5 août 2026
PBS | Ils ont perdu leur permis de travail et leur statut légal. Retourner en Haïti reste « inimaginable »
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PBS | Ils ont perdu leur permis de travail et leur statut légal. Retourner en Haïti reste « inimaginable »

Par Maria Ramirez Uribe | PBS NewsHour

Environ 350 000 Haïtiens et Syriens ayant reconstruit leur vie aux États-Unis se retrouvent aujourd’hui à un tournant. Leurs permis de travail et leur statut légal ont expiré, alors que les crises ayant motivé leur admission au programme de Statut de protection temporaire (TPS) persistent dans leurs pays d’origine.

« Ce n’est pas que nous ne voulons pas retourner en Haïti. C’est simplement que la situation ne le permet pas », confie Harriett Cecilia Joseph, l’une des centaines de milliers de bénéficiaires confrontés à un avenir incertain.

En août 2021, Joseph avait obtenu le TPS, un programme américain offrant une protection temporaire aux ressortissants de pays frappés par des conflits armés ou des catastrophes naturelles. Installée à Springfield (Ohio), elle a trouvé un emploi, bâti un réseau social et lancé sa propre entreprise d’organisation d’événements.

Le jour où elle a appris que le programme prenait fin, alors qu’elle remplissait des documents administratifs à son travail, elle raconte avoir ressenti un profond vide.

« J’ai passé toute la nuit à pleurer et à prier », dit-elle. « Tout ce que j’avais construit était soudainement menacé. »

En juin, la Cour suprême des États-Unis a autorisé l’administration du président Donald Trump à mettre fin au TPS pour Haïti et la Syrie. Cette décision ouvre également la voie à la suppression du programme pour plusieurs autres nationalités.

« Il est difficile d’exprimer l’ampleur de cette situation si l’on ne se met pas à leur place », affirme Murad Awawdeh, président de la New York Immigration Coalition. « La peur dans laquelle vivent ces personnes est indescriptible. »

Un retour en Haïti jugé impossible

Harriett Joseph explique qu’elle avait toujours envisagé son séjour aux États-Unis comme temporaire.

Arrivée en Floride en mars 2021 avec un visa touristique, elle avait quitté Haïti à la demande de son père. L’insécurité, les fusillades liées aux gangs et les enlèvements l’empêchaient d’exercer son nouvel emploi au ministère du Commerce.

« Je pensais simplement visiter les États-Unis le temps que la situation s’améliore en Haïti », raconte-t-elle. « Nous gardions toujours l’espoir que les choses changeraient. »

Après un séjour en Floride, elle s’est rendue à Springfield pour rendre visite à une amie. Sa famille l’a alors encouragée à demander le TPS. Entre-temps, des groupes armés avaient commencé à extorquer son père et ses frères, menaçant de les tuer s’ils ne payaient pas.

Quelques mois plus tard, la situation s’est encore aggravée avec l’assassinat du président Jovenel Moïse, l’explosion de la violence des gangs, un séisme meurtrier et une tempête tropicale.

Selon les Nations unies, près de 90 % de Port-au-Prince étaient contrôlés par des gangs en mars dernier. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU en juillet, l’ambassadeur américain Mike Waltz a qualifié la capitale haïtienne de « zone de mort ».

Le département d’État américain maintient par ailleurs un avis de voyage de niveau 4, déconseillant tout déplacement en Haïti en raison de la criminalité, des enlèvements, du terrorisme et des troubles civils.

« Pour beaucoup, l’idée même d’un retour est inimaginable », souligne Léonie Hermantin, responsable de projets au Sant La Haitian Neighborhood Center de Miami.

Elle évoque notamment une mère ayant fui Haïti avec ses deux adolescents en escaladant des clôtures barbelées pour échapper aux gangs.

« Les enfants portent encore les cicatrices de cette fuite, physiques autant que psychologiques. Ils ne peuvent pas rentrer. »

Des milliers de familles plongées dans l’incertitude

Harriett Joseph reconnaît avoir compris progressivement que son séjour aux États-Unis durerait plus longtemps que prévu. Quitter sa famille et recommencer une vie dans un pays inconnu s’est révélé particulièrement éprouvant.

