19 septembre 2026
Région Nord : Développement économique mal conçu ou désarticulation sociale 
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Région Nord : Développement économique mal conçu ou désarticulation sociale 

Par : Lonege Ogisma, Economiste

Pendant que le tremblement de terre de 2010 dévastait les villes de Port-au-Prince, de Jacmel et de Petit Goave avec des conséquences désastreuses sur les biens et le capital humain (vies humaines), la région du Nord était déjà en chantier dans de perspectives d’un développement régional durable. Nous nous rappelons la mouvance de l’automne 2009 qui avait ramené de grandes figures internationales dans le Nord du pays particulièrement pour la construction du Parc Industriel de Caracol. Dans le menu, outre le parc industriel, aujourd’hui, nous pouvons énumérer de grands projets publics tels que : (1) la construction de la route reliant Ouanaminthe et Cap-Haitien, (2) la construction et le fonctionnement de l’aéroport international du Cap, (3) la mise en place du réseau électrique fonctionnant 24/24 et alimentant les communes de Caracol, de Trou-du-Nord, de Terrier Rouge et de Limonade, et (4) la création du Campus de Limonade. Ces cinq investissements qui constituent du capital productif pour l’économie régionale étaient adéquats pour accélérer la croissance économique dans la région. Associés aux investissements privés, ces investissements et d’autres du secteur public devraient accélérer la croissance économique à travers la production de biens et services. Ils devraient également favoriser la création d’emplois nécessaire à la réduction de la pauvreté selon la compréhension des économistes Shah et Batley (2009). 

Pour accélérer la croissance économique lors du développement régional enclenché sous la Présidence de René Garcia Préval en 2009 dans le Nord du pays, le secteur privé devrait absolument apporter une contribution significative aux investissements nécessaires par la mise en place d’entreprises privées commerciales, de services incluant des activités socio-culturelles et des industries d’assemblage. Par exemple, une industrie d’emballage de motocyclettes aurait dû être implantée en Haïti étant donné l’explosion du service dans ce secteur. Ces entreprises sont essentielles pour la création d’emplois permanents, la production et la circulation de biens et de services. Le secteur privé, en suivant des politiques publiques clairement définies, serait le moteur du développement des centres urbains harmonieux dans les communes de Trou-du-Nord, de Caracol et de Limonade qui sont limitrophes au Campus de Limonade et au Parc Industriel. Le secteur bancaire, de son coté, se chargerait du développement immobilier par le financement de la construction des maisons familiales ou blocs d’appartements, des centres commerciaux et des mini-parcs industriels nécessaires. Dans les sociétés développées ou émergentes telles le Canada et la République Dominicaine, des bâtiments administratifs et amphithéâtres sont souvent financés par le secteur bancaire. À cet effet, l’implication des grandes entreprises comme Bell Canada, Banque Nationale du Canada et RBC est un exemple qui aurait pu être suivi par la Sogebank, la Digicel et la Natcom. De nos jours, les amphithéâtres sont des investissements très productifs du fait des organisations régulières de concerts d’artistes ou de groupes musicaux, entre autres. Ainsi, le secteur bancaire devrait participer à la conception de l’architecture moderne de l’économie de la région du Nord pour y implanter les structures nécessaires aux attractions économiques et touristiques. Ironie du sort, nous n’avions pu voir la présence du secteur privé dans le Nord que très tard avec l’arrivée de Valerio Canez et MSC+ qui ont implanté deux magasins et quelques usines de riz implantés dans le Nord-Est. A date, aux alentours du Campus de Limonade et du Parc industriel de Caracol, deux entités qui ont une population bancable de plus de 6 mille personnes et du Grand Marché de Trou-du-Nord qui peut réunir jusqu’à 5 mille acteurs économiques hebdomadairement, aucune structure bancaire formelle. Selon les avisés, ce manque de synergie entre les acteurs politiques et économiques haïtiens peut être qualifié de désarticulation sociale, ce qui entrave le progrès économique de la société et l’intégration sociale de leurs concitoyens. 

Désarticulation sociale

Janvry et ses alliés (1983) ont défini la désarticulation sociale comme une condition structurelle de choix inefficients de secteurs clés devant permettre la croissance de l’économie, incluant une combinaison inéquitable du niveau de salaires de travailleurs qui creuse les inégalités. Plus loin, Wei et ses alliés (2009) affirment que les inégalités induites par les préoccupations d’articulation sociale sont plus graves lorsque les investissements sont inégalement répartis géographiquement. Nous pouvons en déduire que, depuis plus de deux siècles, la société haïtienne n’a connu que des désarticulations sociales. Les faibles investissements qui y sont effectués ont été surtout localisés à Port-au-Prince. Cela a poussé les populations des autres villes et des zones agricoles et rurales les plus reculées du pays à se diriger vers Port-au-Prince en quête de moyens de survie. Cet exode rural entraîne une hausse du taux de chômage ou aggrave le contexte d’exploitations des entreprises qui offrent des emplois sous-payés aux salariés.

