16 septembre 2026
Dr Lorquet | Voyage & Culture : de Fribourg à Payerne, six siècles de patrimoine suisse et une réflexion sur l’avenir d’Haïti
Actualités Culture Société Travel

Dr Lorquet | Voyage & Culture : de Fribourg à Payerne, six siècles de patrimoine suisse et une réflexion sur l’avenir d’Haïti

Récit de voyage/ Belgique

Mardi 15 septembre 2026

Fribourg et Payerne : une journée de découvertes, de rencontres et de réflexion

Par : Joël Lorquet, PhD

Le lundi 7 septembre 2026, j’ai quitté Genève pour Fribourg, où j’ai rencontré pour la première fois Joselie Doninion, une partenaire engagée dans des actions de solidarité en faveur d’Haïti. Cette étape m’a permis de découvrir une ville suisse riche de son histoire, de son patrimoine, de son système éducatif et de ses paysages, tout en observant des aspects de la vie quotidienne qui ont nourri ma réflexion sur le développement d’Haïti. J’ai ensuite poursuivi mon voyage vers Payerne, une autre facette de la Suisse, entre agriculture, patrimoine et modernité.

Départ de Genève pour Fribourg

Je devais prendre un train très tôt, vers 7 h 20, pour me rendre à Fribourg, située à environ une heure quarante-cinq de Genève. J’y avais rendez-vous avec Joselie Doninion, une native de Cazale que j’avais découverte à travers les activités de l’Association Haïvoire et avec laquelle j’avais déjà établi des liens dans le cadre des activités de nos organisations respectives.

C’était la première fois que nous allions nous rencontrer en personne. Jusqu’alors, nous avions surtout échangé à distance autour de nos différentes initiatives.

Joselie est originaire de Germain, un quartier situé à proximité de Cazale. Elle avait vécu à Paris, en France, depuis 2010 avant de s’établir en Suisse, il y a environ deux ans, pour rejoindre son mari, M. Arsène Doninion, originaire de Côte d’Ivoire. Ensemble, ils dirigent l’Association Haïvoire, une organisation qui intervient à la fois en Haïti et en Afrique.

L’engagement de l’Association Haïvoire

Avec son mari, Joselie avait créé, en mars 2021, l’Association Haïvoire, une organisation humanitaire régie par la loi française de 1901 et basée en France. Sa mission consiste notamment à contribuer à l’épanouissement des enfants en Haïti et en Côte d’Ivoire tout au long de leur parcours scolaire, en cherchant à faire émerger leur potentiel.

L’association reçoit des dons provenant notamment de Paris, des villes environnantes et de particuliers. Il s’agit de livres, de fournitures scolaires, de matériel informatique ou encore de matériel médical. Chaque don vise à répondre à certains besoins des populations bénéficiaires.

Le nom même de l’association, « Haïvoire », traduit cette rencontre entre deux cultures différentes, mais confrontées à certaines difficultés similaires.

Au fil des années, Haïvoire s’est impliquée dans plusieurs projets, notamment dans la construction de bibliothèques et le parrainage d’écoliers, particulièrement en faveur de l’École communautaire de Germain (ECG), à Cazale.

Grâce à son partenaire « lekolmwenlakaymwen », l’association permet également à des jeunes de Cazale de suivre en ligne des formations dans le domaine du numérique : création numérique, développement Web et mobile, programmation Python, entre autres. Ces formations leur donnent la possibilité d’acquérir rapidement des compétences et d’apprendre de petits métiers dans le cadre de cycles courts.

En 2023, Haïvoire avait fait parvenir à la Fondation Lorquet pour une Nouvelle Haïti (FOLONHA) un vidéoprojecteur et une douzaine d’ordinateurs. Ces équipements avaient ensuite été distribués à plusieurs institutions et initiatives de Cazale et des environs : l’École communautaire de Germain, l’école de l’Église de Dieu de Cazale, Radio Cazale, l’École communautaire de Fond-Blancs, l’École La Bonté de Dieu, le Centre culturel communautaire de Cazale (CCCC), ainsi qu’à deux jeunes désireux de démarrer une petite activité commerciale.

En 2024, l’association a également concrétisé un projet d’électrification solaire de l’École communautaire de Germain. Située dans le quartier de Germain, cette école accueille environ 300 élèves, de la maternelle au primaire. L’installation de l’électricité solaire constitue un apport important aussi bien pour les élèves que pour les enseignants. Le projet a été réalisé grâce à l’« Appel à agir » en Seine-Saint-Denis.

Un voyage avec une mission particulière

Je tenais particulièrement à rencontrer Joselie parce qu’elle souhaitait obtenir des exemplaires de mon ouvrage Cazale, un joyau à valoriser et une histoire à vendre. J’avais donc effectué ce long déplacement avec une vingtaine d’exemplaires de mon livre, que je voulais absolument lui remettre.

