L’ENAF NE RECRUTE PLUS, COUP DE MASSUE POUR DES CENTAINES DE JEUNES, MAIS PLUS ENCORE…
Lundi 19 août 2019 ((rezonodwes.com))– L’ENAF est l’unique école de formation et de perfectionnement du Ministère de l’Economie et des Finances fondée par décret pris en décembre 1978. Elle a pour mission principale de former des cadres pour l’administration publique dans le domaine des finances publiques. Depuis sa fondation, des centaines de cadres ont été formés et ont servi le pays a différent niveau.
S’il est vrai que la qualité de la formation dispensée au niveau de la seule école de formation en finances publiques du pays laisse à désirer au fil des ans, l’Ecole Nationale D’Administration Financière (ENAF) reste pour un nombre important de jeunes diplômés haïtiens le seul moyen d’intégrer dignement l’administration publique et d’y faire carrière.
Au terme d’un processus de recrutement en trois étapes, les admis.es à l’ENAF devaient suivre une formation de 2 années avant d’intégrer l’administration publique avec le titre de techniciens en finances publiques. C’était une grande opportunité pour de jeunes universitaires diplômés de non seulement échapper aux conséquences désastreuses du chômage mais aussi de décrocher un diplôme spécialisé en administration financière. Ils sont légions ceux et celles qui ont suivit ce cheminement et qui ont valablement servi la république pendant des dizaines d’années.
Aujourd’hui cette opportunité que beaucoup a pu saisir pour accomplir un rêve de mobilité sociale et de servir leur pays n’existe plus. Car, nos décideurs ont jugé nécessaire de surseoir sur les allocations indispensables au fonctionnement de l’ENAF. Cette décision est reçue comme un coup de massue par des milliers de jeunes diplômés qui commençaient déjà la préparation du concours d’entrée pour cette année. De plus, elle met un frein à des espoirs d’avancements et de promotions pour ceux et celles qui sont déjà dans l’administration qui savaient profiter de cette formation pour se perfectionner et mieux suivre un plan de carrière.
On doit admettre que nos décideurs politiques n’ont jamais fait de la formation des agents publics une priorité. Certains avaient même mis en cause à plusieurs reprises l’importance et l’opportunité de cette école. Mais c’est compréhensible parce que l’éducation et la formation en général sont loin d’être les priorités de nos gouvernants. Il suffit de jeter un coup d’œil dans nos différents budgets.
La décision de l’actuelle administration de ne plus financer le fonctionnement de l’unique école spécialisée en finances publiques du pays, traduit une fois de plus de la volonté de ceux et celles qui nous dirigent de plonger le pays dans les catacombes de l’histoire où l’incompétence, le clientélisme et le favoritisme seraient la clef de la réussite. Comment expliquer la fermeture de l’ENAF alors que nos dirigeants prônent la réforme de l’Etat, de la gouvernance publique et des finances publiques ?
L’ENAF est une école qui, depuis sa réouverture en 2005[1] a formé des centaines de cadres qui continuent malgré les difficultés à fournir des services de qualités aux usagers de la fonction publique et surtout à faire la différence parmi d’autres fonctionnaires. La suppression ou la mise en veilleuse de l’ENAF signifie pardessus tout, la fin de toute une ère. Celle où il était possible pour quelqu’un d’intégrer l’administration publique avec ses seules compétences et capacités, sans avoir besoin de favoritisme ni de clientélisme politique. C’est là, ma plus grande préoccupation. Pour cela, je veux m’adresser à ceux qui ont le pouvoir de décider sur le sort de cette école.
Etes-vous conscients, que derrière l’envie de servir ce pays, se cachent des milliers de jeunes étudiants.es détenteurs (trice) d’une licence ou d’un diplôme universitaire qui ont le sens du sacrifice mais qui n’arrivent pas à trouver un emploi parce qu’ils n’ont pas un parlementaire, un ministre, un DG… à qui s’adresser et qui, en retour les utiliseraient comme des instruments, sans conviction ni éthique pour piller et perpétuer la corruption au sein de l’Etat ? Êtes-vous conscients que l’ENAF est plus qu’une école ?
Êtes-vous conscients qu’elle soit, en autre, un outil de lutte contre le maintien d’un statu quo sociale, dans une société marginalisée où l’origine sociale de quelqu’un peut-être un critère de recrutement ? Saviez-vous que grâce à l’ENAF, on n’était pas obligé d’être le fils ou neveu d’un directeur général pour intégrer l’Administration Publique, comme c’était la règle jadis ? Êtes-vous conscients que la fermeture de l’ENAF est un acte de renforcement des inégalités sociales dans le pays et toucherait malheureusement ceux et celles qui ont consacré des années d’études au terme de longs sacrifices dans un pays tellement difficile ? Je vous laisse trouver vous-même les réponses.
