À l’étranger, le régime d’Alix Didier Fils-Aimé promet de faire de l’intelligence artificielle une priorité pour les écoles et les centres de recherche haïtiens. Mais combien de temps reste-t-il à ce gouvernement de doublure, déjà engagé dans la promotion d’élections incertaines et d’un référendum frappé d’interdit constitutionnel, pour accomplir cette nouvelle prouesse « à l’oral » ? Le pouvoir veut installer le cerveau numérique sur un corps institutionnel presque inanimé : des écoles sans bibliothèques, à peine 2 % d’établissements dotés d’une salle informatique, des enseignants sous-équipés et des universités privées des moyens élémentaires de la recherche. Après avoir échoué lamentablement à restaurer la sécurité et la libre circulation, le voici qui programme l’avenir algorithmique d’un pays où le présent demeure pris en otage.
L’intelligence artificielle (AI) ne se nourrit ni de communiqués ni de propagande ministérielle : elle exige de l’électricité continue, une connexion stable, des infrastructures numériques, des laboratoires, des bases de données et du personnel qualifié. Or, aux Gonaïves comme dans plusieurs autres villes, le courant public appartient presque à l’archéologie administrative, tandis qu’une conversation téléphonique de cinq minutes devient une épreuve d’endurance entre Natcom, Digicel et les interruptions récurrentes. Le gouvernement construit donc un satellite sur un terrain dépourvu de prise électrique. À force de maquiller l’effondrement sous le vocabulaire de la modernité, ses ministres transforment la gouvernance en théâtre itinérant : ils annoncent des miracles depuis l’Europe pendant que le pays cherche encore une ampoule, une bibliothèque et un réseau capable de tenir debout.

