Nouveau récit de voyage : Decouvrir Taiwan
Taïwan : un voyage à la découverte d’un modèle de développement
Par : Joël Lorquet, PhD
En octobre 2026, j’ai eu le privilège de découvrir Taïwan dans le cadre d’une invitation officielle du gouvernement taïwanais. Ce voyage m’a permis d’observer de près une société qui a profondément transformé son économie, ses infrastructures et ses institutions.
Pour un journaliste et écrivain haïtien, cette expérience allait bien au-delà d’un simple séjour touristique.
J’ai voulu comprendre les ressorts de cette transformation et les choix qui ont permis à Taïwan de devenir un modèle de développement. À travers mes rencontres, mes observations et mes découvertes, j’ai cherché à identifier les enseignements susceptibles d’intéresser Haïti.
Voici le récit de ce voyage, entre découverte, réflexion personnelle et interrogation sur l’avenir de mon pays.
De l’idée d’une entrevue à l’invitation officielle
Au cours de l’année 2026, l’idée de me rendre à Taïwan a progressivement pris forme autour d’un projet journalistique et éditorial qui me tenait particulièrement à cœur : recueillir le point de vue de personnalités étrangères sur la crise socio-politique haïtienne.
Le 18 février 2026, j’ai pris contact avec l’ambassadeur d’Haïti à Taïwan, M. Roudy Stanley Penn, qui est également un ami personnel. Nous nous connaissons notamment à travers le monde de l’édition, puisqu’il est écrivain et que j’avais eu l’occasion d’imprimer certains de ses ouvrages, notamment, en juillet 2013, son livre intitulé Plaidoyer pour l’abaissement de l’âge de l’éligibilité et de nomination aux postes politiques.
Originaire de Jacmel, l’ambassadeur Penn avait également participé, en 2016, à un programme de l’International Visitor Leadership Program (IVLP) du Département d’État américain consacré au thème Managing Conflict in a Democracy.
Je lui ai donc demandé s’il pouvait m’aider à obtenir un rendez-vous avec le président de Taïwan, Lai Ching-te (賴清德), ou avec le Premier ministre, Cho Jung-tai (卓榮泰). Je lui ai fait parvenir une lettre officielle expliquant ma démarche. Après l’avoir reçue, il m’a contacté pour m’indiquer qu’il connaissait effectivement ces personnalités, qu’il les avait rencontrées et qu’il allait voir comment il pourrait m’aider à réaliser cette entrevue.
Cette démarche s’inscrivait dans le cadre d’un nouvel ouvrage que je préparais et qui devait paraître sous le titre « Des observateurs étrangers opinent sur la crise socio-politique haïtienne ».
Dans la continuité d’un premier ouvrage
Ce nouveau livre devait constituer la suite d’un ouvrage publié en décembre 2021 sous le titre « Des intellectuels haïtiens proposent des pistes de résolution de la crise socio-politique ».
Publié par les Éditions Media-Texte, cet ouvrage de 520 pages rassemblait les réflexions d’une trentaine d’intellectuels et de personnalités haïtiennes sur les causes profondes de la crise que traverse le pays et sur les moyens d’en sortir.
À travers leurs analyses, les auteurs abordaient notamment la gouvernance, l’éducation, l’histoire, l’économie, le leadership, la jeunesse, la transformation sociale et la nécessité d’un dialogue national. L’ouvrage mettait ainsi en évidence le caractère multidimensionnel de la crise haïtienne et défendait l’idée qu’une sortie durable ne pouvait reposer uniquement sur des solutions politiques immédiates, mais devait également s’appuyer sur une transformation des institutions, du système éducatif, de la société et de la manière de concevoir le développement national.
Une conclusion m’avait particulièrement marqué à la suite du questionnaire soumis aux participants : l’éducation apparaissait comme le principal problème sur lequel Haïti devait agir si elle voulait véritablement transformer son avenir.
Le dépouillement des réponses nous avait donc conduits à cette conviction : si l’on veut changer Haïti, il faut commencer par investir dans l’éducation.
