29 octobre 2026
ONU | Session du Conseil de sécurité sur le BINUH : Déclaration de la Représentante spéciale Helen La Lime
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ONU | Session du Conseil de sécurité sur le BINUH : Déclaration de la Représentante spéciale Helen La Lime

Session du Conseil de sécurité sur le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH)

Lundi 4 octobre 2021 ((rezonodwes.com))–

Déclaration de la Représentante spéciale Helen La Lime

Monsieur le Président, distingués membres du Conseil,

C’est un honneur de vous faire une fois de plus le point sur la situation en Haïti, qui traverse actuellement l’une des périodes les plus difficiles de son histoire récente. Déjà ébranlé par le terrible assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet, le pays a été frappé le 14 août par un séisme dévastateur qui a touché plus de 800 000 personnes dans sa péninsule sud-ouest. Ces deux événements ont entraîné un nouveau report des élections nationales et locales tant attendues. Pendant ce temps, l’insécurité est devenue endémique à Port-au-Prince, alors que les enlèvements sont à nouveau en augmentation et que les gangs ont étendu leur contrôle sur de vastes pans de la ville. En outre, des milliers de migrants qui avaient cherché de meilleures conditions de vie dans les pays voisins sont en train d’être rapatriés. Pour la plupart des observateurs, il est difficile d’envisager une fin aux crises apparemment sans fin du pays qui ont poussé la résilience du peuple haïtien au bord du gouffre.

Membres distingués,

Depuis son entrée en fonction le 20 juillet, le Premier ministre Ariel Henry n’a ménagé aucun effort pour parvenir à un accord politique avec les différentes factions du régime haïtien. Adoptant une approche inclusive et consensuelle, il a cherché à créer des conditions minimales pour la tenue d’élections législatives, locales et présidentielles, et ainsi orienter un pays en pleine crise de gouvernance vers le fonctionnement régulier de ses institutions démocratiques. Dans une mesure positive, des acteurs de tout l’éventail politique et des organisations de la société civile, y compris d’anciens groupes d’opposition et de coalition au pouvoir, ont adhéré à un tel accord le 11 septembre. Le pacte saisit les principales demandes exprimées par les parties prenantes nationales, telles que la formation d’un nouveau Conseil électoral provisoire et l’inclusion de la diaspora. Il prévoit également la tenue d’élections au plus tard au second semestre 2022.

On ne peut qu’espérer que les dirigeants politiques et de la société civile haïtienne continueront à travailler ensemble pour trouver un terrain d’entente autour d’un projet commun qui contribuera à favoriser un climat plus apaisé dans lequel des actions décisives peuvent être prises et des réformes essentielles mises en œuvre.

Certes, de nombreux points de convergence existent. Par exemple, il existe un large consensus national sur la nécessité de réformer la constitution haïtienne de 1987, une charte largement considérée comme contribuant à l’instabilité politique et institutionnelle récurrente. Le projet de Constitution soumis par le Comité consultatif indépendant au Premier ministre le 8 septembre devrait servir de base à un débat plus constructif et inclusif sur les moyens de remodeler le système politique haïtien.

De même, le rétablissement de la sécurité, notamment dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, doit être prioritaire par les autorités haïtiennes. Depuis juin, une augmentation importante et soudaine de la violence des gangs a provoqué le déplacement de quelque 19 000 personnes des communes de Cité-Soleil, Croix-des-Bouquets, Delmas et du quartier Port-au-Prince de Martissant. Le contrôle exercé par les gangs autour des points d’entrée et de sortie stratégiques de la capitale a eu un impact négatif sur l’économie d’Haïti et la circulation des personnes et des biens. Appliquant les recommandations d’une équipe d’experts de la police de l’ONU déployée de mai à juillet suite à une demande de feu le Président, la Police nationale d’Haïti a cherché à améliorer l’efficacité de ses opérations anti-gang en adoptant une approche plus équilibrée de la prévention et de la répression, en s’appuyant sur une présence policière accrue dans les zones problématiques et en améliorant ses mécanismes de collecte de renseignements.

Pourtant, une force surchargée et sous-financée ne peut à elle seule endiguer cette augmentation inquiétante de la criminalité. La principale institution de sécurité d’Haïti ne sera pas en mesure d’obtenir des résultats durables à moins que ses capacités ne soient renforcées et que les services gouvernementaux soient ramenés dans les quartiers pauvres qui servent de terreau fertile pour les gangs armés. Par conséquent, en plus de poursuivre ses efforts de réforme de la police avec l’appui de l’ONU et de partenaires bilatéraux, le Gouvernement doit mettre en œuvre une approche plus globale de la lutte contre la violence des gangs, dans le cadre de la stratégie nationale de réduction de la violence communautaire qui a été élaborée avec le soutien de l’ONU et approuvé le 5 juillet.

