12 août 2026
Une minute de la rédaction | Haïti : qui possède le bouton « ON/OFF » des gangs avant les élections ?
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Une minute de la rédaction | Haïti : qui possède le bouton « ON/OFF » des gangs avant les élections ?

UNE MINUTE DE LA RÉDACTION | HAÏTI — GANGS, ÉLECTIONS : QUI A LE BOUTON ?

Port-au-Prince — Le 13 décembre 2026 approche. Le Conseil électoral provisoire d’Alix/Uder/Jacques a fixé à cette date le premier tour des élections présidentielle et législatives, malgré une situation sécuritaire qui continue de peser lourdement sur la liberté de circulation et l’accès au processus électoral. Mais une interrogation persiste, d’autant plus dérangeante qu’elle demeure soigneusement contournée : si, en septembre ou en octobre, les gangs commencent soudainement à reculer, qui aura appuyé sur le bouton ?

Qui a le bouton ?

Depuis des années, Haïti entend la même liturgie : insécurité, territoires contrôlés par des groupes armés, routes impraticables, populations déplacées, balles perdues, missions internationales, plans de sécurité, millions dépensés et promesses de rétablissement de l’autorité publique. En mai encore, le Premier ministre de doublure Alix Didier Fils-Aimé reconnaissait que l’insécurité empêchait la tenue d’élections dans des conditions satisfaisantes. Puis, deux mois plus tard, le calendrier du 13 décembre est arrivé, comme on le lui demande.

Qui a le bouton ?

Supposons maintenant qu’en octobre les barricades disparaissent. Supposons que certaines routes deviennent subitement praticables. Supposons que les enlèvements diminuent, que les armes se taisent momentanément et que l’on annonce triomphalement : « Haïtiens, vous pouvez aller voter ! » Faudra-t-il courir vers les urnes sans demander comment, après tant d’années d’impuissance déclarée, la mécanique de la violence aura pu ralentir précisément à quelques semaines du scrutin ?

Car si quelqu’un peut placer les gangs sur OFF pour permettre une élection-sélection, la question inverse devient politiquement inévitable : qui les avait laissés sur ON ?

Qui a le bouton ?

Attention : il ne s’agit pas d’affirmer, sans preuve judiciaire, qu’un gouvernement commande les gangs comme on commande un appareil électronique. Le bouton est ici une métaphore politique. Mais cette métaphore pose une question de responsabilité publique extrêmement sérieuse. Une accalmie électorale obtenue sans arrestations significatives d’au moins un ou cinq des 26 généraux chefs de gangs, sans démantèlement durable des structures criminelles, sans désarmement vérifiable et sans rétablissement effectif de l’autorité judiciaire ne constituerait pas nécessairement une victoire de l’État. Elle pourrait aussi ressembler à une simple suspension de séance.

Et après le vote ?

Qui rallumera le bouton ?

Voilà pourquoi une élection ne peut être réduite à l’ouverture de bureaux, à l’impression de bulletins et à quelques semaines de silence armé. La liberté électorale suppose que le citoyen puisse se déplacer, choisir, parler, faire campagne et voter sans dépendre de la permission implicite d’un détenteur d’armes. AP rapportait encore récemment que les gangs contrôlaient une part considérable de Port-au-Prince et affectaient plusieurs grands axes, situation susceptible d’exclure une partie de l’électorat. Une trêve n’est donc pas nécessairement la sécurité. Et le silence temporaire des fusils ne constitue pas, à lui seul, un État de droit.

Qui a le bouton ?

Même interrogation concernant la Constitution. Le pouvoir politique peut annoncer des élections, présenter des projets institutionnels et solliciter l’appui de partenaires internationaux. Mais l’article 284-3 de la Constitution haïtienne dispose que toute consultation populaire destinée à modifier la Constitution par référendum est interdite. La Constitution ne saurait donc devenir, elle aussi, un interrupteur : ON lorsqu’elle sert le pouvoir, OFF lorsqu’elle l’entrave.

Ce texte est le produit d’une histoire, d’une rupture avec l’autoritarisme et d’un choix populaire exprimé en 1987. Le traiter comme un obstacle administratif que quelques dirigeants pourraient contourner au nom de l’urgence électorale reviendrait à substituer l’opportunité politique à la hiérarchie des normes.

Qui a le bouton ?

Qui décide que le pays est suffisamment sécurisé pour voter ? Qui déterminera qu’une zone contrôlée hier par des hommes armés est électoralement fréquentable demain ? Qui garantira que l’électeur déplacé pourra réellement exercer son droit ? Qui répondra juridiquement si la violence reprend après le scrutin ? Et surtout : peut-on appeler “élection libre” un scrutin dont la possibilité matérielle dépendrait de la bonne volonté momentanée de ceux qui détiennent les armes ?

Le 13 décembre ne doit pas devenir une opération de blanchiment institutionnel où quelques semaines d’accalmie suffiraient à faire oublier plusieurs années d’effondrement sécuritaire. Un État ne démontre pas sa souveraineté parce que les gangs acceptent momentanément de se taire. Il la démontre lorsque la loi, et non une télécommande invisible, commande durablement le territoire.

Voilà pourquoi, si les gangs « lâchent prise » en octobre, la première réaction citoyenne ne devrait peut-être pas être : « Enfin, allons voter ! » Elle devrait être beaucoup plus simple, beaucoup plus froide et beaucoup plus dérangeante :

QUI A LE BOUTON ?

Et avant de convaincre l’étranger qu’Haïti est prête pour les élections, peut-être faudrait-il d’abord démontrer que l’Haïtien demeure un citoyen debout : un être humain marche sur deux pieds, pas à quatre pattes.

cba

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