8 juillet 2026
« LAVI » et « Lilè Litan » : une alliance problématique ? Quand Fils-Aimé construit activement son propre outil électoral
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« LAVI » et « Lilè Litan » : une alliance problématique ? Quand Fils-Aimé construit activement son propre outil électoral

L’annonce de l’alliance entre le Parti LAVI de l’ex-sénateur Nenel Cassy et le mouvement « Lilè Litan » mérite une analyse plus lucide que les communiqués triomphants qui l’accompagnent.

Derrière les discours sur l’union des forces et le renouveau national se cache une réalité politique préoccupante : le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est en train de se placer simultanément en position de juge et partie dans l’organisation des prochaines élections.

En officialisant ce rapprochement avec une structure qui porte explicitement le slogan « Lilè Litan » — expression qu’il a lui-même popularisée et intégrée à son discours public —, le chef du gouvernement renforce directement son propre camp politique.

Ce n’est plus seulement une alliance entre deux entités indépendantes ; c’est la constitution d’un bloc qui bénéficie à la fois de l’appareil d’État et de la visibilité que confère la Primature.

Un slogan transformé en outil partisan

« Lilè Litan » n’est pas un thème neutre.

Utilisé de façon récurrente dans les appels au changement et les mobilisations liées à la période de transition, ce slogan est désormais étroitement associé à la figure de Fils-Aimé.

En l’adoptant comme identité du mouvement allié au Parti LAVI, on assiste à une opération de captation politique : un slogan populaire est transformé en marque de fabrique d’une coalition gravitant autour du pouvoir exécutif actuel.

Nenel Cassy apporte à cette alliance son expérience sénatoriale, son réseau dans les Nippes et une certaine légitimité militante.

Mais l’inverse est tout aussi vrai : le Parti LAVI offre à la mouvance de Fils-Aimé une structure supplémentaire pour quadriller le territoire et préparer le terrain électoral sous couvert d’un « grand rassemblement national ».

Juge et partie : un conflit d’intérêts évident

Le problème de fond est à la fois institutionnel et éthique.

En tant que Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé joue un rôle central dans la mise en place du cadre électoral : sécurisation du processus, appui logistique et coordination avec les partenaires internationaux.

Dans le même temps, il consolide une alliance politique qui a toutes les chances de devenir l’une des principales forces en lice lors de ces mêmes élections.

Cette double casquette soulève un sérieux problème de partialité.

  • Comment garantir la neutralité de l’État dans l’organisation du scrutin lorsque le chef du gouvernement renforce ouvertement son dispositif partisan ?
  • Comment éviter que les ressources et l’influence de la Primature ne profitent, directement ou indirectement, à la coalition LAVI – « Lilè Litan » ?
  • Comment les autres partis et candidats pourront-ils croire à l’équité du processus lorsque l’un des principaux acteurs politiques consolide son bloc sous l’œil bienveillant du pouvoir exécutif ?

Le risque est clair : l’organisation des élections pourrait être perçue non comme un exercice démocratique neutre, mais comme une opération de légitimation d’un projet politique déjà bien avancé.

Une stratégie de consolidation du pouvoir ?

Cette alliance intervient à un moment stratégique.

Alors que le pays est censé se préparer à des élections crédibles afin de sortir de la transition, le Premier ministre consolide son influence en agrégeant des structures politiques autour de lui.

L’expérience de Nenel Cassy et la base populaire que peut mobiliser « Lilè Litan » offrent une combinaison intéressante : d’un côté, une légitimité militante ; de l’autre, un accès aux leviers de l’État.

Certains y verront une marque d’habileté politique.

D’autres, plus critiques, y liront une volonté de contrôler le processus électoral de l’intérieur.

En politique, les apparences comptent : lorsque le juge — celui qui supervise les règles du jeu — renforce simultanément son propre camp, la suspicion devient légitime.

Le Parti LAVI et le mouvement « Lilè Litan » ont évidemment le droit de s’allier.

Le problème ne réside pas dans ce rapprochement en soi, mais dans son contexte : celui d’un Premier ministre qui, au lieu de se placer en arbitre impartial de la transition, construit activement son propre outil électoral.

L’heure de la vigilance démocratique

Haïti a trop souffert d’élections contestées et d’arrangements entre amis pour accepter sans réagir ce type de configuration.

La communauté internationale, les organisations de la société civile et les partis d’opposition doivent exiger des garanties claires de neutralité : une séparation stricte entre les activités gouvernementales et les activités partisanes, une transparence sur le financement de la coalition ainsi que des mécanismes indépendants de contrôle du processus électoral.

« Lilè Litan » sonne comme un appel au changement.

Encore faut-il que ce changement ne se résume pas à la simple reconduction d’un pouvoir qui s’auto-organise pour rester aux commandes.

Le peuple haïtien, lassé des promesses non tenues, sera particulièrement attentif à ce que cette alliance ne constitue pas simplement l’habillage d’une opération de conservation du pouvoir sous couvert d’union nationale.

Le temps est venu, en effet. Mais pas seulement pour changer de discours. Il est surtout temps d’exiger que ceux qui organisent les élections ne soient pas, en même temps, les principaux candidats à leur propre succession.

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