Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, Fanmi Lavalas et l’OPL ont, à des moments clés, accompagné, toléré ou participé aux configurations qui ont permis au PHTK et à ses réseaux de se maintenir et de se réorganiser. Aujourd’hui, à l’approche du premier tour des élections du 13 décembre 2026, une question s’impose avec une pointe d’ironie : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, en son nom propre et au nom du PHTK, doit-il attendre cette date pour enfin remercier Lavalas et l’OPL de leurs bons et loyaux services ?
Le rôle classique… et ingrat
Dans la politique haïtienne, il existe une fonction peu enviable mais fort utile : celle de l’allié de circonstance qui tient l’échelle pendant que d’autres grimpent. Depuis 2021, Lavalas et l’OPL ont, à plusieurs reprises, joué ce rôle. Ils ont stabilisé, cautionné, participé, parfois en silence, parfois avec des déclarations mesurées. Ils ont permis que le bateau ne chavire pas complètement. Et pendant ce temps, le PHTK a pu se reconstruire, se repositionner et, grâce à l’article 137 du décret électoral, se préparer à grimper gratuitement les échelons des candidatures.
Le problème avec ceux qui tiennent l’échelle, c’est qu’on les remercie rarement pendant l’ascension. On les remercie plutôt une fois arrivé en haut… ou, plus souvent, on oublie de les remercier tout court. Dans le meilleur des cas, le remerciement arrive quand on n’a plus besoin de leurs services. Dans le pire, il n’arrive jamais.
Un remerciement à géométrie variable
Imaginer Fils-Aimé et le PHTK remerciant solennellement Lavalas et l’OPL le 13 décembre a quelque chose de savoureux. Ce jour-là, si le scrutin a lieu, les résultats parleront. Et selon ces résultats, le ton du remerciement pourrait varier :
• Si tout se passe bien pour le PHTK : « Merci pour votre accompagnement historique. Votre sens des responsabilités a été… utile. »
• Si les choses se compliquent : le silence éloquent, ou un remerciement différé aux calendes grecques.
• Et si, par malheur, on n’a plus besoin d’eux : un petit mot poli, rapidement oublié, du genre « Nous n’oublierons jamais votre contribution »… juste avant de tourner la page.
C’est le destin classique des alliés de transition : indispensables tant qu’il faut stabiliser, moins prioritaires une fois la stabilisation acquise.
Le prix de l’accompagnement
Pendant que Lavalas et l’OPL contemplent la scène, le PHTK, lui, avance avec l’article 137 en poche. Grâce aux regroupements, il peut prétendre à une réduction de 100 % des frais d’inscription. Deux millions de gourdes pour un candidat à la présidence ? Zéro. Huit cent
mille pour un sénateur ? Zéro. Pendant ce temps, ceux qui ont aidé à maintenir le cadre doivent soit payer plein pot, soit se regrouper à leur tour, soit réduire leurs ambitions.
Il y a quelque chose d’assez ironique dans cette situation. Ceux qui ont facilité, de près ou de loin, la survie politique du PHTK se retrouvent aujourd’hui confrontés aux règles d’un décret qu’ils n’ont pas fermement combattu. Ils ont tenu l’échelle. Le PHTK grimpe. Et le remerciement, s’il vient un jour, arrivera probablement quand l’échelle ne sera plus nécessaire.
Trois options, aucune vraiment confortable
Face à cette réalité, Lavalas et l’OPL ont le choix :
1. Entrer pleinement dans le jeu des groupements pour tenter de réduire la facture. 2. Payer et limiter leurs candidatures.
3. Continuer à tenir l’échelle en espérant un remerciement… un jour.
La troisième option a au moins le mérite de la cohérence. Elle prolonge une ligne adoptée depuis 2021. Mais elle comporte un risque : celui d’être remercié uniquement lorsque l’on n’est plus utile.
Fils-Aimé et le PHTK n’ont aucune obligation de remercier Lavalas et l’OPL le 13 décembre. Ils peuvent parfaitement attendre d’avoir moins besoin de leurs services pour formuler, éventuellement, quelques mots de gratitude. C’est d’ailleurs souvent ainsi que fonctionnent les remerciements politiques : ils arrivent tard, ou pas du tout.
En attendant, Lavalas et l’OPL peuvent méditer sur le rôle ingrat qu’ils ont accepté de jouer. Tenir l’échelle est un service rendu. Mais dans la politique haïtienne récente, ceux qui tiennent l’échelle finissent rarement au balcon. Ils restent souvent en bas, à regarder les autres profiter de la vue… et de l’article 137.
Le 13 décembre dira si le PHTK a encore besoin d’eux. Jusque-là, le silence est probablement la forme de remerciement la plus réaliste.