L’orientation que le Président René Garcia Préval et son gouvernement auraient voulu donner à l’économie haïtienne visait (si nous voulons lui conférer ce crédit), non seulement une meilleure articulation sociale de la société, mais aussi à suivre les dominicains avec le développement de Santiago de Los Carballelos, pour harmoniser le développement économique et social de l’Hispaniola. Ils avaient compris la nécessité de lancer le développement régional du pays pour créer la richesse et des emplois pouvant conduire à une bonne articulation sociale. Bien que le gouvernement central ait réalisé des investissements importants, le secteur privé n’avait jamais répondu par la création d’entreprises pour rendre disponibles des emplois. Pourtant, ce sont des éléments clés à la distribution de la richesse et le développement immobilier pour faciliter la construction d’habitats décents au profit des travailleurs et des professionnels. De plus, les gouvernements locaux au niveau des communes sont apparemment incompétents pour embrasser la dynamique de développement économique pendant qu’il n’existe pas de gouvernements pour la gestion des départements. En conséquence, les effets d’entrainement espérés n’ont jamais vu le jour. Des écoles primaire et secondaire de bonne qualité, des centres commerciaux, le développement immobilier et autres services de base n’ont pas pu être inventoriés dans les communes limitrophes du Parc Industriel et du Campus de Limonade. Des parcs de jeux, des services d’eau potable, des supermarchés et services de restauration auraient dû être implémentés pour attirer des professionnels de tous rangs à venir s’installer dans la région, plus particulièrement à Limonade et au Trou-du-Nord. Nombreux sont ce qui se demandent si le secteur privé haïtien existe ou s’il y a un refus de participer au changement social et économique du pays pour offrir aux citoyens de meilleures conditions de vie.

Engagement communautaire

Iwelunmor (2015) comprend que l’engagement communautaire est une pierre angulaire de la durabilité de toutes interventions visant des transformations économiques et sociales d’une société. Cet engagement implique la participation active des parties prenantes à différents niveaux tout au long du cycle de vie des programmes de développement. De l’identification des besoins aux évaluations des résultats desdits programmes qui peuvent s’étaler sur des périodes de trente années. Historiquement, les politiques économiques ont souvent été mises en œuvre de manière descendante. Désormais, il est essentiel de passer à une stratégie ascendante. Une telle approche favorisera la collaboration des acteurs clés, renforcera la communication ouverte et la confiance entre les membres de la communauté. Arnab et ses alliés (2017) affirment qu’une véritable adhésion des forces vives d’une société pourrait être née d’une implication significative des acteurs. Les interventions y relatives refléteraient les besoins et les aspirations des personnes qu’elles visent à servir. Lorsque les communautés économiques et politiques ainsi que la société civile participent activement au processus de développement économique, elles sont plus en phase avec leurs progrès. Ainsi, elles sont prêtes à s’approprier et à protéger leurs résultats. Par exemple, le modèle d’engagement communautaire, établi en Haïti de 1964 à 1990 sous le nom de Conseil communautaire, avait donné des résultats substantiels dans certaines communautés du pays. Haïti doit donc relancer cet exemple d’engagement communautaire tant au niveau des villes que des villages, tout en procédant aux ajustements nécessaires. Les conseils communautaires ou conseils de gestion joueront un rôle central dans le rétablissement de la confiance, le renforcement de la résilience et la consolidation de la cohésion sociale. En particulier, les zones touchées par des difficultés économiques ou les instabilités politiques en sortiront de grands bénéficiaires, selon Bertoli (2012). Les conseils communautaires peuvent accompagner les forces de l’ordre dans la gestion de la sécurité nationale et la sûreté publique par l’entremise de structures civiles pour l’identification de potentiels dangers ou tensions sociales. Cela dit, un système de sécurité nationale efficace est indispensable pour faciliter le fonctionnement des activités économiques à toute heure de la journée. 

Pour sortir du marasme économique et faciliter le développement régional nécessaire à la décentralisation économique et à une bonne articulation sociale, Haïti doit créer un secteur privé actif. Le pays doit élire des compétences pour la gestion des communes stratégiques tout en assurant la promotion de l’engagement communautaire indispensable à une gestion efficace de la sécurité nationale. Le secteur privé doit emboiter le pas avec les décisions des gouvernements central et communaux qui visent la création et la distribution de richesses entre les citoyens. 

Le développement des activités économiques garantira le bien-être des uns et accroîtra le profit des autres. Pour parvenir à ce développement inclusif, l’engagement communautaire est indispensable. En plus de ce l’ambitieux agenda du redressement économique, il faudra pour renforcer les forces de l’ordre dont la mission consiste à assurer la sécurité des vies et des biens. 

Lonege Ogisma, Economiste

ogisma@gmail.com

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