Il faudrait presque convoquer Diogène, lampe en main en plein midi, pour partir à la recherche des résultats obtenus par ce gouvernement de doublure dans sa prétendue lutte pour le rétablissement de la sécurité…
minute de la rédaction
Sainte-Lucie. Devant les dirigeants de la CARICOM, le Premier ministre de facto, révoqué puis maintenu au pouvoir par des forces étrangères, M. Alix Didier Fils-Aimé, a repris un discours désormais familier : sécurité en progression, institutions renforcées, élections en préparation, soutien international attendu. Un communiqué qui ressemble davantage à une récitation qu’à une annonce d’État. À près de six mois du terme de l’année 2026, pourtant officiellement présentée en janvier comme « l’année des élections », aucune date n’a été avancée devant les chefs de gouvernement de la région. L’omission parle plus fort que les promesses répétées.
Il faudrait presque convoquer Diogène, lampe en main en plein midi, pour partir à la recherche des résultats obtenus par ce gouvernement de doublure dans sa prétendue lutte pour le rétablissement de la sécurité. Car derrière les formules officielles — « territoires repris », « forces renforcées », « avancées électorales » — aucun lieu précis n’est nommé, aucun bilan opérationnel n’est soumis, aucune échéance politique n’est assumée. Le discours gouvernemental tourne ainsi en cercle fermé : il proclame des progrès sans les documenter, promet des élections sans les dater, réclame le renouvellement d’une force sans présenter l’évaluation de son action.
Le communiqué affirme que « plusieurs territoires » ont été repris sous le contrôle de l’État. Lesquels ? Aucun nom n’est cité. Aucun bilan n’est fourni. Aucune donnée ne permet de mesurer cette prétendue reconquête. Une telle affirmation, sans localisation ni indicateur vérifiable, relève davantage de la communication politique que d’une information susceptible d’être confrontée aux faits.
Même constat sur le processus électoral. Le Premier ministre évoque des « avancées » dans les préparatifs, mais sans calendrier, sans échéance, sans engagement public. Une déclaration d’autant plus étonnante que juillet est déjà entamé. Une transition qui annonçait des élections en 2026 se retrouve désormais devant la CARICOM sans être capable d’en fixer la date. Cette absence alimente les interrogations sur la capacité réelle des autorités à respecter leurs propres engagements.
Autre élément révélateur : l’appel au renouvellement du mandat de la Force multinationale d’appui à la sécurité (FRG/FMAS). Le gouvernement sollicite déjà une prolongation d’une mission dont les résultats demeurent contestés sur le terrain. Si cette force constitue un élément central de la stratégie sécuritaire officielle, pourquoi demander dès maintenant son renouvellement alors qu’aucun bilan détaillé de son action n’a été présenté ? Une prolongation suppose normalement une évaluation publique des objectifs atteints, des difficultés rencontrées et des perspectives.
Le communiqué reprend également la promesse d’un « retour à l’ordre démocratique ». Pourtant, aucune réponse n’est apportée aux nombreuses interrogations qui entourent la transition : calendrier électoral incertain, environnement sécuritaire dégradé, cadre constitutionnel contesté et institutions provisoires toujours en place. Les déclarations officielles paraissent évoluer dans un univers parallèle à celui que vivent quotidiennement les citoyens confrontés aux violences, aux déplacements forcés et à l’effondrement des services publics.
Au fil des mois, les communiqués de la Primature donnent l’impression de recycler les mêmes formulations, indépendamment de l’évolution de la situation nationale. Les mots changent peu, les promesses reviennent, tandis que les échéances disparaissent progressivement du discours officiel. Ce « bouillon réchauffé du samedi soir servi comme petit déjeuner du dimanche matin » résume cette communication où l’on présente comme nouveauté un récit déjà entendu à maintes reprises.
cba