Cette démarche avait pour moi une signification particulière, car il existe une communauté de Cazaliens en Europe, notamment en France. Mon livre pouvait ainsi contribuer à maintenir un lien entre ces membres de la diaspora et leur terre d’origine.

Le trajet en train entre Genève et Fribourg m’a également offert une belle occasion de découvrir davantage la Suisse. À travers les vitres du train, j’ai pu observer les paysages, les routes qui serpentent entre les montagnes et la configuration géographique du pays. Ce déplacement m’a permis de découvrir de plus près la beauté naturelle de la Suisse, loin des grands centres urbains.

Fribourg, entre Suisse romande et Suisse alémanique

Fribourg est située dans l’ouest de la Suisse et constitue la capitale du canton du même nom. La ville occupe une position particulière, à la frontière culturelle entre la Suisse francophone et la Suisse germanophone. Elle est traversée et entourée par la Sarine, ce qui contribue largement à son caractère pittoresque.

La ville se trouve à environ 610 mètres d’altitude, dans une région de collines et de vallées. La Sarine a profondément marqué sa géographie : la vieille ville s’est développée dans un méandre de la rivière, avec une ville haute et une ville basse reliées par plusieurs ponts.

Le canton de Fribourg couvre une superficie de 1 672,4 km² et s’étend des régions lacustres du nord jusqu’aux Préalpes au sud. Son point culminant est le Vanil Noir, qui atteint 2 389 mètres.

Fribourg bénéficie également d’une situation géographique privilégiée. La ville se trouve sur l’axe ferroviaire Genève-Lausanne-Berne-Zurich et est desservie par l’autoroute A12. Berne est accessible en une vingtaine de minutes en train, tandis que Genève et Zurich se trouvent à environ une heure et demie.

La ville compte environ 40 000 habitants, tandis que le canton en compte plus de 350 000.

L’une des caractéristiques qui m’a particulièrement intéressé est son bilinguisme. Le français et l’allemand sont les deux langues officielles du canton, ce qui fait de Fribourg un véritable pont culturel et linguistique entre la Suisse romande et la Suisse alémanique.

Une importante ville universitaire

Cette particularité linguistique se retrouve également dans le domaine universitaire. L’Université de Fribourg, fondée en 1889, est officiellement bilingue. Plusieurs formations peuvent être suivies en français, en allemand ou dans les deux langues.

L’université accueille environ 10 000 étudiants provenant de plus de 100 pays. Pour une ville d’environ 40 000 habitants, cette présence étudiante est considérable et contribue à donner à Fribourg une atmosphère jeune, intellectuelle et internationale.

L’économie fribourgeoise est également diversifiée. La ville est historiquement un centre de commerce et de services, tandis que le canton développe l’industrie, l’agroalimentaire, les technologies et les activités liées à la bioéconomie.

La promotion économique met notamment l’accent sur la bioéconomie et l’industrie 4.0, cherchant à associer agriculture, sciences, technologies, innovation et développement industriel. Fribourg accueille aussi des entreprises internationales comme Alcon, Cartier, Liebherr, Michelin, Nespresso, Rolex et UCB, auxquelles s’ajoute un important réseau de PME et de start-up.

Une ville chargée d’histoire

Fribourg a été fondée en 1157 par Berthold IV de Zähringen. Son emplacement stratégique sur les rives de la Sarine lui a permis de devenir progressivement un centre commercial et politique important.

Sa vieille ville demeure aujourd’hui l’un de ses principaux attraits. Elle conserve plus de 200 façades gothiques, 11 fontaines médiévales et 14 ponts historiques, auxquels s’ajoutent des remparts, des églises et de nombreux bâtiments anciens remarquablement préservés.

La cathédrale Saint-Nicolas, les quartiers de la ville basse et les nombreux ponts qui enjambent ou surplombent la Sarine constituent quelques-uns des éléments emblématiques du paysage fribourgeois.

Le canton possède également une forte identité touristique et gastronomique. Entre ville, lacs et montagnes, notamment dans les Préalpes fribourgeoises et la région de la Gruyère, il offre une grande diversité de paysages.

La gastronomie occupe elle aussi une place importante dans l’identité régionale, avec le Gruyère AOP, le Vacherin fribourgeois AOP, la cuchaule AOP, les poires à Botzi AOP et la traditionnelle fondue moitié-moitié.

Mon arrivée à Fribourg

Comme prévu, une fois descendu du train, j’ai attendu Joselie devant le Burger King de la gare, à l’endroit qu’elle m’avait indiqué. J’avais toutefois une demi-heure d’avance. J’avais volontairement pris le train précédent afin d’effectuer le trajet de Genève à Fribourg sans arrêt, sans transfert et sans changement de train.

