J’ai honte! par Joseph Harry Bretous

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Mardi 20 août 2019 ((rezonodwes.com))– En principe, dans tout état qui se dit démocratique, tous les citoyens, quelque soit leur rang, leur éducation et leur fortune tombent sous la dictature des lois en vigueur et tout écart répréhensible est généralement sanctionné au nom de la réparation civique à la dimension de la faute commise.

Ces prémisses posées, je cherche confus et honteux un  modèle de gouvernement pour qualifier le plus justement possible le régime politique qui sévit dans mon pays. Anarchie totale, dictature en devenir, despotisme à l’haïtienne, autocratie se manifestant uniquement par “le président a parlé point barre”, démocratie ou tout simplement un état voyou.

De toutes ces appellations, je ne vois qu’une seule capable de mieux le caractériser car l’état haïtien après avoir connu toutes les formes iniques de gouvernement, par les temps qui courent, est parvenu à la forme la plus abjecte des régimes connus, celui d’un état voyou. Et pour votre gouverne, chers lecteurs, je vais vous prouver le bien-fondé de ce qualificatif.

Alors qu’aucun pays au monde, Haïti  étant la seule exception à cette règle générale, n’aurait accepté la candidature de Michel Martelly en vertu de ses accrocs répétés à la moralité, il a traversé cette étape et sa victoire aux  élections de 2011 a été imposée au peuple par des mains obscures tout comme la constitution de 1987.

A quelle fin? Pour rendre encore et toujours effective la volonté de Franklin Delano Roosevelt qui a déclaré sans ambages “qu’Il faut constamment soulever les va-nu-pieds contre les gens a chaussures et mettre les gens à chaussures en état de s’entre-déchirer les uns les autres, c’est la SEULE FAÇON pour NOUS d’avoir une prédominance continue sur ce pays de NÈGRES qui a conquis son indépendance par les armes, ce qui est un mauvais exemple pour les 28 millions de noirs d’Amérique”. Mes chers frères, mesurez l’impact que peuvent produire ces paroles sorties de la bouche du seul président américain qui a pu briguer quatre mandats consécutifs dans son pays. 

Fort de l’appui de ses protecteurs il fallait au président Martelly un successeur conscient et complice dans l’ombre des malversations perpétrées au cours de son passage à la plus haute magistrature du pays pour couvrir ses forfaits et préparer son retour éventuel au pouvoir si tout était savamment camouflé par ce dauphin. L’impréparation, l’incompétence, l’ignorance de la chose politique et la témérité aveugle du choix de Wilson Laleau ont fait déraper la machine gouvernementale qui n’a eu d’autre recours que la création hâtive d’un état sans contrôle basé sur la bêtise, le mensonge, le pillage et la violence. Et à juste titre, je me demande où nous allons et que faire pour arrêter cette descente aux enfers.

Le pire aspect de ce drame est l’absence délibérée du chef de l’état du sens du dépassement de soi, de dignité, de fierté et de respect humain. Pour illustration, après avoir déclaré publiquement que la justice sera aveugle à l’encontre de tous les dilapidateurs du fonds PétroCaribe, notre président, avili car accusé de détournement de ces mêmes fonds par la Cour Supérieure des Comptes avec preuves à l’appui, au lieu de démissionner et de se mettre à la disposition de la justice pour sauver au moins l’honneur et rester conséquent avec ses dires, décide de récuser les conclusions de la Cour et d’avoir recours à l’OEA pour un second avis devant contredire les faits découverts par la Cour des Comptes et offrir une autre vérité qui l’aurait dédouané de toute charge.

En Haiti “gen wout pa bwa devan la vérité, car lakay la vérité est très élastique”. La route qui mène au progrès, au développement et à la prospérité ne rime pas avec la désinformation, l’intoxication, l’ignorance et l’incompétence. Le pays a déraillé entre vos mains, Excellence, et roule à fond de train vers le pire. Il est temps pour vous de vous ressaisir et de regarder stoïquement vers une éventuelle sortie sans trop de casse. 

A côté de votre volonté inébranlable de garder le pouvoir malgré le constat d’échec flagrant de votre manière de gouverner, les batailles rangées que se livrent tantôt les sénateurs de l’opposition contre l’exécutif ou les sénateurs entre eux illustrent le climat qui règne dans le pays. Lorsqu’on greffe sur cette situation délétère les déclarations d’Arnel, le chef de gang capturé, n’est-on pas en droit de faire le constat terrible que mon coin de terres est sur la pente dangereuse de perdre jusqu’à son qualificatif de pays. Si nos dirigeants, je veux parler du président, des députés et des sénateurs se trouvent dans l’incapacité d’offrir mieux que ces tristement célèbres performances au monde entier à  quoi peut-on espérer pour l’avenir de cet endroit? Et dire que le principal ayant-droit est le peuple et voilà que cette façon de faire de ces pseudo-arbitres nationaux l’ont évacué tout bonnement de l’équation.

Naguère, l’haïtien partait pour étudier, apprendre certains métiers et revenait fièrement au pays pour dispenser son savoir et contribuer à la formation de la jeunesse. Naguère des fils de président rentraient au pays pour recevoir et assimiler la connaissance de nos férus professeurs. Naguère, dans l’auguste enceinte du parlement  haïtien trônaient des têtes de l’envergure de Jean-Price Mars, au niveau de la diplomatie haïtienne, des ambassadeurs de l’envergure d’Emile St-Lot, Joseph D. Charles etc…des hommes qui ont fait résonner haut et fort le nom de mon pays.

A quoi assistons-nous de nos jours? A une carence d’intelligences supérieures doublée de la fuite quotidienne et précipitée de tous les hommes de ce pays qui se respectent vraiment, il ne nous reste donc que  les commerçants puisque c’est naturel que le gain dans ces périodes troubles dépasse de loin le profit qu’en temps normal et des malfrats, le vaillant peuple n’étant pas pris en compte. Si naguère l’haïtien se gonflait la poitrine pour clamer son origine, de nos jours, se déclarer haïtien est synonyme d’opprobre et de stigmatisation dans quel que soit le pays où il évolue. Je voudrais continuer à vivre en ermite tant j’ai honte. 

J’estime qu’on a atteint le fond du baril et qu’ avec espoir et persévérance, de la lie dans laquelle nous nous débattons maintenant émergera un soleil radieux porteur de lumière, de paix et d’un projet de redressement qui saura faire l’unanimité parmi toutes les composantes de la nation. Ce souhait est un impératif car il n’est nulle part écrit qu’un peuple devrait être la victime de tous ces mécréants qui en ont pris le contrôle et piller sans conscience et sans réserve toutes ses richesses. Si d’aventure Dessalines, Christophe ressuscitaient, à la simple question: “Qu’avez vous fait de ce pays que nous vous avons légué”. La honte et la honte seulement vous pousserait tous à fuir sans avoir  le courage de lever l’espace d’une seconde la tête devant ces deux aïeux dont vous vous êtes révélés si INDIGNES.

Joseph Harry Bretous
#MAK
Mete Ayiti Kampe

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