Le nouveau projet allait reprendre cette réflexion, mais en élargissant le champ d’observation. Il ne s’agissait plus seulement de demander aux Haïtiens ce qu’ils pensaient de la crise de leur pays, mais de savoir comment des observateurs étrangers perçoivent Haïti, quel problème majeur ils identifient et quelles recommandations ils pourraient formuler pour contribuer à une sortie de crise.
C’est dans cette perspective que je souhaitais notamment entendre des responsables et des personnalités taïwanaises.
Pourquoi Taïwan m’intéressait particulièrement
Taïwan m’intéressait pour une raison évidente : son expérience de développement.
Dans les années 1950, l’économie taïwanaise était encore largement agricole et le niveau de revenu de la population demeurait relativement faible. En quelques décennies, le pays a connu une industrialisation rapide, s’est progressivement intégré aux marchés internationaux et a développé des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment dans les technologies, l’électronique et les semi-conducteurs.
Aujourd’hui, Taïwan figure parmi les économies à revenu élevé et constitue l’un des pôles technologiques majeurs d’Asie.
Je voulais comprendre cette transformation et, surtout, voir dans quelle mesure l’expérience taïwanaise pouvait être expliquée aux Haïtiens.
Mon ambition n’était pas de prétendre que Taïwan et Haïti sont identiques. Les deux pays ont des histoires, des institutions et des réalités géopolitiques très différentes. Mais certaines caractéristiques, notamment leur caractère insulaire, leur climat tropical ou subtropical, leur relief montagneux et leur vulnérabilité face à certains phénomènes naturels, pouvaient permettre une comparaison intéressante.
Je voulais surtout montrer qu’un pays peut transformer son destin lorsqu’il existe une volonté collective, du travail, de la discipline, des investissements dans l’éducation, des institutions fonctionnelles et une vision à long terme.
Pour moi, Taïwan pouvait donc constituer un exemple dont Haïti pouvait s’inspirer.
La première réponse de Taïwan
L’ambassadeur Penn a transmis ma demande au ministère des Affaires étrangères de Taïwan.
À ma grande surprise, quelques semaines plus tard, le vendredi 5 juin, j’ai été contacté par WhatsApp par M. Kuo-hua Pi, secrétaire et chargé des relations avec la presse à l’ambassade de Taïwan. Il m’expliqua qu’il avait reçu ma demande, mais qu’il avait besoin de davantage d’informations. Il me demanda donc de lui faire parvenir une lettre plus détaillée afin qu’il puisse étudier la possibilité d’organiser cette entrevue.
Pour moi, c’était déjà un très bon début. Cela signifiait que ma démarche avait retenu l’attention de la partie taïwanaise. Il me demanda également si j’étais prêt à assumer les frais de mon voyage. Je lui répondis que cela ne posait aucun problème : j’étais disposé à payer mon billet d’avion, mon hébergement à l’hôtel et les autres frais liés au déplacement.
L’essentiel, pour moi, était de pouvoir rencontrer des personnalités importantes et de les interroger sur Haïti.
J’ai donc rédigé une nouvelle lettre le 8 juin 2026, et M. Pi m’a indiqué qu’il allait assurer le suivi de ma demande.
D’autres rencontres importantes avant Taïwan
Entre-temps, je ne ressentais pas une pression particulière pour réaliser immédiatement cette entrevue. Au cours de cette même année, j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer plusieurs personnalités importantes.
Le mardi 6 janvier 2026, à Washington, j’avais notamment été reçu en audience privée par M. Albert Ramdin, secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA). Nous avions échangé sur la crise haïtienne et les perspectives de sortie de crise.
J’avais également eu l’occasion de rencontrer Son Altesse Royale la princesse Sarah Zeid de Jordanie, lors de son passage en Haïti le 28 avril 2026. J’avais été reçu en audience privée à Pétion-Ville et nous avions notamment échangé sur la situation humanitaire en Haïti, la santé maternelle et néonatale, ainsi que sur le rôle et les conditions de vie des femmes haïtiennes.
J’étais d’ailleurs, à ma connaissance, le seul journaliste qu’elle avait reçu en audience privée ce jour-là.
Ces rencontres avaient donc déjà enrichi mon expérience de journaliste et d’observateur. Je pensais pouvoir prendre le temps nécessaire pour poursuivre ma démarche auprès de Taïwan.
