Le 17 juin 2026, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, accompagné de la ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, a reçu des représentants du secteur Vodou à la Primature.
Le communiqué officiel parle de « dialogue stratégique sur la paix, la sécurité et la réconciliation nationale ». C’est du pur théâtre.
La vraie raison est beaucoup plus crue et brutale : Fils-Aimé veut prendre le contrôle total du Conseil Électoral Provisoire (CEP). Il est en conflit ouvert avec cette institution et a déjà posé des actes unilatéraux graves, dont la nomination et l’installation d’un Directeur général sur la base d’un décret électoral anticonstitutionnel qui viole ouvertement l’article 191 de la Constitution.
Un bras de fer institutionnel
L’article 191 de la Constitution de 1987 (amendée) est clair : le CEP est chargé d’organiser et de contrôler, en toute indépendance, toutes les opérations électorales sur le territoire national.
Le Premier ministre a choisi de piétiner cette indépendance. Au lieu de respecter le cadre constitutionnel, il a imposé un Directeur général au CEP, une mesure perçue par de nombreux acteurs comme une ingérence directe et une tentative de mise sous tutelle de l’institution électorale.
Ce conflit n’est plus larvé. C’est une guerre ouverte entre la Primature et le CEP. Face à la résistance de l’institution, Fils-Aimé a choisi la stratégie du contournement : multiplier les consultations sectorielles, dont celle avec le Vodou, pour fabriquer une légitimité populaire et justifier un remaniement ou une neutralisation des conseillers qui lui résistent.
Pourquoi courtiser le secteur Vodou maintenant ?
Le Vodou représente une force populaire massive, ancrée dans les couches les plus larges de la société.
En l’associant à ce « dialogue », le Premier ministre cherche à :
- légitimer sa volonté de contrôle sur le CEP en s’appuyant sur des secteurs « authentiquement haïtiens » plutôt que sur l’élite politique traditionnelle ;
- créer un rapport de forces favorable pour remplacer les membres actuels du CEP qui bloquent ses projets ;
- utiliser le « mécanisme de suivi » annoncé dans le communiqué comme une structure parallèle qui permettra d’imposer ses choix.
En clair, il s’agit de diviser pour mieux régner : isoler le CEP en le présentant comme un organe rigide et non représentatif, pendant que le gouvernement se pose en champion de l’inclusivité et du dialogue avec le peuple.
Le communiqué : un exercice d’hypocrisie consommée
Le texte officiel est un chef-d’œuvre de langue de bois. On y parle de paix, de réconciliation, de victimes au centre du processus, de cohésion sociale… pendant que le Premier ministre viole allègrement l’indépendance d’une institution constitutionnelle clé.
Cette rencontre n’a rien de spirituel ou de culturel désintéressé.
C’est une opération politique cynique au service d’un seul objectif : s’emparer du levier électoral. Tant que le CEP ne sera pas aligné sur les desiderata de la Primature, le gouvernement continuera à multiplier ce genre de consultations théâtrales pour masquer son passage en force.
Les dangers de cette stratégie
Cette approche est extrêmement risquée. D’abord, elle sape un peu plus la crédibilité déjà faible du processus de transition.
Ensuite, elle instrumentalise dangereusement le secteur Vodou en le transformant en caution populaire d’une manœuvre de pouvoir.
Enfin, elle risque de déboucher sur un CEP inféodé à l’Exécutif, ce qui rendrait toute élection future illégitime dès le départ.
Fils-Aimé joue avec le feu.
En nommant un Directeur général via un décret contesté et en violant l’article 191, il envoie un message clair : l’indépendance des institutions n’est qu’un mot lorsqu’elle contrarie ses ambitions.
La rencontre avec le Vodou n’est que la face présentable de cette volonté de contrôle.
Les Haïtiens ne sont pas dupes. Derrière les poignées de main, les photos et les discours sur la « réconciliation nationale », il y a une lutte de pouvoir brutale pour dominer l’organe qui doit organiser les élections. Si le Premier ministre réussit son coup, ce ne sera pas une victoire pour la démocratie, mais une nouvelle étape dans la captation des institutions par l’Exécutif.
L’heure n’est plus aux dialogues de façade. Ce qu’il faut, c’est le respect strict de la Constitution, notamment l’indépendance réelle du CEP.
Tout le reste n’est que diversion et manipulation politique.

