La participation annoncée du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies ne fait pas l’unanimité. Neuf responsables politiques, réunis sous la bannière de l’Opposition progressiste, lui ont adressé, jeudi 17 septembre, une lettre ouverte contestant l’utilité de son déplacement à New York et réclamant une reddition de comptes sur sa gestion de la crise haïtienne.
Contrairement à l’image diplomatique que le gouvernement pourrait chercher à présenter à la tribune des Nations unies, les signataires décrivent une administration confrontée à une dégradation sécuritaire, économique et institutionnelle. Ils qualifient le voyage de « totalement inutile » et reprochent au chef du gouvernement de privilégier les déplacements internationaux au détriment de ses responsabilités nationales.
Une lettre qui conteste la légitimité du pouvoir
L’Opposition progressiste ne limite pas ses critiques à l’opportunité du voyage. Elle conteste également les fondements juridiques et politiques du pouvoir de Fils-Aimé, dénonçant notamment une référence qu’elle juge frauduleuse à l’article 149 de la Constitution. Cette appréciation constitue une position des signataires et non une décision juridictionnelle établissant l’illégalité du gouvernement.
Les auteurs reprochent également au Premier ministre de ne pas avoir rempli les engagements associés au pacte politique conclu avec ses alliés, particulièrement le rétablissement de la stabilité et l’organisation des élections.
Sur le plan financier, ils dénoncent l’utilisation des ressources du Trésor public pour des voyages qu’ils considèrent improductifs. La lettre ne présente toutefois ni montant des dépenses engagées pour le déplacement à New York ni document comptable permettant d’en établir le coût.
« Restez au pays » : l’opposition réclame un dialogue national
Au lieu de participer à cette rencontre diplomatique, les signataires demandent au Premier ministre de demeurer en Haïti, d’engager un dialogue avec les forces politiques et sociales et de préparer une nouvelle gouvernance.
La lettre porte les noms de neuf personnalités issues de plusieurs structures, notamment Me Annibal Coffy, l’ancien sénateur Dieuseul Simon Desras, l’ancien député Jonas Coffy, l’ingénieur Saint-Armand Delissaint, Me Jeantel Joseph, le professeur Delson Cius, Me Francisco Alcide, Marc-Arthur Mesidor et l’ingénieur Jonas Jean Félix.
Cette diversité de signatures témoigne d’une démarche commune de ces organisations, sans permettre de conclure à une position unanime de l’ensemble de l’opposition haïtienne.
Rappel | Une visite diplomatique sur fond de crise nationale
Le déplacement annoncé de Fils-Aimé intervient dans un contexte marqué par les violences des groupes armés, les déplacements de population et les incertitudes entourant le processus électoral annoncé pour le 13 décembre 2026.
La lettre du 17 septembre introduit ainsi une interrogation sur les objectifs du déplacement : quelles démarches diplomatiques concrètes le gouvernement entend-il entreprendre à New York, quels résultats en attend-il et comment entend-il en rendre compte à la population ?
La participation à l’Assemblée générale constitue une occasion de porter les préoccupations haïtiennes devant les États membres. Les signataires contestent néanmoins son opportunité au regard des responsabilités nationales du Premier ministre.
Au-delà de la controverse sur le voyage, le différend porte sur la responsabilité politique de l’exécutif : la représentation internationale peut-elle répondre aux attentes de la population sans engagements vérifiables concernant la sécurité, la gouvernance et le processus électoral ?