Taïwan prend ma demande au sérieux
Je ne savais pas encore que, de son côté, Taïwan avait pris ma demande très au sérieux.
Le 26 août, M. Kuo-hua Pi m’a contacté pour me demander si je serais intéressé à me rendre à Taïwan pendant environ une semaine, avec tous les frais de séjour pris en charge par les autorités taïwanaises.
Ma réponse fut immédiate : oui, bien sûr.
Il me demanda ensuite si je disposais d’un visa américain valide. Je lui répondis par l’affirmative. Il m’indiqua qu’il allait reprendre contact avec moi.
Quelques jours plus tard, le 1er septembre, je reçus la confirmation : j’avais été retenu pour participer aux activités entourant la Fête nationale de la République de Chine (Taïwan) et je devais passer au moins une semaine à Taïwan, tous frais pris en charge.
Je devais recevoir ultérieurement le programme détaillé.
Une invitation qui devient réalité
Le 7 septembre, alors que j’étais en tournée en Europe, je reçus mon itinéraire de voyage ainsi qu’une première esquisse du programme. Celui-ci n’était pas encore définitif, mais il me permettait déjà de comprendre l’importance de cette invitation.
J’étais particulièrement heureux.
On m’avait expliqué que Taïwan n’invitait qu’un nombre limité de personnalités étrangères à participer à ces activités. Je devais faire partie d’un groupe d’environ quarante participants venus de différents pays.
Pour Haïti, j’étais, à ce qu’on m’avait indiqué, le seul écrivain-journaliste invité.
Cette information constituait pour moi un véritable privilège.
Les premiers échanges avec mon accompagnateur taïwanais
Le 14 septembre, l’ambassade me fit parvenir un questionnaire portant sur différents sujets d’intérêt pour les visiteurs.
Le mercredi 23 septembre, j’ai rencontré une première fois M. Kuo-hua Pi à l’ambassade de Taïwan, au Morne Calvaire. Nous avons parlé du voyage, du programme prévu et, naturellement, de quelques questions politiques.
Le lendemain, 24 septembre, j’ai reçu un message qui allait donner un visage à mon futur séjour :
« Hello Mr Lorquet. This is Brian from the Ministry of Foreign Affairs (Taiwan). I will be your accompanying officer during the delegation visit. I look forward to meeting you in Taiwan. »
En raison de la difficulté que peuvent représenter les noms chinois pour les interlocuteurs étrangers, il est fréquent que certaines personnes utilisent un prénom anglais dans leurs échanges internationaux.
J’allais donc découvrir que « Brian » était en réalité Guan-Cyun Chao, cadre supérieur de la Foreign Media Services Section du Department of International Information Services du ministère des Affaires étrangères de Taïwan, à Taipei.
C’est lui qui devait être mon accompagnateur pendant la visite.
Les règles du protocole présidentiel
Le vendredi 25 septembre, M. Chao m’informa d’une règle importante concernant la cérémonie nationale.
Lors des salutations adressées au président et au vice-président, seule une poignée de main serait autorisée. Il ne serait pas permis d’échanger des cartes de visite ni de remettre des cadeaux.
Je lui répondis :
« Pas de problème. L’essentiel pour moi est de pouvoir faire une photo avec lui et de le saluer. De toute façon, c’est un grand privilège pour moi de pouvoir rencontrer votre président ainsi que d’autres officiels taïwanais. Peut-être pourra-t-il, par la suite, m’inviter à venir réaliser l’entrevue. Mais ce sera déjà une première prise de contact. »
Un déjeuner à Pétion-Ville
Le dimanche 27 septembre, M. Kuo-hua Pi m’invita à déjeuner dans un restaurant de Pétion-Ville.
Nous avons profité de cette rencontre pour parler une nouvelle fois du voyage, du programme, des activités de Taïwan en Haïti et de la situation socio-politique haïtienne.
Je lui expliquai surtout ce que je comptais faire de cette expérience.
Je lui dis qu’il serait probablement très satisfait de m’avoir choisi parce que je comptais rédiger non pas un seul texte, mais peut-être même deux ouvrages sur Taïwan : le premier sous la forme d’un récit de voyage et le second consacré à une comparaison entre Taïwan et Haïti.
