Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 07 juillet 2026
Quand l’État devient une forteresse politique
Il est des gouvernements qui gouvernent. Il en est d’autres qui semblent gouverner d’abord pour durer.
À observer la trajectoire politique d’Alix Didier Fils-Aimé, une question s’impose avec insistance : l’énergie du pouvoir est-elle aujourd’hui consacrée à sauver la République ou à préserver ceux qui la dirigent ? Pendant que les groupes armés redessinent la géographie de la peur, que les familles fuient leurs quartiers, que l’économie se contracte et que les institutions peinent à répondre aux attentes de la population, le pouvoir donne parfois l’impression de bâtir une citadelle politique dont chaque pierre est une nomination, chaque verrou un allié, chaque rempart un centre de décision davantage centralisé. La République attend un capitaine. Elle voit surtout un architecte du pouvoir.
Le pays s’effondre, le pouvoir se consolide
Les rues réclament la sécurité. Les tribunaux réclament des moyens. Les écoles réclament la paix. Les entrepreneurs
réclament de la stabilité. Mais le débat public semble souvent absorbé par la recomposition des rapports de force au sommet de l’État.
À mesure que les crises s’approfondissent, le pouvoir paraît se refermer sur lui-même, comme si la maîtrise des institutions devenait une urgence plus grande que celle de reprendre le contrôle du territoire. Une telle perception, qu’elle soit juste ou non, fragilise encore davantage la confiance des citoyens.
La diplomatie ne remplace pas la gouvernance
Sur la scène internationale, le gouvernement multiplie les échanges avec ses partenaires, notamment les États-Unis. Cette démarche est légitime dans un contexte où Haïti dépend largement de coopérations extérieures. Mais une diplomatie active ne peut se substituer à une action publique efficace. Le soutien des partenaires internationaux peut accompagner un gouvernement ; il ne peut remplacer la confiance de la population.
L’histoire montre qu’aucun pouvoir ne demeure solide lorsque le fossé entre les promesses et le quotidien devient trop profond.
Le verdict appartient aux citoyens
Les gouvernements passent. Les institutions devraient rester. Le véritable héritage d’un dirigeant ne se mesure ni au nombre de postes qu’il contrôle ni aux appuis qu’il obtient à l’étranger. Il se mesure à la sécurité retrouvée, à la justice rendue, à l’économie relancée et à la dignité restaurée. Si le pouvoir devient une fin en soi, la République en paie le prix.
Et lorsqu’un peuple a le sentiment que l’État protège davantage sa propre survie que l’intérêt général, la défiance s’installe, la légitimité s’effrite et l’Histoire commence déjà à écrire son jugement. Le défi d’Alix Didier Fils-Aimé n’est donc pas seulement de conserver le pouvoir. Il est de convaincre, par des résultats tangibles, que ce pouvoir est exercé d’abord pour le pays.
Reynoldson Mompoint
Avocat au Barreau de Mirebalais
Journaliste
Communicateur Social