Monsieur le Président,

Les citoyens haïtiens ont unanimement condamné la mort horrible du président Moïse et ont appelé à une enquête approfondie sur son assassinat – une enquête qui respecte une procédure régulière et l’état de droit. Pour que le voile d’impunité qui a longtemps enveloppé Haïti commence à se lever, et pour que la justice prévale dans cette affaire ainsi que dans plusieurs affaires emblématiques, les acteurs judiciaires doivent pouvoir travailler de manière indépendante, dans un environnement apaisé, avec l’assurance qu’ils seront protégés tout en entreprendre la tâche délicate d’identifier et poursuivre les auteurs.

Le système judiciaire haïtien continue également de faire face au défi prolongé de la détention provisoire qui affecte 82% des détenus du pays, parmi les taux les plus élevés au monde. Les autorités nationales doivent redoubler d’efforts pour s’attaquer d’urgence à ce problème, en étroite consultation avec tous les acteurs judiciaires. En outre, il est impératif que le processus de révision des nouveaux codes de procédure pénale et pénale se poursuive car, une fois promulgués, ils seront essentiels pour lutter contre la détention provisoire ainsi que pour harmoniser la loi haïtienne avec les normes régionales et internationales des droits de l’homme.

Distingués membres du Conseil,

Le tremblement de terre du 14 août a ajouté une nouvelle couche de complexité à une situation humanitaire déjà désastreuse. Face à la dernière catastrophe qui s’est abattue sur le pays, l’ONU réitère son soutien au Gouvernement et au peuple haïtiens et salue le leadership national actif et la coordination de la réponse et du relèvement post-catastrophe.

Même si les opérations de secours sont toujours en cours, le relèvement rapide et la restauration des moyens de subsistance doivent être fortement soutenus dans les zones touchées par le séisme. C’est une course contre la montre pour s’assurer que les enfants puissent retourner à l’école, que les agriculteurs ne manquent pas la prochaine saison de plantation et que les personnes vivant actuellement dans des camps de déplacés spontanés retournent chez elles le plus rapidement possible. Nous devons veiller à ce qu’Haïti ne devienne pas une crise oubliée. J’exhorte tous les États membres à contribuer à l’appel éclair de 187,3 millions de dollars lancé le 25 août pour répondre aux besoins des personnes touchées par le séisme ainsi qu’au plan de réponse humanitaire 2021-2022 de 235,6 millions de dollars, qui ne représentent actuellement qu’un tiers environ financé. De plus, à long terme, le processus de reconstruction nécessitera le plein engagement du Gouvernement haïtien ainsi que de la communauté internationale, pour assurer une reprise plus verte, plus résiliente et plus inclusive.

De même, alors que les Nations Unies et leurs partenaires ont travaillé en étroite collaboration avec le gouvernement d’Haïti pour s’assurer qu’il répond efficacement à la pandémie de COVID-19, une plus grande coopération sera nécessaire pour maintenir et intensifier les capacités de test ainsi que pour promouvoir la santé publique et les mesures sociales. . Avec seulement quelque 60 000 vaccins administrés à ce jour et moins d’un pour cent de la population éligible du pays inoculé, l’augmentation de la vaccination dans les semaines et les mois à venir s’avérera vitale pour protéger Haïti et ses populations les plus vulnérables contre le COVID-19 et la menace de plus de variantes transmissibles.

Monsieur le Président,

La situation dans laquelle se trouve actuellement Haïti ne peut être qualifiée que de sombre. Néanmoins, il existe des signes encourageants qui ne font que renforcer ma conviction que, grâce à une action urgente, déterminée et concertée, les citoyens haïtiens peuvent relever les défis structurels profonds, ainsi que les déficits de gouvernance et de développement, qui alimentent l’instabilité, l’insécurité et toujours plus de leur pays. besoins humanitaires croissants. Aux côtés des Nations Unies, l’ensemble de la communauté internationale doit continuer à se tenir résolument aux côtés du peuple haïtien et de son gouvernement alors qu’ils s’efforcent de tracer la voie vers la stabilité, la sécurité et le développement durable.

Merci.


Security Council Session on the United Nations Integrated Office in Haiti (BINUH)

4 October 2021

Statement of Special Representative Helen La Lime

Mr. President, distinguished members of the Council,

  1. It is an honor to once more provide you with an update on the situation in Haiti, which is currently undergoing one of the most fraught periods of its recent history. Already reeling from the ghastly assassination of President Jovenel Moïse on 7 July, the country was struck on 14 August by a devastating earthquake which affected over 800,000 people in its southwestern peninsula. These two events have led long awaited national and local elections to be further postponed. Meanwhile, insecurity has become rampant in Port-au-Prince, as kidnappings are once again on the rise and gangs have extended their control over large swaths of the city. In addition, thousands of migrants who had sought better living conditions in neighboring countries are being repatriated. For most observers, it is difficult to envision an end to the country’s seemingly never-ending crises which have pushed the resilience of the Haitian people to the brink.