Je lui ai fait comprendre également que je souhaitais publier plusieurs articles, alors qu’on m’avait initialement demandé d’en écrire un seul.
Je voulais, au contraire, publier un article par jour, dans des journaux et des agences de presse, mais aussi produire des reportages vidéo destinés à la télévision locale, à ma chaîne Joël Lorquet TV sur YouTube et, éventuellement, à la radio.
Mon objectif était simple : montrer aux Haïtiens ce qu’ils peuvent apprendre de l’expérience taïwanaise.
J’envisageais même comme titre possible : « Taïwan, un modèle pour Haïti ».
Je lui expliquai que ma volonté profonde était de voir Haïti changer. N’étant pas engagé dans la politique, je considère que je peux contribuer à cette transformation en faisant circuler des idées, en partageant des expériences et en montrant à mes compatriotes les exemples dont ils peuvent s’inspirer.
Taïwan m’apparaissait particulièrement intéressant parce qu’il s’agit d’un territoire insulaire, montagneux et doté d’un environnement qui présente certains points de comparaison avec Haïti.
Je voulais donc non seulement découvrir ce pays, mais surtout comprendre les ressorts de son développement et partager mes découvertes avec les Haïtiens, afin de contribuer, à mon niveau, à faire prendre à notre pays un nouvel élan.
Le visa et les dernières préparations
Le lundi 28 septembre, comme promis, M. Kuo-hua Pi m’a transmis le site internet permettant d’effectuer ma demande de visa électronique.
Le secrétaire de l’ambassade m’avait expliqué que la procédure était relativement simple et que je pouvais remplir le formulaire depuis chez moi. La demande fut traitée rapidement et, moins de vingt-quatre heures plus tard, je pouvais imprimer mon visa approuvé.
Entre-temps, il faut rappeler qu’au cours de mon précédent voyage, le 8 juillet, alors que je rentrais d’Europe en passant par le Cap-Haïtien, j’avais eu l’agréable surprise de rencontrer l’ambassadeur Roudy Stanley Penn, qui séjournait dans le même hôtel que moi avec son épouse.
Je lui avais alors annoncé officiellement que l’ambassade de Taïwan m’avait invité à visiter le pays du 5 au 11 octobre.
Quelque temps plus tard, il m’avait fait contacter par un membre de l’ambassade d’Haïti à Taïwan afin de poursuivre les démarches visant à faciliter une rencontre avec le président ou le Premier ministre.
L’espoir d’une rencontre avec le président
Dans le programme qui m’avait été transmis, il était effectivement prévu que je rencontre le président à l’occasion des activités du 10 octobre, jour de la Fête nationale.
Mais M. Pi m’avait clairement expliqué qu’il ne serait pas possible de réaliser une véritable interview à cette occasion.
Je pourrais toutefois prendre une photo avec le président, lui serrer la main et le saluer. Les cartes de visite et les cadeaux ne pourraient pas être remis pendant cette séquence protocolaire. Il m’avait également indiqué qu’une fois arrivé à Taïwan, je pourrais toujours essayer de formuler une demande auprès du protocole, tout en précisant que ce ne serait pas une démarche facile.
De son côté, l’ambassadeur Penn poursuivait ses propres démarches afin de rendre possible, dans la mesure du possible, une entrevue ou une audience privée avec le président de Taïwan, le Premier ministre ou, à défaut, le ministre des Affaires étrangères.
Une autorisation pour les photographies et les médias
Le mardi 29 septembre, M. Chao m’écrivit pour vérifier si j’avais des restrictions concernant les photographies et la diffusion d’images. Il m’expliqua que, durant le programme, notamment lors de la séance de présentation autour d’un thé avec le ministre Lin, du déjeuner avec le vice-ministre et des visites dans différentes institutions, le ministère des Affaires étrangères et les institutions hôtes pourraient prendre des photos de groupe et publier des communiqués ou des images pour immortaliser ces rencontres.