Lorsque Joselie est arrivée, nous avons marché ensemble jusqu’à son bureau, situé au Centre catholique romand de formations en Église, au 11, rue de l’Hôpital, non loin de la gare.

Après m’avoir présenté à son équipe, elle m’a indiqué que nous nous retrouverions à 12 h 30 pour déjeuner. Je disposais donc de quelques heures pour découvrir une partie de la ville.

C’est au cours de cette promenade que je suis tombé sur la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg, la BCU.

À la découverte de la Bibliothèque cantonale et universitaire

Dans cette ville au riche patrimoine intellectuel, la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg occupe une place importante. Fondée le 23 septembre 1848, elle s’est développée au fil des décennies grâce notamment à l’intégration de différentes collections provenant du Collège Saint-Michel et d’institutions religieuses.

Après la création de l’Université de Fribourg en 1889, elle a officiellement pris le nom de Bibliothèque cantonale et universitaire en 1909, renforçant ainsi sa double vocation : servir la communauté universitaire et contribuer à la conservation du patrimoine culturel du canton.

Aujourd’hui, la BCU constitue un important centre de documentation, de recherche et de conservation. Elle possède plus de deux millions de documents imprimés, auxquels s’ajoutent des manuscrits, des photographies, des documents audiovisuels et des ressources numériques. Une partie importante de ces collections est consacrée à Fribourg et à la Suisse.

Au-delà de sa mission universitaire, la BCU est également ouverte au grand public. Elle participe ainsi à la préservation, à la recherche et à la diffusion du patrimoine intellectuel et culturel fribourgeois.

À la rencontre de Christophe Dutoit

Je suis entré dans la bibliothèque et me suis adressé à la réceptionniste, qui m’a orienté vers le service de communication. C’est là que j’ai rencontré M. Christophe Dutoit, responsable de la communication. Il s’est montré très disponible et heureux de me fournir les informations nécessaires sur le fonctionnement et les activités de la bibliothèque.

Je lui ai notamment demandé de me présenter la BCU et ses différentes composantes.

— La BCU est à la fois une bibliothèque universitaire et une bibliothèque généraliste. Nous avons beaucoup de documents, sous différentes formes, notamment des ouvrages imprimés et des documents numériques, m’expliqua-t-il.

Il me précisa que la bibliothèque est liée aux différents domaines de recherche de l’Université de Fribourg et qu’elle acquiert des documents en fonction des besoins de l’université.

La BCU possède une bibliothèque centrale, celle où nous nous trouvions, ainsi que quinze bibliothèques affiliées réparties sur le campus, soit seize bibliothèques au total. Cette organisation répond notamment aux besoins d’une université qui accueille environ 10 000 étudiants.

Interrogé sur le travail des bibliothécaires, Christophe Dutoit m’expliqua que la BCU compte environ 130 collaborateurs exerçant différents métiers.

Selon lui, leurs tâches consistent notamment à acheter les livres, à les cataloguer et à les mettre à la disposition des usagers. La bibliothèque assume donc une multitude de fonctions qui vont bien au-delà de la simple conservation des ouvrages.

Je lui ai également demandé comment la bibliothèque était financée. Sa réponse fut claire : son fonctionnement dépend principalement de l’État. Il existe par ailleurs, de manière générale, des mécanismes publics de soutien à la culture et à la production littéraire, même si ces dispositifs ne sont pas directement liés au fonctionnement de la BCU.

La bibliothèque offre également différents services aux usagers, notamment la photocopie et la numérisation. Certains services de reproduction sont payants. Une ancienne photocopieuse est même conservée à la cave et peut être utilisée notamment pour certains documents imprimés et journaux.

Une bibliothèque qui est aussi un espace culturel

Mon entretien avec Christophe Dutoit m’a également permis de comprendre que la BCU n’est pas uniquement un lieu où l’on vient chercher ou consulter des livres. Elle est aussi un espace culturel vivant.

En tant que responsable de la communication, sa principale mission consiste notamment à organiser et à promouvoir les événements de la bibliothèque.

— Nous organisons des rencontres littéraires, des concerts, des expositions, des conférences et des ateliers. Tout cela est lié à la médiation de la bibliothèque, me précisa-t-il.

Les conférences peuvent réunir des auteurs et des intellectuels provenant de différents horizons. Il peut notamment s’agir d’auteurs francophones ou canadiens. Mais Christophe Dutoit me fit remarquer que faire venir des intervenants d’outre-Atlantique représente naturellement des coûts importants.

L’accès et l’utilisation de la bibliothèque sont, quant à eux, gratuits pour les membres.

