15 août 2026
Haïti | Après l’impunité et la corruption, la propagande grossière s’installe au sommet de l’État sous le « règne d’Alix II »
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Haïti | Après l’impunité et la corruption, la propagande grossière s’installe au sommet de l’État sous le « règne d’Alix II »

En filigrane se dessine une interrogation plus grave encore : si Alix Didier Fils-Aimé peut s’accommoder d’un processus politique contesté au regard de la Constitution de 1987, adoptée par le suffrage populaire, quel héritage institutionnel prétend-il transmettre à la nouvelle génération ? Ancien candidat malheureux au Sénat, le voici aujourd’hui à la tête d’un exécutif disposant des leviers financiers de l’État, sans mandat électif direct ni échéance politique clairement fixée. Que promet cette République à sa jeunesse lorsque l’exception devient la règle, que la reddition de comptes s’efface et que le provisoire paraît vouloir s’installer sans date de sortie ?

L’Edito du Rezo —

L’ÉDITO DU REZO — À l’impunité et à la corruption, deux plaies anciennes qui ont durablement affaibli l’État haïtien, semble désormais s’ajouter une troisième dérive : la propagande institutionnelle grossière, érigée en méthode de gouvernement. La Primature qualifie de « visite réussie » le déplacement d’Alix Didier Fils-Aimé dans le Sud et annonce des « avancées concrètes », sans publier simultanément les coûts détaillés de cette tournée ni des indicateurs permettant d’en apprécier la portée. À l’heure du bilan, ces expressions tiennent davantage de la construction narrative que d’une démonstration reposant sur des résultats précis, quantifiables, comparables et vérifiables. Une République ne devrait pas demander au citoyen de croire : elle devrait lui permettre de vérifier.

Une avancée ne se proclame pas dans un communiqué ; elle se constate sur le terrain. Les autobus assurant la liaison Les Cayes–Port-au-Prince ont-ils repris normalement leur trajet jusqu’à la capitale ? La RN2 est-elle redevenue un axe pleinement placé sous l’autorité de la puissance publique ? Si le cabotage maritime prospère au point de devenir une voie de substitution pour contourner l’insécurité et certains tronçons terrestres devenus périlleux, au nom de quelle normalisation parle-t-on d’« avancées concrètes » ? Une route nationale que l’État ne peut garantir à ses propres citoyens ne constitue pas seulement un problème de circulation : elle matérialise la contraction de l’autorité publique et l’amputation progressive de la souveraineté territoriale.

La sécurité appelle le même examen contradictoire. Un seul des principaux chefs de gangs identifiés comme responsables de la fragmentation du territoire a-t-il été neutralisé, arrêté puis présenté devant une juridiction compétente au point de modifier durablement le rapport de force ? Le Premier ministre, que ses détracteurs présentent comme un chef de gouvernement de doublure, peut-il lui-même relier Port-au-Prince au Grand Sud par voie terrestre dans les mêmes conditions qu’un voyageur ordinaire ? Peut-il parcourir ces routes sans dispositif exceptionnel, sans détour maritime et sans mobilisation disproportionnée de moyens publics ? Lorsque ces interrogations demeurent sans réponse documentée, le vocabulaire de la « réussite » cesse progressivement d’informer : il organise une perception, construit un décor et tente de substituer le récit officiel à l’état matériel du pays.

À force de gouverner par mises en scène, tournées officielles, inaugurations, photographies soigneusement cadrées et communiqués autosatisfaits, « Alix II » finit par emprunter les attributs symboliques d’un monarque républicain auquel nul ne semblerait demander de présenter l’addition au Trésor public. Combien coûtent ces déplacements ? Quelles lignes budgétaires les financent ? Quels marchés ont été engagés ? Quels résultats justifient les dépenses effectuées au nom du contribuable ? Le pouvoir exécutif administre des deniers publics ; il ne possède aucune cassette royale. Lorsque les dépenses paraissent s’accumuler sans publication systématique de leur coût tandis que la Primature distribue elle-même les certificats de « réussite », la communication gouvernementale quitte le terrain de l’information pour celui de la propagande. Sous le « règne d’Alix II », le Palais peut multiplier les satisfecit ; mais en République, le souverain demeure le peuple — et le peuple conserve le droit imprescriptible de demander les comptes, les justificatifs et les factures.

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