Je lui répondis simplement :
« Thank you, Mr. Chao. I am a public person, so I have no problem to appear in photos, videos, etc. »
En tant que journaliste, écrivain et personnalité publique, je n’avais naturellement aucune objection à être photographié ou filmé.
Les dernières instructions
Le 1er octobre, M. Kuo-hua Pi m’adressa les dernières recommandations destinées aux visiteurs. Il était notamment recommandé d’avoir une carte SIM taïwanaise et de disposer d’un montant suffisant en dollars américains ou en dollars taïwanais. Il était également demandé aux participants de prendre part à l’intégralité du programme.
Enfin, après les formalités d’immigration et la récupération des bagages, je devais me présenter au personnel portant le panneau « MOFA » dans le hall des arrivées.
À ce stade, tout était donc prêt.
Des précédents haïtiens à Taïwan
Pour moi, le fait d’être le seul journaliste haïtien participant à cette visite constituait un grand honneur.
Lorsque le secrétaire de l’ambassade m’a communiqué certains noms de personnalités haïtiennes ayant été invitées à Taïwan au cours des années précédentes, j’ai encore davantage pris conscience du caractère exceptionnel de cette invitation.
Parmi elles figurait l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, qui s’était rendu à Taïwan une première fois en 1992, puis en juillet 2002. Lors de cette seconde visite, le président taïwanais Chen Shui-bian l’avait officiellement accueilli.
En mai 2013, Alix Didier Fils-Aimé, alors président de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti (CCIH), avait conduit à Taïwan une délégation d’hommes d’affaires haïtiens à l’invitation du ministère taïwanais des Affaires étrangères. La mission était consacrée notamment au commerce, aux investissements et aux possibilités de coopération économique entre les deux pays. Les archives du ministère taïwanais des Affaires étrangères confirment cette visite du 6 au 10 mai 2013.
En mai 2018, le président Jovenel Moïse et son épouse, Martine Moïse, ont effectué une visite d’État à Taïwan à l’invitation de la présidente Tsai Ing-wen. Les deux chefs d’État avaient notamment eu des entretiens bilatéraux et signé un communiqué conjoint visant à renforcer la coopération entre les deux pays.
Lorsque je regardais cette liste, je mesurais donc davantage le privilège qui m’était accordé.
Très peu de Haïtiens avaient eu l’occasion de participer à de telles activités officielles à Taïwan.
Un programme particulièrement riche
Le mercredi 30 septembre, j’ai reçu le programme définitif.
Au cours de mon séjour, je devais notamment rencontrer des responsables du ministère taïwanais des Affaires étrangères, ainsi que des représentants de plusieurs institutions publiques et centres de recherche.
Le programme prévoyait notamment des visites à l’Industrial Technology Research Institute (ITRI), au Taiwan Semiconductor Research Institute (TSRI), à la Straits Exchange Foundation, à l’Institute for National Defense and Security Research, au Taiwan Institute of Economic Research (TIER) et au National Palace Museum.
Le 8 octobre, une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères, Dr Chia-Lung Lin, ainsi qu’un déjeuner offert par le vice-ministre des Affaires étrangères, Dr François Chihchung Wu, figuraient également au programme.
Je devais aussi participer à une visite de l’exposition photographique consacrée au 50e anniversaire de Taiwan Panorama.
Mais le point culminant du séjour devait être le 10 octobre 2026, avec ma participation aux cérémonies officielles de la 115e Fête nationale de la République de Chine (Taïwan), devant le Bureau présidentiel, suivies d’une réception organisée par le ministère des Affaires étrangères à la Taipei Guest House. Le 10 octobre est officiellement désigné par les autorités taïwanaises comme le National Day of the Republic of China (Taiwan).
Le voyage commence
Dimanche 4 octobre 2026 : départ vers Taïwan
Le voyage vers Taïwan a véritablement commencé le dimanche 4 octobre 2026.
À 7 h 30 du matin, j’ai pris le vol American Airlines AA713 en direction de Los Angeles. Le trajet devait durer environ cinq heures et demie. Les horaires publiés pour cette date indiquent bien un départ de Miami le matin et une arrivée à Los Angeles dans la matinée, heure locale.
