20 octobre 2026
Vertières : Un trophée aux musées ou une épopée aux hypogées ?
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Vertières : Un trophée aux musées ou une épopée aux hypogées ?

Vendredi 18 novembre 2022 ((rezonodwes.com))-

Par son cachet universel ancré dans un idéal précurseur des alliances de protections collectives et de renforcement des principes libertaires, Vertières n’est guère un concept réductible à graver exclusivement au marbre du patrimoine immatériel d’Haïti. La création de la Société des Nations (SDN) en 1919 et celle des Organisations des Nations Unies (ONU) en 1945 émanent de stratégies et de réflexions à la Vertières. Ce dernier combat livré au 18 novembre 1803 a conduit à l’abolition d’un crime contre l’humanité – l’esclavage – et a donc donné inspiration et substance à la rédaction de la fameuse Déclaration des Droits Humains rédigée à Paris en décembre 1948, soit 144 ans après la proclamation de l’indépendance d’Haïti.

Vertières est une opération ingénieuse qui procure de la matière aux organismes de coalition fraternelle tels l’OEA, l’OTAN, l’OUA, etc. À travers de véhémentes plaidoiries contre les tortures et les cruautés – ségrégations raciales, marginalisations, hostilités, injustices, inégalités économiques et sociales – les génies de la Première République Noire indépendante du monde devançaient des légendes de l’histoire de la modernité. Martin Luther King, Nelson Mandela, Jose Marti, Che Guevara, Fidel Castro, Mahatma Ghandi et toutes les âmes immortelles qui luttaient pour la paix et la liberté depuis le début du 19e siècle se sont définitivement inspirés de la geste de Vertières.

Vertières, une « rêverie » qui a enfanté la vie

Vertières n’est pas une simple combinaison de cinq consonnes et de deux voyelles dont une trois fois réitérées. La vie fait partie intégrante de Vertières comme pour rappeler sa portée salvatrice de sauver des vies innocentes. De cette rêverie de chambarder le statuquo cruel par le biais de combats réitérés dans une sévère stratégie dichotomique « Do or Die », les péripéties d’un groupe d’humains abêtis par une métropole prédatrice ont été abolies. Un mélange de méditation et d’impulsion ultime, les stratégies intelligentes conçues en amont rimaient avec les pulsions stoïques exaltées en aval pour se concilier en des actions synchronisées autour du plan commun de casser les chaînes de la fournaise ardente de l’esclavage. 

Le paradigme « Vivre libre ou Mourir » a hypnotisé la colonie surexploitée dans une série de luttes intrépides sans trêves afin de vaincre la coriace armée de Napoléon Bonaparte qui guillotinait les esclaves rebelles aux conditions de vies inhumaines qui leur étaient infligées. Ce 18 novembre 1803, les ultimes actions louverturiennes étaient serrées autour d’un rang galvanisé dans un génie surhumain emballé dans cette utopie de liberté qui finit par naître dans la césarienne. Du sang versé au nom de tous les miens entêtés à nous sortir du pétrin et au nom de tous les siens obstinés à traiter une catégorie d’humains comme des chiens sans destin. Après plus de trois siècles de bestialité, la lumière a eu raison sur les ténèbres. Merci Vertières !

Plus qu’une colonie délivrée, il s’ensuivait des externalités positives et surtout une soif acharnée de libérer d’autres peuples de la région victimes des bourreaux de l’Occident malveillant. Le Cuba, le Venezuela, l’Equateur et bien d’autres peuples traumatisés par le binôme criminel maître-esclave allaient solliciter l’expertise du pionnier de la liberté pour écrire de nouvelles pages d’histoire. Dans la générosité et dans une poussée de voir le vœu de l’égalité entre les humains se concrétiser sur la planète, Dessalines envoyait ses soldats en mission partout où le besoin se faisait sentir.  D’ailleurs même avant l’indépendance d’Haïti, les États-Unis bénéficiaient du support d’environ 750 Haïtiens dans la libération du Savannah en 1779. Qu’ils en soient reconnaissants !

Vertières, l’excellence de l’âme

À la croisée du chemin de la liberté face à une armée barbare garnie d’armes et de munitions jusqu’aux dents, l’épée devait se croiser. Ce momentum de légitime défense imposait décapitation des bourreaux comme option unique. Cependant, la clairvoyance et la clémence des leaders du mouvement de la veille de l’indépendance témoignaient de leur dépassement de soi. Les Blancs catalogués de « bons nègres » en raison de leur compassion envers les esclaves au cours du règne de la traite négrière ont été épargnés de la fureur populaire.

Si la version « Koupe tèt boule kay » est amplement répandue comme une erreur à l’aune du monde civilisé, l’histoire manque de souligner le cachet magnanime du tandem beauté de l’esprit et excellence de l’âme qui imprégnait les stratèges de l’indépendance d’Haïti. Haïti était un refuge, un bouclier et un appui pour tout peuple persécuté sur le grand orbe. Dans l’hospitalité, Haïti accueillait des citoyens Juifs, Européens, Américains contraints de prendre le maquis pour sauver leurs vies. Dessalines dépassait son temps.