Je suis conscient que l’impartialité du processus de concours d’admission de l’ENAFpeut déranger et même nuire à certains politiques de ce pays. Alors, je rappelle que sa création visait justement à combattre le favoritisme et le népotisme dans l’administration publique haïtienne. Elle visait donc à prioriser la compétence, l’effort, le travail et le sens du service public qui sont des valeurs républicaines prônées à l’ENAF. Voilà pourquoi elle ne devrait pas succomber à nos magouilles politiciennes.
En effet, le sens même de la création de l’ENAF réside dans le fait qu’elle constitue un pont qui permet à des jeunes universitaires de n’importe quelle origine sociale de, non seulement participer à la réforme et à l’assainissement des finances publiques, mais aussi de recevoir une formation pratique les permettant d’appréhender des notions fondamentales et de développer des compétences indispensables pour une administration publique efficace. De plus, l’ENAF a fait de ces diplômés des êtres conscients du sens du service et de l’intérêt collectif.
Donc, l’ouverture de cette école aux fils et filles d’ouvriers, de commerçants, d’artisans, chômeurs…et son processus de recrutement basé sur le principe de la méritocratie ne vaut pas la peine de subir un tel sort. La diminution des ressources de l’Etat qu’on pourrait brandir pour expliquer la fermeture cette école, à contrario, devrait vous alerter sur un dysfonctionnement dans notre système de collecte et de dépenses de fonds publics, qui sont en autres les principales attributions des gradués de l’ENAF dans l’administration publique.
En guise de riposte contre fermeture provisoire ou définitive des portes de l’ENAF et la destruction du rêve de centaines de jeunes sortant de différents centres universitaires du pays, il incombe à nous tous, ENAFiens (iennes) ou pas, d’unir nos voix pour empêcher au gouvernement en place de mettre à exécution ce plan macabre qui, de toute évidence ferait plus de tort que bien au pays. Nous devons donc unir nos voix pour dire non et que nos pseudos dirigeants arrivent au plafonnement des actes qui détruisent l’avenir des jeunes de ce pays.
Les répercussions d’une telle décision ne concerneront pas uniquement les victimes directes (les milliers de jeunes fraichement sortis d’universitaires, les cadres intermédiaires du MEF) mais bien évidemment toute la société haïtienne de par ses implications directes et indirectes. L’imagination défaillante de nos décideurs conjuguée à la vindicte démagogique de certains hauts fonctionnaires qui militent à la fermeture de l’ENAF risque de provoquer un resurgissement des nominations de type partisan où l’accointance politique surpasserait toute forme de compétences et de méritocraties.
Le drame est là, le danger est imminant. Lorsque la formation, l’effort récompensé représente une menace pour certains et la fermeture de l’unique école de formation supérieure en administration financière du pays serait la solution à une question de contrainte budgétaire. Alors qu’on sait comment de manière incontrôlée les maigres ressources de l’Etat continuent d’être dilapider dans nos différentes institutions publiques. Cette décision traduit, une fois de plus, le dérèglement d’une société corrompue entièrement axée sur le caprice des uns, la mauvaise foi des autres et des décisions totalement disproportionnées au plus haut niveau de l’Etat.
Le drame est là, lorsque l’ignorance est tellement profonde et grandissante que la lumière représente un danger pour ceux qui dirigent. Nous devons stopper l’hémorragie avant qu’il ne soit trop tard. Le véritable drame est là, lorsque le savoir se fait exiler par l’ignorance. Qui peut donc nous assurer si ce n’est nous-mêmes, au regard de la splendide imbécilité de cette classe politique, de leur sublime ignorance et de leur parfaite étroitesse d’esprit ? Qui peut nous garantir que prochainement ils n’annonceront pas la fermeture de lycées, d’universités publiques ? Ils s’attaqueront peut-être à tout espace de propagation de savoir qui peut ébranler leur petitesse d’esprit par la formation d’hommes et de femmes non vouées à la défense de leurs politiques malsaines. Qui donc peut nous assurer qu’ils ne retourneront pas aux agissements identiques à ceux de notre ancien président Jean-Pierre Boyer ?
En terminant ce texte, je suis amer et sceptique à la fois. Je suis amer, pour toutes les raisons que vous pouvez imaginer. Je suis sceptique du sort que l’avenir va réserver à ces centaines de jeunes universitaires diplômés qui pensaient encore pouvoir donner un sens à leur vie dans un pays économiquement compliqué en intégrant l’ENAF. Mais, qui vont devoir continuer leurs périples vers l’inconnu par la faute de dirigeants faibles d’esprits qui décident que pour satisfaire leurs egos. Je vous appelle à les arrêter.
Hands P. LOUIS.
[1] L’Ecole avait été fermée mais a été réouverte en 2005 sous le gouvernement de transition BONIFACE-LATORTUE


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