il avait une côte cassée.
Selon l’Inspecteur divisionnaire Gilles Motlaire, le 25 juillet 2026, vers 23 : 30 heures, il a reçu un appel téléphonique de sa conjointe l’informant que, depuis environ deux (2) heures, deux (2) hommes de son voisinage l’agressaient verbalement, puis avaient commencé à l’agresser physiquement, allant jusqu’à la frapper avant de la traîner au sol.
Dans un premier temps, deux (2) policiers ont été dépêchés sur les lieux par l’inspecteur divisionnaire Gilles Motlaire avec pour consigne de gérer la situation. Ils ont rapporté avoir trouvé les deux (2) hommes en question munis de pierres et de bouteilles, en train d’agresser effectivement la dame Ganette Lexius. La présence des policiers ne les a pas empêchés de continuer à avoir un comportement agressif. Ils s’en sont même pris aux policiers et les ont frappés, causant une entorse au bras d’un des policiers.
Peu de temps après, l’inspecteur divisionnaire Gilles Motlaire s’est lui-même présenté sur les lieux et a procédé à l’arrestation des hommes en question. Ils devaient être déférés à la Justice le 29 juillet 2026, mais, la radiographie planifiée ainsi que l’absence du magistrat dans la commune de l’Anse-à-Galets ont retardé le cours du dossier.
Le 30 juillet 2026, Jeanlus Réguste et Fednelson Réguste ont été auditionnés par le juge de paix Delva Georges. Jeanlus Réguste a été relâché tout de suite après tandis que Fednelson REGUSTE a été maintenu en rétention en raison, selon le magistrat, de son comportement violent envers les agents lors de son arrestation.
Après une nouvelle audition le 3 août 2026 et suite à l’analyse du rapport de police indiquant qu’ils n’avaient pas été arrêtés avec un mandat, le magistrat de paix a estimé qu’il n’y avait pas matière à maintenir Fednelson Réguste en rétention ni à le déférer. Il l’a donc libéré.
Commentaires et Recommandations
Se basant sur les exemples ci-dessus relatés, le RNDDH peut affirmer que sur l’île de la Gonâve, les citoyens sont aux prises avec une chaine pénale qui ne fonctionne qu’au gré des agents policiers et des magistrats de paix.
La force est utilisée à outrance lors des arrestations. Des cas d’exécution sommaire sont enregistrés. Des civils sont affectés à la garde des retenus.es. Des retenus, sévèrement battus, souvent au sein-même des postes de police, sont conduits à l’Hôpital avec des blessures graves et des plaies saignantes. Certains sont même décédés des suites de ces blessures. Des libérations de personnes impliquées dans des actes répréhensibles dont des viols sur mineures, sont réalisées au détriment des droits des victimes et survivantes.
Des ordres judiciaires de libération de retenus.es sont transmis par téléphones portables du Parquet près le Tribunal de première instance de Port-au-Prince aux autorités policières de l’île. Des conducteurs de véhicules roulants sont victimes d’extorsion d’argent : dans ces conditions, il est compréhensible que la population insulaire dénonce la violation systématique de ses droits à la vie, à l’intégrité physique et psychique, aux garanties judiciaires ; et qu’elle croie que des pots-de-vin sont régulièrement distribués pour la libération des personnes en conflit avec la Loi.
Les proches d’Angelo Adonis, de Félix Joseph, d’Adriano Fuse Aimé et de toutes autres personnes exécutées par la PNH attendent que Justice leur soit rendue. Conséquemment, les conditions de ces exécutions sommaires doivent faire l’objet d’une enquête sérieuse de l’Inspection Générale de la PNH (IGPNH), et les dossiers en question doivent être transférés à la Justice.
Il est aussi inadmissible que des policiers affectés sur l’île forcent des citoyens, après les avoir sévèrement bastonnés, à signer, contre leur remise en liberté, des rapports de police dans lesquels ils doivent admettre avoir été arrêtés pour rébellion. Le RNDDH estime en ce sens que n’était-ce la complicité des magistrats de paix, ces cas – comme celui de Dunga Oscar qui a été arrêté, sévèrement battu par des policiers, conduit à l’Hôpital Wesleyen de l’Anse-à-Galets par ses agresseurs eux-mêmes puis transféré au magistrat de paix Delva Georges avec un rapport de police accablant, pour qu’il puisse recouvrer sa liberté – n’auraient jamais abouti.
Aujourd’hui, il est clair que le désordre qui sévit sur l’île de la Gonâve risque de s’aggraver si le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) et le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) continuent de ne pas superviser le fonctionnement des agents de la PNH déployés sur l’île et du personnel judiciaire qui y est affecté.
Par ailleurs, le RNDDH dénonce le fait par les autorités étatiques de ne pas doter les policiers et le personnel judiciaire de l’île en matériels de fonctionnement et de déplacement adéquats, pouvant leur permettre de fournir le service pour lequel ils ont été recrutés. En effet, les commissariats et tribunaux de paix de l’île sont dans un état de dénuement totalement inacceptable. Et, les nombreuses réquisitions qui ont été faites aux autorités étatiques n’ont pas abouti, ces dernières préférant garder tout le matériel pour leur propre fonctionnement.
De même, le RNDDH croit que le Tribunal de première instance de l’île qui a été créé le 2 septembre 2024, et qui n’est toujours pas fonctionnel, en dépit de la mobilisation citoyenne qui a permis de récolter des fonds et de rénover le bâtiment mis à la disposition de la Justice par la municipalité de l’Anse-à-Galets, doit être installé en vue de permettre aux citoyens de l’île de suivre le traitement des dossiers au niveau de la Justice et d’exiger le respect de leurs garanties judiciaires.
63. Fort de tout ce qui précède, le RNDDH recommande aux autorités judiciaires et policières notamment le CSPN et le CSPJ de :
• Passer les instructions formelles, pour que leur soit adressé dans les plus brefs délais, un rapport sur le fonctionnement de la Justice et de la Police sur l’île de la Gonâve ;
• Soumettre à la certification le personnel judiciaire affecté aux Tribunaux de paix de l’île et procéder au renforcement de leur staff ;
• Fournir aux tribunaux de paix et aux commissariats tous matériels de bureau, policiers, de fonctionnement et matériels roulants, pouvant les rendre efficaces dans leurs tâches.
• Adopter les mesures nécessaires visant à rendre fonctionnel le Tribunal de première instance de l’île de la Gonâve, dès la reprise des travaux judiciaires, le premier lundi du mois d’octobre 2026.