C’est dommage que le jeu géopolitique soit pernicieusement inversé dans le sens d’observer des dignes compatriotes, descendants de Toussaint et de Dessalines, maltraités, déportés de l’étranger sinon exécutés dans l’indignité. Deux siècles et dix-neuf ans après l’apothéose historique, Haïti n’aurait pas dû être à ce stade d’angoisse causée par une gouvernance macabre. Le pays est pris en otage par une mafia locale au service d’un corps perfide de l’international.

Core-Groupe et PHTK, jamais mariage n’a été aussi bien arrangé entre deux cartels machiavéliques. Des « idiots utiles » internes au service de la perfidie d’une communauté internationale cynique. Merci Martelly et Lalime de cette fédération des gangs à cravates et à sapattes. Haïti vous est reconnaissante !

Vertières, souvenir de rancune et de crime économique

Alors que Vertières rappelle une sinistre rançon estimée aujourd’hui à de plus de 28 milliards de dollars que la France a honteusement imposé à la colonie conquérante de sa liberté au prix du sang, les faux-amis d’Haïti continuent de noyer le poisson en des raisonnements fallacieux d’une certaine dette morale.  Sarkozy et Hollande avouaient déjà que la France causait un sérieux tort à Haïti et que des dédommagements allaient être initiés particulièrement sous forme de coopération culturelle. Prétexte.

En effet, les esprits avisés dont Piketty, Taubira, Plenel et Le Glaunec reconnaissent que la France ne peut dignement siéger au concert des nations si elle poursuit dans cette direction bornée de n’entreprendre aucune initiative de restitution et de réparation des injustices qu’elle a perpétrées à l’ancienne colonie, la plus juteuse. Thomas Piketty percevrait ce système hyper-capitaliste égocentrique issu de l’exploitation de la richesse des anciennes colonies comme une machine exterminatrice de l’harmonie géopolitique. Alors que le codéveloppement serait la réponse à l’atteinte des Objectifs de Développement Durable (OMD), par leur boulimie aveugle guidée par des enjeux géostratégiques dissimulés, ces nations occidentales hypocrites continuent d’élargir le fossé des inégalités entre les nations.  

Honorer Vertières serait reconnaître le génie, le talent, l’intelligence, la planification, la communication et le leadership efficace dont faisaient montre les fondateurs de la Première république noire du monde. Ce ne sont pas des esprits rancuniers – acharnés à faire payer à Haïti une œuvre magistrale perçue par eux comme une impertinence – qui vont contribuer à sortir Haïti de l’instabilité et du sous-développement. La confusion aux pays dotés de ressources naturelles fait l’affaire de ces flibustiers qui construisent leurs richesses sur du pillage.

Tant que le jeu politique ne se joue autrement, les omnipotents de l’Occident opulents vont continuer de ridiculiser les sociétés incapables de trôner science et conscience à leurs institutions régaliennes. Ces prédateurs n’admettront la portée universelle de Vertières que lorsque le scientifique se met au service du politique. Comme une lampe allumée à la flamme fragile, l’humanité perd son essence à cause de l’’hypocrisie de cet Occident « omnipotent » qui ne révèle pas son vrai motif dans les prétendus partenariats multilatéraux.

Vertières, un apogée au-delà des frontières

L’œuvre spectaculaire de Vertières est censée être source d’inspiration pour les gouvernants signataires des objectifs de développement durable qui visent à sauver la planète des injustices et des exploitations qui hypothèquent la biosphère. Si les institutions multilatérales jurent effectivement de réduire les inégalités et de promouvoir l’harmonie au sein de toutes les régions géographiques, alors elles seraient des adeptes de Vertières. Puisque Vertières a abouti à la victoire de l’inclusion sur la discrimination, le triomphe de la paix sur l’horreur, le succès de la justice sur l’iniquité, sauf des bourreaux ne souscriraient pas à ce paradigme déclencheur d’une nouvelle donne mondiale.

Vertières est l’apothéose d’une série de combats pour défier l’ordre bestial établi depuis plus de trois siècles par des « humains » aux cœurs endurcis qui oppressaient, maltraitaient, ostracisaient et exécutaient d’autres humains de manière avilissante. Vertières représente le couronnement de plusieurs décennies de tactiques et de stratégies réfléchies, corrigées et améliorées avant d’échapper définitivement de la domination diabolique du joug de l’esclavage. 

À l’instar des emblèmes de la Statue de la liberté de New York, l’obélisque de Washington, la Tour Eifel de l’Hexagone et les Pyramides d’Egypte, Vertières devait pétiller de mille feux à travers le monde. Aux Champs Elysées, devant le Capitole, aux panthéons et aux mausolées des illustres personnalités de la sauvegarde des valeurs universelles, Vertières devait être festoyé comme un miracle humain.

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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