Cette dimension culturelle m’a particulièrement intéressé. Je découvrais une bibliothèque qui ne se contente pas de conserver des ouvrages, mais qui cherche aussi à rapprocher les lecteurs, les étudiants, les chercheurs et le public de la littérature, des arts et de la réflexion intellectuelle.

Une bibliothèque rénovée après six années de fermeture

Une exposition était présentée dans la bibliothèque au moment de ma visite. L’établissement venait de rouvrir ses portes après six années de travaux.

Cette longue fermeture m’a naturellement intrigué. Christophe Dutoit m’expliqua que le bâtiment avait été entièrement rénové et agrandi. Pendant les travaux, la bibliothèque avait fonctionné dans un site délocalisé en ville, beaucoup plus petit et provisoire.

Le bâtiment que je découvrais était donc le résultat d’un vaste projet de transformation et de modernisation.

L’année suivante, la BCU devait également présenter de grandes expositions consacrées à l’astrophotographie. La bibliothèque souhaitait ainsi participer à un mouvement de portée mondiale autour de cette discipline.

Le regard d’une ancienne étudiante sur la rénovation

Alors que je visitais les nouveaux espaces de la bibliothèque, j’ai engagé la conversation avec Géraldine Van Rijs, qui m’a expliqué qu’elle était architecte d’intérieur et conseillère dans le domaine immobilier. Elle connaissait particulièrement bien cette bibliothèque, qu’elle avait fréquentée lorsqu’elle était plus jeune.

Je lui ai demandé ce qu’elle pensait de la rénovation du bâtiment et de la manière dont les responsables avaient choisi de transformer les lieux.

Elle me répondit que le projet était particulièrement intéressant parce qu’il ne consistait pas simplement à démolir l’ancien bâtiment pour en construire un nouveau. Une partie de l’édifice était ancienne et nécessitait d’importants travaux, mais l’objectif avait été de réhabiliter ce qui pouvait encore l’être, de renforcer les structures existantes et d’agrandir l’ensemble.

— Tout détruire et reconstruire ? Non. Je pense qu’il y a moyen de réparer sans être obligé de tout détruire, m’expliqua-t-elle.

Selon elle, certaines parties de l’ancien bâtiment étaient particulièrement précieuses et méritaient absolument d’être conservées. Elle considérait notamment certains éléments de l’ancienne construction comme de véritables bijoux architecturaux qu’il aurait été dommage de faire disparaître.

Elle estimait que la combinaison de l’ancien et du nouveau constituait justement l’une des forces du projet. Une partie du bâtiment a été conservée et réhabilitée, tandis qu’une nouvelle partie a été construite. Cette association permet, selon elle, de respecter l’histoire de l’édifice tout en lui donnant une nouvelle vie.

— Ce qui est important, c’est de conserver ce qui est encore solide, de renforcer le bâtiment et de faire une combinaison entre l’ancien et le nouveau. C’est cela qui donne une véritable force au projet, précisa-t-elle.

Elle remarquait également que cette volonté de créer un dialogue entre le passé et le présent se retrouvait dans l’aspect extérieur du bâtiment. Même la nouvelle couleur de la façade participe, selon elle, à son intégration dans le paysage urbain.

Pour Géraldine Van Rijs, la rénovation ne devait donc pas seulement être considérée comme un projet architectural. Elle devait également permettre au bâtiment de conserver son identité et son histoire.

Une bibliothèque au cœur de la vie universitaire

Géraldine m’expliqua qu’elle avait elle-même fréquenté cette bibliothèque à plusieurs reprises lorsqu’elle était plus jeune. Ayant une formation dans le domaine de l’enseignement professionnel et ayant connu le milieu universitaire, elle mesure l’importance que peut avoir une bibliothèque pour les étudiants et les chercheurs.

Elle considère que la rénovation constitue une excellente chose pour la vie intellectuelle et universitaire de Fribourg.

La bibliothèque bénéficie en outre d’un emplacement particulièrement intéressant. Le collège se trouve à proximité, l’université est également toute proche et les établissements de formation professionnelle ne sont pas très éloignés.

Selon elle, la bibliothèque constitue donc un véritable point d’ancrage pour les étudiants et pour l’ensemble de la communauté éducative.

Elle insiste aussi sur l’importance de disposer d’un bâtiment agréable et fonctionnel. Une bibliothèque ne doit pas seulement être un lieu où l’on conserve des livres : elle doit être un espace dans lequel les étudiants, les chercheurs et les autres usagers ont envie de travailler, de lire, de faire des recherches et de revenir régulièrement.

