Une lumière s’éteint dans la ville des Gonaïves !
Ce mardi 21 juillet 2026, en tout début d’après-midi, la nouvelle est tombée comme un couperet. Me Antoine NORGAISSE, à l’instar du sort réservé à nous tous de passage sur la planète Terre, vient d’être frappé par la Grande Faucheuse. Ainsi c’est avec une profonde tris- tesse, une vive émotion que j’ai appris le départ vers l’Orient éternel de ce grand ami. En cette douloureuse circonstance, je tiens à saluer la mémoire d’un homme d’exception, d’un Magistrat intègre et d’un éducateur entièrement engagé au service de la justice, de l’érudi- tion et du savoir.
Me Antoine NORGAISSE a pris naissance dans la cité de l’Indépendance, un 7 juin 1938 et il y a effectué ses études primaires et secondaires. Diplômé en Droit à Port-au-Prince, il sera destiné à une excellente carrière dans la Magistrature pour occuper tour à tour les fonc- tions de Suppléant Juge au Tribunal de Paix de la ville des Gonaïves, par la suite Juge, Juge et Juge d’Instruc- tion, Doyen du Tribunal Civil des Gonaïves. Ayant accé- dé au poste de Commissaire du Gouvernement près la Cour d’Appel des Gonaïves, il se retrouvera à la capita- le pour siéger à la Cour de Cassation, la juridiction su- prême de la République d’Haïti, d’abord en qualité de Substitut du Commissaire du Gouvernement près le Parquet de ce ressort et, au final, en tant que Juge. A ce dernier poste, lors de la concrétisation, en 2012, de la loi du 13 novembre 2007 créant le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), le dévolu sera jeté sur lui pour devenir le premier Vice-Président de cette haute Institution de prestige ayant pour tâche primordiale d’assurer le contrôle, l’administration, la gestion et la régulation du Pouvoir Judiciaire. Cette prestigieuse et importante responsabilité de Vice-Président du CSPJ traduisait la confiance placée en son expérience, sa sagesse et sa vision de la gouvernance judiciaire.
Pour ma part, mes rapports amicaux aussi bien que professionnels avec Me Antoine NORGAISSE ont com- mencé à se développer au Tribunal Civil des Gonaïves où il remplissait avec dignité l’importante charge de Doyen. Étant au Parquet, de 1982 à 1986, j’ai eu le pri- vilège de travailler à ses côtés particulièrement durant mon passage à titre de Commissaire du Gouverne- ment près le Tribunal Civil des Gonaïves. Notre colla- boration fut marquée par une estime réciproque, une quête constante de l’excellence et un attachement in- défectible aux valeurs de droiture, d’équité et de res- ponsabilité. Son sens élevé du devoir, sa sagesse et son humanisme inspiraient le respect de tous ceux qui avaient le privilège de bénéficier de sa précieuse colla- boration. Notre compagnonnage s’est également illus- tré dans le secteur de l’enseignement non seulement dans les Lycées et Collèges de la ville mais surtout à l’École de Droit et des Sciences Économiques des Go- naïves (EDSEG) dont je tire un motif de fierté d’avoir re- mis sur les rails et de tenir les rênes durant quinze (15) années, soit de 1982 à 1997. Me Antoine Norgaisse y apporta une excellente contribution grâce à son ex- périence, sa rigueur intellectuelle et sa constante vo- lonté de former une relève compétente, consciente de ses responsabilités envers la Nation.
Un peu plus tard, par esprit de fidélité pour notre profonde amitié, il don- nera un suivi positif à ma sollicitation de rédiger la pré- face de l’un de mes ouvrages et il fut le préfacier de la première édition de mon livre : » L’essentiel sur les ins- titutions judiciaires haïtiennes « . Mettant en applica- tion la célèbre citation de l’as de l’aviation française Georges GUYNEMER : » tant qu’on n’a pas tout donné, on n’a rien donné « , Me Antoine NORGAISSE, à l’expira- tion de son mandat de Juge à la Cour de Cassation, re- intègrera le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire et il sera un des Membres de la Commission Technique de Certification (CTC) où nous devrions nous rencon- trer en ma qualité de Secrétaire Technique pour conti- nuer à perpétuer par ainsi notre tradition de parfaite collaboration qui n’a jamais été prise à défaut.
Aujourd’hui, Haïti perd un serviteur fidèle de la justice, les Gonaïves perdent l’un de ses fils les plus méritants tandis que, moi, je perds un collègue loyal, un conseil- ler avisé et un grand ami dont le souvenir demeurera éternellement gravé dans mon cœur.
À l’ensemble de la Famille NORGAISSE éplorée particu- lièrement son épouse l’Honorable Juge à la Cour d’Ap- pel des Gonaïves, Me Fonie CHARLES – NORGAISSE et à tous ceux que son parcours a marqués, j’adresse mes plus sincères condoléances.Que le Seigneur dans sa bonté miséricordieuse leur accorde la force néces- saire pour traverser cette épreuve avec courage et es- pérance.
Repose en paix, mon cher ami NORGAISSE ! Ta mémoire vivra à jamais dans nos cœurs.
JEAN-ROBERT CONSTANT

