11 octobre 2026
Elections 2026 mortes-nées | Fils-Aimé a promis, le pouvoir n’a pas livré : ses jours sont-ils désormais comptés ?
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Elections 2026 mortes-nées | Fils-Aimé a promis, le pouvoir n’a pas livré : ses jours sont-ils désormais comptés ?

L’Edito du Rezo

Janvier 2027 : une nouvelle rentrée parlementaire sacrifiée sur l’autel des promesses électorales ?

Alix Didier Fils-Aimé avait reçu une mission de transition, non un blanc-seing pour gouverner indéfiniment. Le 7 février 2026, devant la nation, il avait réaffirmé son engagement à rétablir la sécurité et à conduire Haïti vers des élections. Puis vint le 13 décembre 2026, date annoncée pour le premier tour des scrutins présidentiel et législatifs. Mais les promesses se sont accumulées, les décrets se sont succédé et le calendrier a fini par perdre sa substance. Le 6 octobre, le Conseil électoral provisoire reportait la campagne et renvoyait à plus tard la publication d’un calendrier actualisé. Après tant de discours, où sont les résultats ? L’échec de l’échéance initiale expose le pouvoir à une responsabilité politique qu’aucune opération de communication ne saurait effacer.

La diplomatie haïtienne avait pourtant internationalisé cette promesse. Le 20 juillet 2026, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la ministre des Affaires étrangères, Raina Forbin, affirmait que sept départements sur dix étaient prêts à accueillir les opérations électorales. Le 25 septembre, à la tribune de l’Assemblée générale, Fils-Aimé promettait encore une sortie de transition par les urnes, sans toutefois rappeler explicitement la date du 13 décembre. Quelle crédibilité accorder désormais à ces engagements ?

De juin à octobre 2026, trois moutures successives du décret électoral auront témoigné de l’agitation normative de l’Exécutif, sans qu’aucune consultation populaire ait encore consacré ses engagements. À force de réécrire les règles du scrutin, le pouvoir risque de transformer le droit électoral en instrument de prorogation politique. L’inflation décrétale ne confère aucune légitimité démocratique : la souveraineté populaire ne se décrète pas, elle s’exerce dans les urnes.

Et janvier 2027 ? Qui siégera au Parlement pour l’ouverture constitutionnelle de la nouvelle année législative ? Le 11 janvier 2027, deuxième lundi du mois, devrait marquer l’ouverture de la première session parlementaire, conformément aux articles 92.1 et 92.2 de la Constitution. Cette rentrée signifie concrètement la présence de députés élus, capables de légiférer, de voter le budget national et d’exercer un contrôle sur l’action gouvernementale, aux côtés du Sénat. Or, faute d’élections législatives achevées et de résultats validés à cette date, aucun nouveau député ne pourra prendre possession de son siège : pas de séance inaugurale de la Chambre, pas de débats parlementaires, pas de contrôle législatif sur l’Exécutif.

Dommage ! Dommage ! Haïti entamera ainsi une nouvelle année privée de l’une des institutions fondamentales de la démocratie représentative. Un gouvernement sans contrepoids parlementaire, une souveraineté populaire sans représentation effective, une transition sans échéance assurée : comment Alix Didier Fils-Aimé pourrait-il justifier politiquement la prolongation de son pouvoir après avoir promis de restituer au peuple, par les urnes, le droit de choisir ses dirigeants ?

Mais cette faillite institutionnelle dépasse la personne de Fils-Aimé. Comment Haïti en est-il arrivé, près de quarante ans après l’adoption de la Constitution de 1987, à dépendre encore de conseils électoraux provisoires et de gouvernements de transition ? L’article 191 prévoyait déjà un Conseil électoral permanent, tandis que les amendements constitutionnels publiés en 2012 ont institué, à l’article 190 bis, un Conseil constitutionnel, compétent notamment pour contrôler la constitutionnalité des lois et des actes de l’Exécutif. Ces mécanismes n’ont jamais atteint leur pleine effectivité. Voilà une interrogation de fond : pourquoi multiplier les projets de nouvelle Constitution lorsque les institutions prévues par l’ordre constitutionnel existant demeurent inachevées ?

La pérennité de la République ne procède ni de la multiplication des décrets ni des révisions constitutionnelles de circonstance, mais de la force obligatoire de ses lois, de l’effectivité de ses institutions et de l’assujettissement sans exception des gouvernants à l’ordre constitutionnel. Une Constitution perpétuellement réécrite, mais jamais pleinement appliquée, devient le témoignage de l’impuissance de l’État à respecter ses propres fondements juridiques.

Désormais, la contestation du gouvernement prend une dimension politique organisée. Les 8 et 9 octobre 2026, à l’hôtel Kinam de Pétion-Ville, l’Assemblée du consensus national, organisée à l’initiative du Rassemblement pour une entente nationale (REN), a réuni des représentants d’une cinquantaine d’organisations politiques et de la société civile. Une résolution adoptée à l’issue des travaux réclame le remplacement d’Alix Didier Fils-Aimé et l’instauration d’un exécutif bicéphale.

Selon l’ancien ministre Jimmy Albert, initiateur de cette démarche, l’insécurité persistante, la détérioration socio-économique et l’impasse électorale motivent cette initiative. Un comité de suivi doit travailler à la concrétisation de cette proposition pour janvier 2027. Cette résolution ne constitue cependant ni une révocation juridiquement acquise ni une garantie de transition consensuelle : sa portée dépendra de l’adhésion des autres forces politiques et de sa compatibilité avec le cadre institutionnel.

Les jours politiques d’Alix Didier Fils-Aimé sont-ils désormais comptés ? En réclamant son remplacement, l’Assemblée du consensus national transforme l’impasse électorale en une contestation ouverte de son maintien au pouvoir. Mais cette initiative dispose-t-elle d’une assise politique suffisamment représentative pour éviter la reproduction des compromis de circonstance qui ont successivement prolongé les transitions haïtiennes ? Remplacer un Premier ministre sans restaurer les mécanismes constitutionnels de représentation et de contrôle risquerait de perpétuer la même anomalie institutionnelle sous une autre configuration.

À l’approche de janvier 2027, Fils-Aimé se retrouve ainsi confronté au bilan des engagements qu’il avait lui-même solennellement défendus. Ironie politique : après avoir multiplié les promesses d’alternance électorale, le gouvernement pourrait être contraint de répondre à une autre exigence d’alternance, celle de son propre remplacement. Qui, demain, garantira que cette nouvelle transition ne deviendra pas, elle aussi, une fin en soi ? Car une succession de gouvernements sans succession électorale ne constitue pas une restauration de la démocratie, mais la perpétuation de son ajournement.

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