Préserver l’histoire tout en préparant l’avenir

Au cours de notre conversation, Géraldine m’a également expliqué qu’elle-même s’intéressait beaucoup aux bâtiments et qu’elle effectuait des recherches dans ce domaine. C’est pourquoi elle se disait particulièrement satisfaite de voir cette rénovation réalisée de cette manière.

Elle estimait que l’histoire du bâtiment devait rester visible dans la nouvelle construction. Pour elle, rénover ne signifie pas effacer le passé, mais plutôt lui permettre de continuer à vivre dans un environnement adapté aux besoins actuels.

Je lui ai alors demandé si elle pensait que cette bibliothèque pourrait encore rester longtemps un lieu important pour les générations futures.

Elle répondit par l’affirmative. À ses yeux, le bâtiment possède désormais de meilleures conditions pour traverser le temps et continuer à jouer son rôle dans la société.

Elle considère qu’une bibliothèque participe à la vie culturelle et intellectuelle d’une communauté. Elle représente non seulement un lieu consacré aux livres et à la recherche, mais aussi un espace qui témoigne de l’évolution d’une société, de sa culture et de sa civilisation.

Son raisonnement m’a particulièrement intéressé. En voyageant, je m’attache souvent à observer la manière dont les sociétés préservent leur patrimoine tout en construisant leur avenir. À Fribourg, cette bibliothèque rénovée m’a justement donné l’occasion de constater qu’il est possible de moderniser un édifice sans nécessairement effacer son histoire.

L’ancien et le nouveau peuvent ainsi coexister, non pas comme deux éléments opposés, mais comme les deux composantes d’un même projet : préserver la mémoire du lieu tout en lui donnant les moyens de continuer à servir les générations futures.

À la sortie du Centre d’orientation du Belluard

En poursuivant ma promenade, vers 11 h 50, j’ai aperçu de nombreux élèves qui sortaient du Centre d’orientation du Belluard.

Cet établissement accompagne principalement les élèves du Cycle d’orientation du Belluard dans leurs choix scolaires et professionnels. Il les aide à réfléchir à leur avenir, à choisir une formation ou une profession et à préparer leur transition après la scolarité obligatoire.

Ses services comprennent notamment des entretiens individuels, des tests d’intérêts et d’aptitudes, des informations sur les métiers et les formations, l’aide à la recherche d’une place d’apprentissage, ainsi que la préparation aux stages et aux entretiens d’embauche.

Ce qui m’a surtout frappé, ce fut le calme des élèves. Ils marchaient tranquillement dans les rues. Il s’agissait d’une école mixte et je ne remarquai pas beaucoup de bruit. J’observai également de nombreuses motocyclettes stationnées aux alentours de l’établissement.

Cette scène de la vie quotidienne me donna une première impression de la discipline et du calme qui caractérisent, à mes yeux, une partie de la jeunesse suisse.

Déjeuner à l’Université de Fribourg

Il était bientôt midi et demi, l’heure de mon rendez-vous avec Joselie. Je suis donc retourné à son bureau afin que nous puissions aller déjeuner ensemble.

Nous nous sommes rendus juste en face, sur le campus de l’Université de Fribourg, au site de Miséricorde, où se trouve une cafétéria universitaire.

J’ai été surpris de constater qu’il n’était pas nécessaire de posséder une carte particulière pour y prendre un repas. Les étudiants disposent d’une carte de membre qui leur permet de bénéficier d’un prix spécial, mais les visiteurs, les touristes ou toute autre personne peuvent également y déjeuner, moyennant un tarif plus élevé.

C’est ainsi que Joselie et moi avons pris notre lunch ensemble.

Le Musée d’art et d’histoire de Fribourg

Après le déjeuner, je suis allé au Musée d’art et d’histoire de Fribourg.

Le Musée d’art et d’histoire de Fribourg, connu sous le sigle MAHF, est l’un des principaux musées consacrés au patrimoine artistique et historique du canton. Ses origines remontent à 1774 et il s’est développé au fil du temps. Depuis 1922, il est notamment installé dans l’Hôtel Ratzé, un édifice Renaissance, ainsi que dans un ancien abattoir.

Le musée présente près de mille ans d’art et d’histoire fribourgeois, avec des collections d’archéologie, de sculpture, de peinture, d’orfèvrerie, d’arts décoratifs et différents objets témoignant de la vie politique et culturelle de la région.

On y trouve notamment des œuvres de Marcello, nom d’artiste d’Adèle d’Affry, ainsi que des œuvres de Jean Tinguely et de Niki de Saint Phalle, sans oublier des sculptures médiévales et des œuvres de la Renaissance.

Malheureusement, le musée était fermé ce lundi. Comme cela arrive dans plusieurs endroits en Europe, notamment dans certains restaurants et établissements culturels, le lundi n’est pas toujours le meilleur jour pour une visite. Je n’ai donc pas pu découvrir l’intérieur du musée.