La veille, j’étais arrivé très tard à Miami. Je n’y avais passé qu’une partie de la nuit, car le vol de Sunrise Airways qui devait initialement décoller à 13 heures avait finalement quitté Haïti après 18 h 30.
Après cette courte escale, il était temps de reprendre la route vers l’Asie.
Los Angeles : dernière étape avant Taïwan
À mon arrivée à Los Angeles International Airport, il m’a fallu parcourir une longue distance à pied pour rejoindre le terminal Tom Bradley International.
Nous nous sommes ensuite rendus au comptoir d’EVA Air pour accomplir les formalités d’usage. Il fallait notamment présenter le visa. Après les différentes vérifications, tout s’est bien déroulé et j’ai pu procéder à l’embarquement.
Dès cette étape, je commençais déjà à percevoir certains signes de la culture asiatique, notamment dans l’organisation et la discipline.
Au lieu de former une seule longue file pour l’embarquement, les passagers étaient répartis en groupes numérotés. Il suffisait de vérifier son numéro d’embarquement et de rejoindre la file correspondante. Cette méthode permettait d’éviter l’encombrement et de rendre l’embarquement plus ordonné.
À bord du Boeing 777-300ER d’EVA Air
Une fois installé dans l’appareil, le pilote nous a informés en anglais et en mandarin que le vol vers Taipei durerait environ 15 heures et 20 minutes. Il nous avait même prévenus que nous pourrions rencontrer deux zones de turbulences, notamment après environ huit heures de vol.
Dès mon entrée dans l’appareil, j’ai commencé à entendre les voix des membres de l’équipage et à percevoir davantage l’environnement asiatique.
Dans les magazines disponibles à bord, j’ai également remarqué une petite particularité : les numéros de pages étaient parfois présentés avec un zéro placé devant les chiffres, une convention différente de celle à laquelle nous sommes habitués dans notre culture.
Le vol BR005 d’EVA Air, entre Los Angeles et Taipei, était assuré par un Boeing 777-300ER, un appareil gros-porteur adapté aux vols long-courriers.
Durant ce voyage, je ne pouvais pas manquer de remarquer que j’étais, à ma connaissance, le seul passager afro-caribéen parmi les voyageurs de la cabine.
Une première découverte gastronomique
Comme amuse-gueule, les hôtesses nous ont servi un petit sachet de Mixed Nuts & Rice Crackers, une collation composée notamment de crackers à base de riz et de fruits à coque.
Le produit est fabriqué par Beans Group Foods Science and Technology Co., Ltd., une entreprise taïwanaise spécialisée dans les produits alimentaires et les collations innovantes.
Cette petite collation m’a donné l’occasion de constater une nouvelle fois à quel point le riz occupe une place centrale dans la vie quotidienne et la culture alimentaire de Taïwan.
Le riz n’est pas seulement consommé sous sa forme traditionnelle. Il est transformé en une grande variété de produits et de préparations : riz blanc, riz sauté, bouillie de riz, boulettes de riz, nouilles de riz, gâteaux de riz, galettes, zongzi, tangyuan, riz gluant, desserts et diverses collations.
Cette diversité montre que, dans la cuisine taïwanaise, le riz constitue beaucoup plus qu’un simple aliment de base. Il représente une véritable matière première culinaire.
C’est donc naturellement que je le retrouvais jusque dans une petite collation servie à bord d’un vol international.
Le service à bord
Comme c’est généralement le cas sur les vols long-courriers de cette durée, plusieurs repas ont été servis aux passagers pendant le voyage.
Les hôtesses étaient parfaitement entraînées pour offrir un service rapide, courtois et efficace.
J’ai également remarqué qu’à bord d’EVA Air, les repas étaient servis avec de véritables couverts métalliques. Ce détail, apparemment banal, m’a néanmoins frappé parce qu’il témoignait du soin apporté au service.
EVA Air est une compagnie aérienne taïwanaise fondée en mars 1989 par le groupe Evergreen. Elle a effectué son premier vol commercial en juillet 1991 et assure aujourd’hui des services internationaux de transport de passagers et de fret.
La compagnie est issue du groupe Evergreen, qui s’est développé à l’origine dans le transport maritime avant de diversifier ses activités.
