Sur quoi repose le soutien de Washington à Ariel Henry ?

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par Ducasse Alcin

Samedi 24 septembre 2022 ((rezonodwes.com))–

Les événements dramatiques qui ont secoué Haïti ces dernières semaines semblent corroborer ce constat déconcertant : Ariel Henry bénéficie des coudées franches de la part de Washington pour agir comme bon lui semble. Cela n’a rien de nouveau, car par le passé, les Américains avaient accordé le même support aux Duvalier. Ce qui explique le profond sentiment d’anti-américanisme ouvert qui hante l’esprit des Haïtiens depuis des décennies.

Ce support paraît insolite en ce sens qu’il va l’encontre des principes démocratiques que les Américains promeuvent à cor et à cri travers le monde. Quand on y regarde de près, on voit bien que les valeurs démocratiques auxquelles ils prétendent souscrire ne sont qu’un mirage. En effet, le monde fourmille de régimes autocratiques bénéficiant du plein et entier aval de l’Oncle Sam.

Or, s’agissant de monsieur Ariel, les Américains savent pertinemment les conditions troublantes dans lesquelles il a été parachuté au timon des affaires. Les institutions vitales du pays (régulatrices de la démocratie) ayant été mises à plat, monsieur Henry a profité de ce vide pour piaffer en dehors de toute norme démocratique.

On comprend donc la perplexité des gens face à l’aspect aporétique du soutien de Washington. Certains interprètent cette carte blanche comme un sentiment raciste à l’égard d’Haïti. Mais, en fait, même s’il y a ce cachet de racisme larvé dans la position du gouvernement américain, le problème est plus profond qu’il en a l’air. La réalité en est que, en dépit d’une façade d’alternance démocratique dans leur système interne de gouvernement, la clé de voûte de la politique étrangère américaine est restée immuable.

La premier paramètre qu’il faut cerner est que les États-Unis ont toujours été énigmatiques quand à leur politique extérieure. Ce paradoxe se manisfeste dans des choix qu’ils ont fait et qui se révèlent en totale inadéquation par rapport à leur credo.

Si vous ne parvenez pas à suivre le fil d’Ariane de cette politique, vous ne serez jamais en mesure d’expliquer ce paradoxe. Vous aurez du mal à comprendre pourquoi ils ont chouchouté un criminel notoire comme Pinochet tout en diabolisant Fidel Castro.

Ou qu’ils aient choisi d’inviter Ariel Henry à un sommet pour les pays de la région, le mois de juin écoulé, tout en excluant Maduro et Ortega. Ariel, rappelons-le, est celui qui a fait un hold-up sur le pouvoir et sur qui pèsent de sérieux soupçons dans l’assassinat de l’ancien président qui le désigna pour devenir son Premier ministre.

Tout le hic de la question repose sur cette déclaration de l’ancien homme politique français, Charles de Gaulle : « Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Si cette déclaration est vraie pour la France, elle l’est aussi pour les États-Unis.

Par exemple, se référant au dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza, le président américain, Franklin Delano Roosevelt, a déclaré en 1939 :  » Il est peut-être un fils de pute, mais c’est notre fils de pute »

Il ressort de ces propos que même si celui sur qui ils jettent leur dévolu pue, les Américains se boucheront le nez d’une main et l’embrasser de l’autre main. Autrement dit, tout est assujetti à une question d’intérêt. Lorsque ce dernier est en jeu, les États-Unis n’hésiteront pas une seconde à pactiser avec le diable, s’il le faut.

D’ailleurs Daniel Foote a mis les pieds dans le plat quand il a fait mention d’une entente sordide qui a été concoctée entre le Premier ministre de facto, Ariel Henry et l’administration de Joe Biden.

Toute honte bue, le Premier ministre a clairement immolé nos pauvres compatriotes sur la roche tarpéienne, juste pour avoir un petit sursis en contrepartie. Au terme de cette entente, Washington entend fermer les yeux sur les dérives de ce gouvernement fantoche—-le permettant de rester au pouvoir pendant un temps indéterminé—-moyennant qu’ils acceptent d’accueillir à bras ouverts les réfugiés refoulés par I.C.E.

Le soutien est donc monnayable. Un Quid Pro Quo classique. Ce qu’ils ont fait pour le chef de la Primature, ils l’auraient fait à l’endroit de n’importe qui. Leur agenda est simple : le pouvoir aux plus offrants. Parfois, des circonstances interviennent où ils se voient dans l’obligation de retourner leur veste.

On en veut pour preuve les mouvements de révolte qui ont embrasé la zone du Proche-Orient en 2010, mouvement baptisé de « Printemps arabe ». Les premiers sarments de ces turbulences ont d’abord bourgeonné en Tunisie pour ensuite se métastaser dans toute la région, telle une trainée de poudre.

Dès la genèse de ces soubresauts politiques, les Américains se sont constitués comme une masse de granit derrière Moubarak. Cela trouve sa simple explication dans le fait que l’ancien président égyptien à passé près 30 ans comme une marionnette entre leurs mains.

Mais lorsqu’ils ont constaté la volonté inébranlable du peuple égyptien d’en finir une bonne fois pour toutes avec le dictateur, Obama a été le premier à téléphoner à celui-ci pour qu’il dégage!

De la même veine, on peut dire que la théorie qui tente de faire croire qu’Ariel bénéficie du soutien indéfectible des États-Unis est une image d’Épinal. C’est un mythe. Cet état de fait perdure parce que le peuple n’a pas encore décidé qu’il en soit autrement. Asséné par des calamités de toute sorte, il est plongé dans une torpeur, le rendant quasi inerte. Mais lorsque le volcan se mettra finalement en éruption, rien ne pourra l’arrêter et Ariel Henry n’aura d’autres choix que de prendre la poudre d’escampette.

Ducasse Alcin.

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