J’ai néanmoins pu admirer les cinq sculptures installées dans la cour. Même sans avoir accès aux salles d’exposition, cette première découverte extérieure m’a permis d’avoir un aperçu du riche patrimoine artistique de Fribourg.

Un pont spectaculaire au-dessus du relief

À partir du Musée d’art et d’histoire, j’ai également pu admirer un ouvrage d’art particulièrement impressionnant : le Pont du Gottéron.

Très élevé, il franchit le vallon du même nom à environ 80 mètres de hauteur. Construit au cœur du relief montagneux, il donne l’impression de se frayer un passage au-dessus de la montagne.

Ce pont permet de réduire considérablement les détours imposés par le relief et de relier plus rapidement plusieurs localités. Sa conception et son intégration dans le paysage m’ont impressionné.

J’y ai vu une illustration de la manière dont la Suisse a su adapter ses infrastructures aux contraintes de son environnement naturel. Là où la montagne aurait pu constituer un obstacle, les ingénieurs ont trouvé le moyen de créer un passage spectaculaire.

Quelques observations sur la vie quotidienne

Au cours de mes déplacements dans Fribourg, j’ai également été attentif à la vie quotidienne. J’ai trouvé les habitants particulièrement gentils. Les enfants vous saluent spontanément d’un « Bonjour ! », tandis que les conducteurs m’ont semblé très courtois.

J’ai aussi remarqué la présence de nombreuses marques de véhicules dans les rues, notamment Opel, Dacia, Subaru, Fiat, Skoda, Renault et Volkswagen.

Ces petits détails, qui peuvent paraître insignifiants, font pourtant partie de ce que j’aime observer lorsque je voyage. Ils me permettent de mieux comprendre une société non seulement à travers ses monuments et ses institutions, mais aussi à travers les gestes simples de la vie quotidienne.

À la découverte de la Tour du Belluard, six siècles de mémoire au cœur de Fribourg

Poursuivant ma découverte du patrimoine historique de Fribourg, je me suis intéressé à la Tour du Belluard, l’un des éléments du système de fortifications de la ville. Sur place, j’ai rencontré Sébastien, qui a accepté de m’expliquer l’histoire et la fonction de cet impressionnant monument.

— Sébastien, bonsoir. Que pouvez-vous nous dire de cet endroit historique vraiment extraordinaire où nous nous trouvons aujourd’hui ?

Sébastien m’expliqua que la Tour du Belluard fait partie intégrante du système de fortification de la ville de Fribourg, ancienne « ville libre » fondée par les Zähringen, la même famille qui est à l’origine de la fondation de Berne.

La tour appartenait donc à un vaste réseau défensif destiné à protéger la cité. Selon Sébastien, elle a également été utilisée comme caserne et a occupé une place importante dans l’histoire de Fribourg. Dans la mémoire collective de la ville, elle est notamment associée aux procès en sorcellerie qui se sont multipliés aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle aurait été l’un des lieux où les personnes accusées de sorcellerie étaient exécutées. Le site était également associé à l’exercice de la justice.

Sébastien me précisa que la Tour du Belluard constitue l’un des points de départ d’un véritable circuit des fortifications. En quittant le site, il est possible de suivre un parcours qui fait progressivement le tour de la ville. Fribourg étant une cité fortifiée, ces ouvrages défensifs ont joué un rôle important dans son histoire, notamment en raison de sa position sur les voies commerciales reliant Berne et les territoires du Saint-Empire.

Un monument authentique et protégé

Je voulais ensuite savoir si les éléments que j’avais devant moi étaient réellement d’époque ou s’ils avaient été fortement restaurés.

— Ce que nous voyons ici est-il authentique ? Est-ce vraiment d’époque ?

La réponse de Sébastien fut affirmative. Il m’expliqua que la construction n’avait pas été profondément transformée et que les pierres visibles étaient authentiques. Il s’agit notamment de la molasse, une pierre largement utilisée dans les constructions anciennes de Fribourg et de Berne. Dans les vieilles villes de ces deux cités, on retrouve cette même pierre dans de nombreuses constructions et fortifications.

Le monument a été construit en plusieurs étapes, mais ses éléments historiques ont été conservés. Il bénéficie aujourd’hui d’une protection patrimoniale.

En évoquant son ancienneté, j’ai demandé si l’on pouvait parler d’environ six siècles d’existence. Sébastien confirma que nous étions bien dans cette période, en précisant que certaines parties avaient été construites ou complétées à des époques différentes, notamment aux XVe et XVIe siècles.

Un lieu toujours vivant

La Tour du Belluard n’est pas seulement un vestige du passé. Elle continue d’attirer les visiteurs et de participer à la vie culturelle de Fribourg.