« Vous mettez vos rêves entre parenthèses. Vous abandonnez vos projets. Votre vie prend une direction que vous n’aviez jamais imaginée », explique-t-elle.

Aujourd’hui, elle redoute de devoir recommencer une nouvelle fois à zéro.

La fin du TPS place désormais des centaines de milliers de personnes dans une situation extrêmement précaire.

Selon Murad Awawdeh, elles perdent simultanément leur droit de travailler légalement, leurs revenus, leur assurance maladie et deviennent susceptibles d’être arrêtées puis expulsées.

Harriett Joseph possède une demande d’asile toujours en attente. Si elle était acceptée, elle pourrait ouvrir la voie à une résidence permanente puis à la citoyenneté américaine. Toutefois, les délais de traitement se comptent en années en raison d’un arriéré de plusieurs millions de dossiers.

Face à cette incertitude, elle étudie désormais la possibilité d’émigrer au Canada, où réside son frère.

Des organisations débordées

Le Sant La Haitian Neighborhood Center reçoit désormais un nombre record d’appels de personnes demandant de l’aide.

Beaucoup expliquent qu’elles ne peuvent plus payer leur prêt immobilier. D’autres envisagent de quitter les États-Unis pour un autre pays, tandis que certains espèrent qu’une future administration rétablira le TPS.

La peur des arrestations et des expulsions est omniprésente.

Léonie Hermantin rapporte qu’un homme âgé ayant subi un AVC refusait de se rendre à l’hôpital par crainte d’être interpellé. Plusieurs adolescents disent également redouter la rentrée scolaire.

L’organisation encourage les parents bénéficiaires du TPS ayant des enfants citoyens américains à signer des procurations temporaires permettant à des proches de prendre soin des enfants en cas d’arrestation ou d’expulsion.

Selon FWD.us, environ 270 000 citoyens américains vivent avec un parent bénéficiant du TPS haïtien.

Des conséquences économiques importantes

Quelques semaines après la décision de la Cour suprême, Harriett Joseph a perdu son emploi à la suite de l’expiration de son permis de travail.

« Je ne pensais pas que cela arriverait aussi vite », dit-elle.

Partout aux États-Unis, de nombreux employeurs ont dû licencier leurs salariés bénéficiant du TPS afin de respecter la législation.

Selon FWD.us, près de 190 000 Haïtiens titulaires du TPS participaient au marché du travail américain et contribuaient à hauteur de 5,9 milliards de dollars par an à l’économie des États-Unis.

Sean Kennedy, directeur du plaidoyer de la National Restaurant Association, estime que cette situation fragilise un secteur déjà confronté à une pénurie de main-d’œuvre.

D’après KFF, parmi les quelque 740 000 travailleurs bénéficiant du TPS recensés en 2024, environ 53 000 exerçaient dans le secteur de la santé. La disparition du TPS pour les Haïtiens devrait affecter particulièrement les établissements accueillant des personnes âgées ainsi que les services d’aide à domicile.

Katie Smith Sloan, présidente de LeadingAge, indique que certains établissements risquent de perdre simultanément plusieurs dizaines d’employés.

L’entreprise d’organisation d’événements créée par Harriett Joseph en 2023 subit également les effets de cette situation.

Les quatre événements qu’elle devait organiser entre août et novembre ont été annulés. Ses clients, eux aussi haïtiens, ignorent où ils vivront dans les prochains mois et préfèrent préserver leurs économies.

« Je les comprends », affirme-t-elle.

Elle reconnaît avoir pleuré le jour de la décision de la Cour suprême, mais préfère désormais concentrer son énergie sur les solutions qui s’offrent à elle.

L’incertitude demeure pourtant entière.

« En tant qu’être humain, on finit par avoir le sentiment de n’être vraiment le bienvenu nulle part dans le monde », conclut-elle.

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