La progression des gangs en Haïti s’inscrit dans une histoire de rapports entre violence armée, intérêts économiques et compétition électorale. Une analyse de l’agence EFE, publiée lundi 19 octobre par le quotidien salvadorien La Prensa Gráfica, situe à partir de 2011, après l’élection de Michel Martelly, une multiplication de ces groupes à Port-au-Prince et dans d’autres villes.
Le journal décrit des organisations initialement implantées dans certains quartiers défavorisés, puis renforcées par des pratiques de recrutement politique. Des jeunes sans emploi auraient reçu des armes et de l’argent pour servir des ambitions électorales, avant de poursuivre leurs activités criminelles. Le texte évoque également le financement de groupes armés par des acteurs économiques cherchant à protéger leurs intérêts.
Selon cette analyse, les enlèvements, l’extorsion, les péages clandestins et les trafics procurent désormais aux gangs leurs propres ressources. Leur capacité de nuisance s’est ainsi affranchie, au moins partiellement, de leurs soutiens initiaux. La publication intervient après l’embuscade contre quatre militaires salvadoriens, dimanche à Santo, qui a replacé la crise haïtienne au premier plan de l’actualité salvadorienne.
Le cas de Michel Martelly fait par ailleurs l’objet d’accusations officielles distinctes de cette lecture historique. Le 20 août 2024, le département américain du Trésor a annoncé des sanctions contre l’ancien président, l’accusant d’avoir facilité le trafic de stupéfiants, participé au blanchiment de ses produits et soutenu plusieurs gangs haïtiens. Washington lui attribuait un rôle dans la perpétuation de l’instabilité du pays.
L’intérêt de cette rétrospective tient donc à la place qu’elle accorde aux soutiens politiques et financiers des groupes armés. Une politique de sécurité peut-elle produire des résultats durables si elle concentre ses moyens sur les exécutants sans examiner les circuits qui les approvisionnent, les financent ou les protègent ?
L’attaque contre les militaires salvadoriens rappelle l’urgence opérationnelle. L’histoire des gangs commande, elle, un examen des mécanismes ayant permis leur implantation. Rétablir l’autorité publique suppose de poursuivre les auteurs de violences, mais aussi d’établir, preuves à l’appui, les responsabilités de leurs éventuels commanditaires et protecteurs.
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