14 août 2026
Le script du théâtre électoral du 13 décembre 
Actualités Opinions Politique

Le script du théâtre électoral du 13 décembre 

Haïti a trop souvent démontré que les plans les mieux ficelés se brisent sur la réalité du  terrain. Les gangs ne sont pas des figurants dociles, la FRG n’est pas une force omnipotente,  et le peuple n’est pas un public passif. Dans ce théâtre électoral, tous les acteurs croient  connaître leur rôle. Mais l’Histoire haïtienne ressemble rarement à un script écrit à l’avance.  Les imprévus, et parfois les surprises, restent les seuls véritables maîtres du jeu. 

Dans le scénario qui circule de plus en plus dans certains milieux politiques et diplomatiques,  la Force de répression des gangs (FRG) ne serait pas seulement un instrument de lutte contre  l’insécurité. Elle jouerait un rôle central, presque scénique, dans une stratégie destinée à  ouvrir subitement les routes nationales et à créer les conditions d’une victoire de la coalition  Viktwa au scrutin du 13 décembre 2026. Ce plan, s’il est réel, repose sur une mise en scène  soigneusement calculée : rendre la force internationale visible là où les gangs doivent  disparaître, le temps d’un scrutin. 

Le rôle attribué à la FRG : visibilité sélective et déploiement symbolique 

Selon cette lecture, la FRG devrait d’abord se faire plus visible. Ses chars et ses unités  motorisées seraient déployés de manière ostensible dans certaines zones stratégiques – axes  routiers majeurs, périphéries de la capitale, points de passage vers le Sud ou l’Artibonite – pendant que les gangs, dans ces mêmes secteurs, deviendraient soudainement « invisibles ».  Moins d’attaques, moins de barricades, moins de présence armée ostentatoire. L’objectif ne  serait pas de détruire les groupes criminels, mais de créer une fenêtre de calme relatif  suffisante pour permettre la circulation des électeurs, des bulletins et des observateurs. 

Dans un deuxième temps, la FRG devrait se déployer au centre-ville de Port-au-Prince. Ce  déploiement permettrait l’installation de quelques centres d’inscription et de vote dans des  zones jusqu’ici inaccessibles. L’image serait forte : des militaires internationaux protégeant  

des bureaux de vote, des files d’électeurs, des caméras, des communiqués triomphants sur le «  retour de l’État ». Peu importerait que ces centres restent limités en nombre ou concentrés  dans des zones contrôlables. L’essentiel serait de produire la photographie de l’élection  possible. 

Dans ce dispositif, la FRG n’agirait pas comme une force de reconquête totale du territoire,  mais comme un acteur de légitimation. Sa présence visible servirait à rassurer la communauté  internationale, à justifier le maintien du calendrier électoral et à donner l’illusion d’un  processus sous contrôle. 

Un théâtre déjà écrit : listes prêtes, rôles distribués 

Dans ce scénario, le 13 décembre n’aurait rien d’un scrutin ouvert. Les listes de sénateurs et  de députés seraient déjà largement préparées. Les candidatures de Viktwa et de ses alliés  seraient positionnées, les accords locaux scellés, les circuits de mobilisation organisés. Tous  les acteurs de ce jeu seraient prêts à jouer leur rôle. 

Le Conseil électoral provisoire (CEP) occuperait une place particulière : protéger le  processus, valider les résultats, et, in fine, cautionner ce que d’aucuns appellent déjà le «  forfait » de Fils-Aimé. Selon cette interprétation, le CEP ne serait pas un arbitre indépendant, 

mais un rouage institutionnel chargé de donner une apparence de légalité à un dénouement  politique déjà négocié. 

La complicité de certains partis historiques – Fanmi Lavalas, l’OPL et EDE – serait, dans ce  récit, indispensable. Leur participation, même partielle ou critique en apparence, servirait à  élargir la base de légitimité, à diluer les accusations de monopole et à présenter le résultat  comme un « consensus » plutôt que comme une capture du pouvoir par une seule coalition.  Lavalas apporterait une caution populaire, l’OPL une image de pivot centrist, EDE une  expérience de gestion. Ensemble, ils rendraient le tableau plus acceptable aux yeux de  Washington et des partenaires internationaux. 

Un plan fragile dans un pays d’imprévus 

Pourtant, comme souvent en Haïti, les choses ne se déroulent presque jamais exactement  comme elles ont été planifiées. La fragmentation des gangs reste le principal facteur  d’incertitude. Un chef de gang peut accepter de se faire discret dans une zone, tandis qu’un  autre, rival ou simplement opportuniste, choisit d’intervenir au moment le plus critique. Une  embuscade, un massacre local, un refus de laisser circuler les urnes dans un département, et  toute la mise en scène s’effondre. 

La FRG elle-même n’est pas encore à pleine capacité. Son déploiement reste progressif, ses  effectifs limités, sa capacité à tenir durablement le terrain incertaine. Un incident impliquant  des civils, une mauvaise coordination avec la PNH, ou simplement l’incapacité à sécuriser  plus que quelques axes, suffirait à transformer l’opération de légitimation en fiasco visible. 

Le CEP, quant à lui, pourrait être confronté à des contestations internes, à des fuites, ou à des  pressions contradictoires de la part de partenaires internationaux moins indulgents qu’espéré.  Les midterms américains de novembre 2026 ajoutent une couche d’incertitude supplémentaire  : un changement de ton à Washington entre novembre et décembre pourrait modifier les  marges de manœuvre de tous les acteurs. 

Enfin, la population elle-même reste une inconnue. Des années de violence, de déplacements  et de méfiance ont produit une société saturée de promesses non tenues. Même avec des  routes temporairement ouvertes et des chars de la FRG en fond d’image, le taux de  participation, la crédibilité des résultats et l’acceptation populaire ne sont pas garantis. 

Le scénario d’une FRG utilisée comme faire-valoir d’un scrutin contrôlé, de routes «  miraculeusement » débloquées et d’une victoire de Viktwa validée par un CEP complaisant et  des partis historiques associés, relève d’une lecture cynique mais cohérente des pratiques  politiques haïtiennes. Il repose sur l’idée que le 13 décembre peut être mis en scène plutôt que  disputé. 

Pourtant, Haïti a trop souvent démontré que les plans les mieux ficelés se brisent sur la réalité  du terrain. Les gangs ne sont pas des figurants dociles, la FRG n’est pas une force  omnipotente, et le peuple n’est pas un public passif. Dans ce théâtre électoral, tous les acteurs  croient connaître leur rôle. Mais l’Histoire haïtienne ressemble rarement à un script écrit à  l’avance. Les imprévus, et parfois les surprises, restent les seuls véritables maîtres du jeu.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.