Considérée comme le quatrième pouvoir, la presse haïtienne devient une presse scandaleuse ignorant son rôle et sa mission, à un point tel qu’elle est décriée et souffre d’un déficit de confiance auprès de la population.
Avant la fin de la dynastie Duvalier à la tête du pays, il n’y avait qu’une dizaine de stations de radio à Port-au-Prince et deux seules chaînes de télévision. Aujourd’hui, ce secteur devient tellement favorable que beaucoup de personnes s’érigent en directeurs de média. Les nouveaux postes de radio et de télévision poussent comme des champignons de telle manière que même le Conseil National des Télécommunications a du mal à les dénombrer.
La presse haïtienne à l’épreuve de son indépendance et de l’éthique
L’indépendance de la presse haïtienne mérite d’être questionnée lorsque l’on sait qu’elle entrave elle-même son indépendance en quémandant, du matin au soir avec acharnement et constance, des financements auprès d’organismes publics et privés. Dans un tel contexte, comment la presse haïtienne peut-elle préserver réellement son indépendance quand la finance commande ? Le doute s’installe. On peut comprendre pourquoi certains médias se réservent le droit de sélectionner les événements populaires à relayer et les motifs de la diffusion des informations grossièrement à caractère propagandistes.
Au niveau de la presse haïtienne, l’amateurisme se fait sentir en plein midi. L’absence des règles et des méthodes professionnelles font grandement défaut chez certains qui se disent journalistes. Certaines informations dont ils émettent sont dépourvues d’authenticité, de véracité et d’exactitude. Ils profitent à tort et à travers du premier alinéa de l’article 28-2 de la Constitution pour diffuser des informations non-sourcées ni vérifiées.
Micro en vente et conscience en solde
Comme tant d’autres secteurs de la vie nationale, la presse haïtienne n’échappe pas à cette gangrène qu’est la corruption. Malgré un Code de Déontologie des Médias et des Journalistes, adopté en 2011 par les différentes associations, l’éthique professionnelle chez certains journalistes laisse à désirer. Hélas ! Un Code qui n’existe que de nom.
« Machann Mikwo », c’est ce néologisme utilisé par plus d’un pour désigner un journaliste qui échange sa conscience et sa dignité contre des flatteries ou qui vend son micro, sa plume, sa caméra aux plus offrants. Parfois, ces « Machann Mikwo » exigent à payer des dessous-de-table pour obtenir le droit de réponse qui est automatiquement reconnu par la personne mise en cause.
Journalisme et intégrité
La presse haïtienne n’est pas celle d’il y a 40 ans. Haïti a connu deux journalistes parmi les plus exemplaires qu’elle ait jamais connus : Pierre Frédéric et Georges Petit.
Pierre Frédéric, journaliste engagé et fondateur du journal Impartial, a connu trois fois les affres de l’exil pour ses opinions critques. Arrêté, enchaîné et enfermé pour être tué dans un cachot à bord du navire de guerre La Crête-à-Pierrot sur ordre du président à l’époque, Tirésias Simon Sam, Père Frédéric a eu la vie sauve grâce à l’amiral Hammerton Killick qui appréciait ses articles.
Georges Petit, journaliste de conviction, homme de combat et de courage a traîné derrière lui 31 ans de carrière (1927-1958). Il a été 20 fois emprisonné et a aussi combattu contre l’occupation américaine.
En 1958, le président dictateur et sanguinaire François Duvalier a fermé de force le journal de Georges Petit. Ce dernier a dû abandonner la profession de journaliste parce qu’il n’y voyait pas d’avenir.
Devenu sédentaire, Georges Petit ne publie plus. Un peu plus tard, il tombe malade. François Duvalier ayant appris la nouvelle et respectant énormément le courage de cet homme, lui adresse une lettre dans laquelle il écrit : “ Ce n’est pas le président qui vous écrit, mais plutôt un de vos anciens lecteurs qui vous admire. Je vous envoie de l’argent pour aller voir un médecin pour vous faire soigner, car je sais que vous n’en avez pas les moyens.” François Duvalier joint à cette lettre une enveloppe contenant 3000 dollars et envoie un messager auprès de lui (Georges Petit). Georges Petit reçoit la lettre et lui en adresse une dans laquelle il remercie François Duvalier de l’attention et lui informe que sa famille a déjà pris les dispositions nécessaires. Georges Petit retourne donc la somme.
Lorsque le messager revient, François Duvalier lui dit : “ je savais pertinemment que Georges Petit, journaliste de caractère n’accepterait pas cet argent, mais je tenais à essayer. François Duvalier reçoit la lettre responsive et la conserve précieusement en affirmant : “Georges Petit est un vrai homme.”
Ces deux journalistes sont les symboles de courage et de dignité dans la presse haïtienne.
La presse haïtienne n’a pas toujours été un espace où l’argent primait sur la conscience, la vérité et l’éthique. Autrefois, le respect des règles déontologiques, l’honnêteté intellectuelle et la rigueur professionnelle guidaient l’exercice de la profession. De nos jours, la presse ne joue plus véritablement son rôle. Elle est dominée par l’appât du gain et se met au service de ceux qui peuvent payer. Il est nécessaire de redonner une image honorable à la presse haïtienne.
Une presse intègre et crédible est possible.
Cet article a été modifié par souci de simplification le 30 octobre 2025
Marius MARECHAL
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