Lors d’une conférence de presse organisée conjointement par l’Union nationale des normaliens d’Haïti (UNNOH) et la Centrale unitaire des travailleurs des secteurs public et privé (CUTRASEPH), la dégradation de la situation socioéconomique du pays a été vivement dénoncée par des responsables de ces deux organisations syndicales.
L’insécurité généralisée, la crise du système éducatif, les revendications des enseignants, la répression des étudiants, la cherté de la vie et le non-respect des engagements pris par l’État envers le personnel enseignant, tous les indicateurs sont au rouge dès qu’il est question d’évoquer les réponses du pouvoir de facto. Alexis Barthol, responsable des relations publiques du SDE-OAVCT, a dénoncé ce qu’il considère comme l’incapacité manifeste du gouvernement à assurer la sécurité de la population.
À son avis, loin de diminuer, l’insécurité continue de gagner du terrain, tandis que les actes de kidnapping se multiplient dans une quasi-indifférence des autorités. Le cas du professeur James Boyard, toujours retenu en captivité, ainsi que celui d’autres citoyens victimes d’enlèvements, révoltent le syndicaliste. Il a exigé leur libération immédiate et sans condition, tout en appelant la population haïtienne, tant sur le territoire national qu’au sein de la diaspora, à se mobiliser contre ce qu’il qualifie de « plan criminel » plongeant progressivement le pays dans le chaos.
Le secrétaire général de la CUTRASEPH, Josué Mérilien dénonce le dédain manifesté par le ministre de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle, Vijonet Déméro, envers les enseignants. Il a passé au peigne fin la situation critique du système éducatif haïtien. Les propos prononcés par le ministre Déméro sur le protocole vestimentaire des professeurs indigne le syndicaliste.
S’agissant de l’organisation des examens officiels, Josué Mérilien a déploré plusieurs dysfonctionnements observés dans certains centres d’examen, notamment la qualité lamentable des repas distribués aux candidats, surveillants, superviseurs et des manquements dans le dispositif de supervision.
À la communauté universitaire durement éprouvée par le climat de l’insécurité, le dirigeant de la CUTRASEPH a tenu à exprimer sa solidarité,particulièrement avec les étudiants de la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP). Les syndicalistes ont dénoncé la répression dont ces étudiants auraient été victimes lors de leurs mobilisations et estiment que les autorités devraient privilégier le dialogue plutôt que la force répressive. Ils exigent la réouverture de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH).
Au-delà des questions éducatives, la CUTRASEPH et l’UNNOH ont également abordé les difficultés économiques auxquelles fait face la population.
Constatant la baisse des prix du pétrole sur le marché international, Josué Mérilien a demandé aux autorités de procéder à une réduction du prix du gallon de carburant à la pompe, estimant que cette mesure contribuerait à soulager les ménages confrontés à une hausse généralisée du coût de la vie.
Intervenant au nom de l’UNNOH, Peguy Noel a présenté une série de revendications jugées prioritaires par les organisations syndicales. Parmi celles-ci figurent la nomination de tous les enseignants qualifiés déjà en poste, l’alignement salarial des professeurs des différents cycles d’enseignement, la mise à disposition d’une carte de débit personnalisée alimentée à hauteur de 25 000 gourdes, la mise en œuvre effective de la couverture d’assurance de l’OFATMA ainsi que l’intégration des étudiants stagiaires dans le système éducatif.
Enfin,les syndicats invitent le ministre Vijionet Déméro rectifier rapidement le tir et à adopter des mesures urgentes visant à respecter scrupileusement l’Accord du 20 janvier 2025 et à satisfaire l’ensemble de leurs revendications. En ce sens, si rien n’est fait le ministre Démero sera obligé de plier bagage avant la réouverture des classes de septembre.
Hervé Noël

