16 juin 2026
Alix Didier Fils-Aimé : la diplomatie des voyages face au calvaire du peuple haïtien
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Alix Didier Fils-Aimé : la diplomatie des voyages face au calvaire du peuple haïtien

Par Reynoldson Mompoint

Port-au-Prince, le 16 juin 2026

Quand les avions décollent, les Haïtiens sombrent

Pendant que les rues de Port-au-Prince s’effondrent sous les balles, que les déplacés internes se comptent par centaines de milliers, que les familles fuient leurs maisons avec pour seul bagage leur peur, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé multiplie les déplacements officiels à l’étranger.

États-Unis, Chili, Saint-Kitts-et-Nevis, Vatican, Rome, rencontres diplomatiques, conférences internationales, sommets régionaux : l’agenda du chef du gouvernement est chargé. Très chargé même.

La question n’est pas de savoir si un Premier ministre doit voyager. La diplomatie fait partie de ses attributions. La vraie question est ailleurs : quel est le rapport coût-bénéfice de ces déplacements pour une population qui vit aujourd’hui l’une des pires tragédies de son histoire moderne ?

Le Mondial de la fierté nationale ou le Mondial des dépenses publiques ?

L’une des sorties les plus controversées du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé demeure son déplacement aux États-Unis à l’occasion de la Coupe du monde 2026 afin d’assister à l’entrée en lice des Grenadiers. La Primature a présenté ce voyage comme un geste de soutien à l’équipe nationale et à la délégation haïtienne engagée dans la compétition mondiale.

Cependant, alors que des milliers de familles sont déplacées par l’insécurité, que les ouvriers réclament un salaire minimum décent et que l’État affirme manquer de ressources pour répondre aux urgences nationales, aucune information détaillée n’a été rendue publique concernant le coût réel de cette mission officielle.

Billets d’avion, hébergement, sécurité rapprochée, protocole, per diem, accompagnateurs, ministres et conseillers : combien cette opération a-t-elle coûté au contribuable haïtien ?

La question mérite d’être posée avec d’autant plus d’insistance que plusieurs controverses financières entourent déjà la gestion gouvernementale du Mondial 2026. Des révélations relayées dans la presse font notamment état d’interrogations sur les droits de retransmission de la Coupe du monde et sur l’utilisation des fonds publics liés à cet événement.

Dans un pays où l’État peine à protéger ses citoyens, où les déplacés internes se comptent par centaines de milliers et où le coût de la vie continue d’écraser les plus pauvres, chaque dépense exceptionnelle devrait faire l’objet d’une transparence absolue.

Le patriotisme ne dispense pas de la reddition de comptes. Au contraire, plus le pays souffre, plus ceux qui le dirigent ont le devoir d’expliquer comment chaque gourde est dépensée.

Un pays en ruines, un gouvernement en mouvement

Jamais peut-être depuis plusieurs décennies le fossé n’a paru aussi grand entre les dirigeants et les dirigés.

D’un côté, des missions officielles organisées à l’étranger avec délégations, protocoles, hébergements, sécurité, transports et logistique.

De l’autre, des citoyens qui peinent à trouver un repas quotidien, des écoles fermées, des hôpitaux dysfonctionnels et des quartiers entiers abandonnés aux groupes armés.

La Primature présente ces voyages comme des démarches visant à renforcer la coopération internationale, rechercher des appuis financiers et mobiliser des partenaires en faveur d’Haïti. Mais sur le terrain, la population peine à identifier les résultats concrets de cette diplomatie intensive.

Les gangs reculent-ils ? Les routes sont-elles plus sûres ? Les déplacés ont-ils retrouvé leurs maisons ? Les prix des produits de première nécessité ont-ils baissé ? 

Pour beaucoup d’Haïtiens, la réponse demeure négative.

La facture que personne ne présente

Une démocratie sérieuse exige la transparence. Chaque déplacement officiel devrait faire l’objet d’un rapport détaillé indiquant : le coût du transport ; les frais d’hébergement ; les dépenses de sécurité ; les indemnités de mission ; les membres de la délégation ; les résultats obtenus.

Or, le débat public haïtien reste largement privé de ces informations. Le contribuable est invité à applaudir les voyages, mais rarement à examiner la facture.

Dans un pays où l’État peine à payer certains fournisseurs, où les collectivités territoriales manquent de moyens et où les services publics agonisent, chaque gourde dépensée devrait être justifiée avec rigueur.

Le paradoxe du pouvoir solitaire

Depuis la disparition du Conseil présidentiel de transition en février 2026, Alix Didier Fils-Aimé est devenu la figure centrale du pouvoir exécutif haïtien. Cette concentration de pouvoir entraîne nécessairement une concentration de responsabilités.

Lorsque le Premier ministre voyage, c’est désormais pratiquement toute l’autorité politique nationale qui se déplace avec lui. Chaque sortie internationale devient alors un test. Un test de crédibilité. Un test d’efficacité. Un test de résultats.

Or les Haïtiens jugent moins les discours prononcés à Washington, à Rome ou à Santiago que la réalité qu’ils vivent à Carrefour, Port-au-Prince, Delmas, Mirebalais, l’Artibonite ou le Plateau Central.

Une population qui ne mange pas les communiqués

Le gouvernement publie régulièrement des communiqués mettant en avant les rencontres bilatérales, les promesses de coopération et les engagements diplomatiques obtenus lors de ces missions. Cependant, le citoyen ordinaire ne nourrit pas sa famille avec des communiqués. Il ne soigne pas ses enfants avec des promesses. Il ne récupère pas sa maison occupée par des criminels grâce à des photos protocolaires. Le peuple attend des résultats tangibles.

Et plus les voyages se multiplient sans amélioration visible de ses conditions d’existence, plus la frustration grandit.

Le danger de la déconnexion

L’histoire politique haïtienne est remplie de dirigeants qui ont fini par croire que la reconnaissance internationale pouvait remplacer la légitimité populaire. C’est une erreur classique. La diplomatie est importante. Mais elle ne peut devenir un substitut à la gouvernance.

Un chef de gouvernement peut être applaudi dans les capitales étrangères et contesté dans son propre pays. Il peut être reçu dans les palais diplomatiques tout en étant rejeté dans les quartiers populaires.

Le véritable verdict ne se rend pas dans les salons internationaux. Il se rend dans les marchés publics, les écoles, les hôpitaux et les camps de déplacés.

Alix Didier Fils-Aimé a le droit de voyager. Il a même le devoir de représenter Haïti sur la scène internationale. Mais chaque déplacement financé par les ressources publiques doit pouvoir démontrer son utilité réelle pour la nation.

Dans un pays en guerre contre l’insécurité, la misère et l’effondrement institutionnel, la diplomatie ne peut être perçue comme un luxe politique. Elle doit produire des résultats mesurables.

Car pendant que les avions gouvernementaux décollent vers les capitales du monde, le peuple haïtien, lui, continue de s’enfoncer dans une crise dont il ne voit toujours pas l’issue.

Reynoldson Mompoint

Avocat au Barreau de Mirebalais

Communicateur Social

Journaliste 

mompointreynoldson@gmail.com

+50937186284

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