Sébastien m’expliqua que le site constitue l’un des lieux de passage appréciés des touristes, au même titre que la basilique et la vieille ville. La préservation de ce patrimoine ne signifie donc pas qu’il soit figé ou inaccessible.

— Et vous comptez continuer à préserver ce patrimoine ?

Sébastien me répondit que la conservation de ces lieux historiques faisait pleinement partie des préoccupations de la ville. Le monument est régulièrement intégré à des visites, à des circuits touristiques et à diverses manifestations culturelles.

Il me cita notamment le Celtic Bell Festival, organisé récemment sur le site. La salle peut également accueillir d’autres manifestations, tandis qu’un cinéma en plein air y est organisé pendant l’été.

L’objectif de la ville de Fribourg est donc de rendre ce monument historique à la fois accessible et vivant, afin que la population et les visiteurs puissent continuer à se l’approprier.

Après cet échange, je remerciai Sébastien pour ses explications. Mais ma curiosité n’était pas encore satisfaite. Je voulais voir de plus près ce monument qui témoigne de plusieurs siècles d’histoire.

Six siècles sous mes yeux

Sébastien m’autorisa à monter les escaliers de la tour. Je commençai alors à gravir ces marches anciennes, avec le sentiment de remonter véritablement le temps.

En avançant à l’intérieur de la tour, je ne pouvais m’empêcher de penser à son ancienneté. Nous étions face à des éléments qui avaient traversé plusieurs siècles. Les murs, les pierres, le bois, le plancher : tout semblait porter la marque du temps tout en ayant conservé son authenticité.

Je me suis alors dit que je vivais un moment exceptionnel : visiter, à 62 ans, un lieu vieux de quelque six siècles, soit près de six cents ans d’histoire avant ma naissance.

C’était pour moi bien plus qu’une simple visite touristique. C’était une véritable expérience de mémoire.

Je pensais également à l’histoire d’Haïti. À l’époque où ces constructions étaient déjà là, l’Europe traversait de grandes transformations historiques et, quelques années plus tard, Christophe Colomb allait atteindre les Caraïbes en 1492. Cette continuité historique m’impressionnait profondément.

La préservation comme devoir de mémoire

En observant ces éléments anciens, je me suis surtout interrogé sur la manière dont les Suisses ont su conserver une partie de leur patrimoine.

Ici, l’histoire n’est pas seulement racontée dans les livres. Elle est visible, tangible. On peut toucher les pierres, monter les escaliers, observer les planchers et parcourir des espaces qui ont traversé plusieurs générations.

La Tour du Belluard me donnait ainsi le sentiment d’être devant un véritable devoir de mémoire. Préserver ces monuments permet aux générations actuelles de vivre concrètement une partie de l’histoire de leur pays.

Cette expérience m’a naturellement amené à réfléchir à la situation haïtienne. Chez nous, trop de bâtiments, d’hôpitaux, de bibliothèques et d’autres infrastructures ont été détruits ou dégradés, parfois dans un contexte de violence et d’instabilité. Ici, au contraire, je constatais un effort manifeste pour conserver les traces du passé et les transmettre aux générations futures.

Ce contraste m’a profondément marqué.

Des matériaux qui traversent les siècles

En redescendant, je continuais à observer la maçonnerie, les pierres et les éléments en bois. Certains matériaux utilisés autrefois ont démontré une étonnante résistance au temps.

Comme le soulignait Sébastien, les constructions anciennes reposaient sur des matériaux solides. Le bois, notamment, lorsqu’il est correctement utilisé et entretenu, peut résister pendant des siècles aux intempéries.

Je regardais le plancher, les murs et les escaliers avec étonnement. Six cents ans, ce n’est pas six cents jours. Ce sont six siècles.

Et pourtant, ces éléments sont encore là, suffisamment bien conservés pour permettre aujourd’hui aux habitants comme aux touristes de les découvrir.

Retour à la réalité de 2026

Après cette plongée dans plusieurs siècles d’histoire, je redescendis finalement les escaliers. Je venais de passer, en quelque sorte, de 2026 à une époque vieille de six siècles avant de revenir progressivement à notre présent.

En quittant la tour, je me suis dit que cette expérience constituait l’un des moments les plus marquants de mon séjour à Fribourg. Elle m’a permis de mesurer concrètement la valeur de la conservation du patrimoine et l’importance de transmettre l’histoire aux générations futures.

La Tour du Belluard n’est donc pas seulement une ancienne construction militaire. Elle est aussi un témoin du passé, un lieu de mémoire et, aujourd’hui encore, un espace vivant au cœur de Fribourg.

En redescendant vers la ville moderne, j’avais véritablement le sentiment de retourner à la réalité de 2026 après avoir parcouru six siècles d’histoire.