Distinguished members,

  1. Since assuming office on 20 July, Prime Minister Ariel Henry has spared no effort to reach a political agreement with the various factions of the Haitian polity. Adopting an inclusive and consensual approach, he has sought to create minimal conditions for the holding of legislative, local and presidential elections, and thus steer a country in the midst of a profound governance crisis towards the regular functioning of its democratic institutions. In a positive step, actors from across the political spectrum and civil society organizations, including former opposition and ruling coalition groups, adhered to such an agreement on 11 September. The pact captures key demands expressed by national stakeholders, such as the formation of a new Provisional Electoral Council and the inclusion of the diaspora. It also foresees the holding of elections no later than the second half of 2022.
  1. One can only hope that Haitian political and civil society leaders will continue to work together to find common ground around a common project that will contribute to fostering a more appeased climate in which decisive action can be taken and essential reforms enacted
  1. To be sure, many points of convergence exist. For instance, there is a large national consensus on the need to reform the 1987 Haitian constitution, a charter widely viewed as contributing to the recurrent political and institutional instability. The draft Constitution submitted by the Independent Consultative Committee to the Prime Minister on 8 September should provide a basis for further constructive and inclusive debate on ways to reshape the Haitian political system.
  1. Likewise, the reestablishment of security, especially in the Port-au-Prince metropolitan area, must be prioritized by Haitian authorities. Since June, a significant and sudden increase in gang violence has caused the displacement of some 19,000 people from the communes of Cité-Soleil, Croix-des-Bouquets, Delmas and the Port-au-Prince neighbourhood of Martissant. The control that gangs exercise around strategic entry and exit points of the capital has had a detrimental impact on Haiti’s economy and the movement of people and goods. Applying the recommendations of a team of UN police experts deployed from May to July following a request from the late President, the Haitian National Police has sought to improve the effectiveness of its anti-gang operations by adopting a more balanced approach to prevention and repression, relying on increased police presence in problematic areas, and improving its intelligence-gathering mechanisms.
  1. Yet, an over-stretched and under resourced force alone cannot stem this worrisome rise in crime. Haiti’s main security institution will not be able to achieve sustainable results unless its capacities are strengthened, and government services are brought back to the impoverished neighborhoods that serve as fertile ground for armed gangs. Therefore, in addition to sustaining its efforts to reform the police with the support of the United Nations and bilateral partners, the Government must implement a more holistic approach to addressing gang violence, within the framework of the national strategy for community violence reduction which was developed with UN support and endorsed on 5 July.

Mr. President,

  1. Haitian citizens have unanimously condemned President Moïse’s gruesome death and called for a thorough investigation into his assassination – one which follows due process and the rule of law. For the shroud of impunity which has long enveloped Haiti to begin lifting, and for justice to prevail in this as well as several emblematic cases, judicial actors must be allowed to work independently, in an appeased environment, with reassurance that they will be protected while undertaking the delicate task of identifying and prosecuting the perpetrators.
  1. The Haitian judicial system also continues to contend with the protracted challenge of pre-trial detention which affects 82 percent of the country’s prison inmates, among the highest such rates in the world. National authorities must redouble their efforts to urgently address this issue, in close consultation with all judicial stakeholders. Furthermore, it is imperative that the process to review the new penal and criminal procedural codes continue as, once promulgated, they will be critical to combatting pre-trial detention as well as harmonizing Haitian law with regional and international human right standards.

Distinguished members of the Council,

  1. The 14 August earthquake has added a new layer of complexity to an already dire humanitarian situation. In the face of the most recent catastrophe to befall the country, the United Nations reiterates its support to the Government and people of Haiti, and salutes the active national leadership and coordination of the post-disaster response and recovery. 
  1. Even as relief operations are still ongoing, early recovery and the restoration of livelihoods must be strongly supported in the areas affected by the earthquake. It is a race against time to ensure that children can return to school, that farmers do not miss the next planting season, and that people currently living in spontaneous displacement camps return to their homes as quickly as possible. We must ensure that Haiti does not become a forgotten crisis. I urge all Member States to contribute to the $187.3 million Flash Appeal launched on 25 August to respond to the needs of those affected by the earthquake as well as the $235.6 million 2021-2022 Humanitarian Response Plan, both of which are currently only about one third funded. Moreover, in the long term, the reconstruction process will need the full engagement of the Government of Haiti as well as the international community, to ensure a greener, resilient, and more inclusive recovery.
  1. Similarly, while the United Nations and partners have worked closely with the Government of Haiti to ensure it responds effectively to the COVID-19 pandemic, greater cooperation will be required to sustain and scale up testing capabilities as well as to promote public health and social measures. With only some 60,000 vaccines administered to date and less than one per cent of the country’s eligible population inoculated, increasing vaccine uptake in the coming weeks and months will prove vital to protecting Haiti and its most vulnerable populations from COVID-19 and the threat of more transmissible variants.

Mr. President,

  1. The situation in which Haiti currently finds itself can only be characterized as bleak. Nevertheless, there exist encouraging signs that only reinforce my conviction that, through urgent, determined and concerted action, Haiti’s citizens can address the deep structural challenges, as well as the governance and development deficits, which feed their country’s instability, insecurity, and ever-growing humanitarian needs. Along with the United Nations, the entire international community must continue to steadfastly stand alongside the Haitian people and their government as they endeavor to forge a path towards stability, security and sustainable development.

Thank you.

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