NATIONS UNIES | CONSEIL DE SÉCURITÉ | 19 OCTOBRE 2026
Haïti — Déclaration de la France au Conseil de sécurité : Paris reconnaît le risque d’un report des élections et appelle les autorités haïtiennes à assumer leurs responsabilités
New York, 19 octobre 2026 — Intervention de la délégation française devant le Conseil de sécurité des Nations unies, à partir de 1 h 24 min 42 s. Traduction intégrale en français académique, avec réorganisation des paragraphes, sans suppression des déclarations ni modification de leur portée.
Madame la Présidente,
Je tiens à remercier le représentant spécial du secrétaire général, M. Carlos Ruiz Massieu, le représentant spécial de la Force de répression des gangs, M. Jack Christofides, ainsi que la cheffe du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (UNSOH), Mme Daniela Kroslak, pour leurs exposés et leurs observations.
Je salue la présence parmi nous du représentant d’Haïti et souhaite exprimer notre solidarité au représentant permanent d’El Salvador ainsi qu’aux autorités salvadoriennes, à la suite des attaques brutales perpétrées contre quatre membres du personnel salvadorien engagés au sein de la Force de répression des gangs.
Madame la Présidente,
Le Conseil de sécurité doit demeurer mobilisé afin d’aider Haïti à rétablir la sécurité sur l’ensemble de son territoire. Au cours des dernières semaines, le Conseil a démontré, à deux reprises, sa détermination à agir.
Premièrement, il a renouvelé le mandat de la Force de répression des gangs (FRG), chargée, avec l’appui du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti, de mettre un terme aux violences perpétrées par les gangs criminels dans le pays. Les succès de la FRG sont réels et incontestables. Notre ambassadeur a pu le constater lors de son récent déplacement à Kenscoff. Ces acquis doivent être consolidés, et ce, dans les meilleurs délais.
Deuxièmement, le Conseil de sécurité a renouvelé le régime de sanctions. Son champ d’application et son caractère rigoureux devraient permettre d’endiguer les flux d’armes et de munitions qui alimentent les gangs, d’assécher leurs sources de financement et de contraindre leurs soutiens à mettre fin à leurs activités criminelles.
La France se tient aux côtés d’Haïti et des Nations unies pour atteindre ces objectifs. Elle contribue financièrement au fonds d’affectation spéciale destiné à soutenir la FRG. Nous fournissons également un appui logistique à cette force.
La France soutient, par ailleurs, le renforcement des capacités des institutions haïtiennes, notamment de la Police nationale, des Forces armées et du système judiciaire national.
Madame la Présidente,
La situation en Haïti demeure néanmoins extrêmement préoccupante.
Le Conseil électoral provisoire a annoncé, le 5 octobre, le report de plusieurs étapes du calendrier électoral, laissant présager un éventuel report de la date des élections en raison de l’absence des conditions de stabilité nécessaires à la bonne tenue du scrutin.
Nous constatons, par ailleurs, la profonde détresse de la population haïtienne. Depuis le début de l’année, 5 700 personnes ont été tuées. Le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays continue d’augmenter et atteint désormais 1,5 million, tandis que 5,8 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë.
Cette détresse frappe notamment les femmes, victimes de violences sexuelles indicibles. Elle se manifeste également à travers les souffrances des femmes enlevées et recrutées par les gangs criminels.
Il est impératif que la jeunesse haïtienne ne voie pas son avenir sacrifié en raison des activités des gangs en Haïti.
Madame la Présidente,
Face à cette situation, nous n’avons pas d’autre choix que de redoubler d’efforts pour mettre en œuvre la stratégie que nous avons adoptée. Celle-ci exige des interventions dans trois domaines prioritaires.
Premièrement, accélérer le déploiement de la Force de répression des gangs, afin qu’elle puisse entreprendre, dans les meilleurs délais, l’intégralité de ses opérations sur l’ensemble de sa zone d’intervention, dans le strict respect du droit international.
Cette démarche est indispensable pour affaiblir l’emprise des gangs sur différentes régions d’Haïti et sur les populations haïtiennes, ainsi que pour renforcer le contrôle des points d’entrée du territoire national, par lesquels transitent illicitement des armes et des stupéfiants.
Deuxièmement, élargir les interdictions de voyager et les mesures de gel des avoirs aux personnes qui soutiennent et financent les gangs criminels.
Ces individus sont connus. Ils doivent répondre de leurs actes et être traduits devant la justice haïtienne.
Troisièmement, doter les autorités haïtiennes des moyens nécessaires à l’établissement d’un programme de démantèlement, de désarmement et de réintégration, tout en renforçant le système judiciaire et pénitentiaire.
Il est absolument indispensable d’assurer le retrait sécurisé des enfants recrutés par les gangs, de renforcer la lutte contre l’impunité et de remédier aux problèmes persistants de détention prolongée et de surpopulation carcérale.
Nous devrons affirmer clairement ces priorités lors du renouvellement du mandat de la MINUSMA, en janvier prochain.
Madame la Présidente,
Ce plan d’action ne portera ses fruits que si les autorités haïtiennes assument également leur part de responsabilité.
Elles ont la responsabilité de renforcer leurs capacités sécuritaires et de consolider le contrôle de leurs frontières. Nous devons nous tenir à leurs côtés pour les accompagner dans cette entreprise.
Il leur incombe également de mener à son terme le processus de transition politique par l’organisation d’élections crédibles, condition nécessaire au rétablissement des institutions démocratiques et à la cessation des violations massives des droits de la population haïtienne.
Je souhaite réaffirmer, une nouvelle fois, le soutien indéfectible de la France à ce plan d’action et à ces mesures indispensables.
Je vous remercie.
Source : transcription anglaise de l’intervention de la France, séance du Conseil de sécurité du 19 octobre 2026, à partir de 1 h 24 min 42 s. Consulter la transcription de la séance 10246.