De Fribourg à Payerne

Vers 15 heures, il était temps de quitter Fribourg. Je suis parti en compagnie de Mme Doninion en direction de Payerne.

Joselie m’a fait découvrir les localités et les paysages situés au nord de Fribourg. Au fur et à mesure que nous avancions, je regardais attentivement le paysage.

Une chose m’a particulièrement frappé : cette région me paraissait curieusement ressembler à Cazale.

Je me suis alors pris à imaginer ce qu’aurait pu devenir cette petite ville haïtienne si elle avait bénéficié d’une modernisation comparable à celle que j’observais autour de moi. Je me suis dit qu’avec un leadership éclairé, Haïti aurait peut-être pu offrir des paysages urbains et ruraux ressemblant davantage à ceux de la Suisse, avec des villages bien aménagés au milieu des montagnes.

Cette comparaison entre Cazale et les paysages suisses a nourri en moi une réflexion plus large sur le développement, l’aménagement du territoire et surtout sur le rôle du leadership dans la transformation d’un pays.

Payerne, entre agriculture et modernité

Payerne est une commune du canton de Vaud, située dans la région de la Broye. Cette petite ville d’environ 10 000 habitants constitue un centre régional au cœur d’une zone à vocation agricole. Elle bénéficie d’une situation géographique privilégiée, entre Lausanne, Fribourg et Neuchâtel, et est bien desservie par les réseaux ferroviaire et routier.

Payerne est surtout connue pour son riche patrimoine historique et religieux. Son monument le plus remarquable est l’abbatiale de Payerne, magnifique édifice roman construit à partir du XIe siècle. Ancienne abbaye clunisienne, elle témoigne de l’importance religieuse, culturelle et politique que la ville a connue au Moyen Âge.

Aujourd’hui, ce patrimoine constitue l’une des principales attractions de Payerne et rappelle les profondes racines historiques de la région.

Mais Payerne ne vit pas uniquement de son passé. L’agriculture demeure importante dans son économie et façonne largement les paysages environnants. La ville possède également des activités commerciales, artisanales et industrielles.

Elle est par ailleurs connue pour son aérodrome militaire, qui abrite une importante base des Forces aériennes suisses et contribue fortement à son identité contemporaine.

Payerne m’est ainsi apparue comme une ville où se rencontrent histoire, patrimoine religieux, agriculture, activités économiques et technologies modernes. Entre son abbatiale millénaire et son rôle dans l’aviation suisse, elle illustre, à mes yeux, la manière dont une petite ville peut préserver son héritage tout en participant pleinement à la vie moderne du pays.

Mes réflexions sur la société suisse

Au cours de cette étape, j’ai aussi recueilli différentes impressions sur la manière dont vivent et travaillent les Suisses. À Payerne, j’ai notamment entendu évoquer une société où les agriculteurs, les éleveurs, les chefs d’entreprise, les banquiers, les médecins et d’autres professionnels occupent une place importante dans l’économie.

J’ai également été frappé par la manière dont le territoire est aménagé. La Suisse est entourée de nombreux lacs et cours d’eau, tandis que les routes et les infrastructures ont été développées jusque dans les régions montagneuses. Partout, j’ai eu l’impression d’un pays où l’aménagement du territoire tient compte du relief et cherche à rendre les différentes régions accessibles.

La Suisse est aussi réputée pour la propreté de ses villes et de ses espaces publics. Au cours de mon voyage, cette impression de propreté et d’organisation revenait régulièrement dans mes observations.

Enfin, au cours de mes conversations, j’ai entendu différentes explications concernant l’organisation du travail en Suisse, notamment l’idée que certaines personnes travaillent un nombre limité de jours tout en pouvant exercer plusieurs activités professionnelles ou travailler davantage selon les accords conclus avec leur employeur.

Je retiens surtout de ces observations que le modèle suisse ne repose pas uniquement sur les paysages magnifiques que j’ai découverts au cours de ce voyage. Il repose aussi sur une organisation sociale, économique et territoriale qui m’a conduit, une fois de plus, à réfléchir aux possibilités de développement de mon propre pays.

De Genève à Fribourg, puis de Fribourg à Payerne, cette journée aura donc été bien plus qu’une simple étape touristique. Elle m’a permis de retrouver une compatriote engagée en faveur de Cazale, de découvrir le fonctionnement d’institutions suisses, d’observer la vie quotidienne et le patrimoine de plusieurs villes, mais surtout de comparer, dans ma propre réflexion de voyageur et de journaliste, ce que je voyais en Suisse avec ce que j’aimerais voir un jour en Haïti.

Joël Lorquet, PhD

Payerne : une journée de découvertes, de rencontres et de réflexion

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.