Ainsi, en prenant place à bord de cet appareil pour ce long voyage entre Los Angeles et Taipei, je ne voyageais pas simplement avec une compagnie aérienne. Je découvrais déjà, à travers cette organisation, cette technologie et ce niveau de service, certains aspects de la réussite économique taïwanaise.
L’arrivée à Taïwan
Taipei Taoyuan : première impression
Après plus de quinze heures de vol, EVA Air a atterri à l’aéroport international de Taoyuan, près de Taipei, vers 17 h 10, heure locale.
La température se situait autour de 25 à 27 degrés Celsius. Nous étions au début de l’automne, mais la chaleur et l’humidité me rappelaient quelque peu le climat haïtien.
Un décalage horaire de 12 heures séparait alors Taïwan d’Haïti. Autrement dit, lorsqu’il était 16 h 30 à Taïwan, il était 4 h 30 du matin en Haïti.
Dès l’atterrissage, j’ai pu constater que Taïwan était un pays qui n’avait rien à envier aux grands pays du monde en matière d’infrastructures et d’organisation.
Une fois sorti de l’avion, j’ai également ressenti quelque chose de très particulier : la gentillesse des gens et une forme de respect réciproque dans les interactions.
Un aéroport remarquablement organisé
En nous dirigeant vers l’immigration, j’ai découvert un système d’orientation particulièrement clair.
Contrairement à certains aéroports où les voyageurs commencent par former une seule longue file avant d’être orientés, ici, le parcours était organisé au moyen de différentes couleurs.
La ligne bleue était destinée aux citoyens, la ligne orange aux résidents taïwanais, tandis que la ligne rouge était destinée aux visiteurs étrangers.
Une ligne verte, prioritaire, était réservée à certaines catégories de voyageurs, notamment les diplomates et les pilotes.
Cette organisation permettait de mieux répartir les passagers et de fluidifier le passage aux contrôles.
À la sortie de l’avion, les voyageurs recevaient également des informations relatives aux règles sanitaires et à l’importation d’animaux, de plantes et de certains produits réglementés, notamment dans le cadre de la prévention des maladies animales.
Les voyageurs ayant des produits à déclarer étaient orientés vers les contrôles appropriés.
Cette organisation m’a naturellement amené à comparer le système avec celui que je connais en Haïti, où les bagages des voyageurs peuvent être soumis à des contrôles douaniers plus systématiques.
À Taïwan, j’ai eu l’impression d’un système davantage fondé sur la déclaration et le ciblage des contrôles.
Des toilettes facilement accessibles
Une autre observation a retenu mon attention : la présence très fréquente de toilettes dans les installations de l’aéroport.
Elles étaient nombreuses, bien signalées et facilement accessibles. Pour un voyageur qui vient de passer plus de quinze heures dans un avion, cette facilité représente un véritable confort.
Elle est également particulièrement appréciable pour les personnes qui doivent se rendre fréquemment aux toilettes, notamment certaines personnes souffrant de problèmes de santé.
Les retrouvailles avec Brian
Après avoir récupéré mes bagages, ce qui s’est fait rapidement et sans difficulté, je suis sorti dans le hall des arrivées.
C’est là que j’ai retrouvé Brian, mon accompagnateur du ministère taïwanais des Affaires étrangères, qui m’attendait. Il m’a souhaité la bienvenue et m’a conseillé de me procurer une carte SIM taïwanaise afin de pouvoir utiliser mon téléphone à l’extérieur de l’hôtel.
Certes, le Wi-Fi était disponible à l’hôtel, mais disposer d’une connexion mobile allait me permettre de communiquer, de consulter mes informations et de travailler plus facilement durant mes déplacements.
Je suis ensuite passé au bureau de change avant de rejoindre la sortie, où un van noir, confortable, m’attendait avec son chauffeur.
Nous pouvions enfin prendre la route vers Taipei.
Sur la route de Taipei
Une île montagneuse et des infrastructures impressionnantes
Le trajet vers l’hôtel m’a permis d’observer une autre caractéristique de Taïwan : son impressionnant réseau routier.
Taïwan est un territoire très montagneux. Pourtant, les montagnes n’ont manifestement pas empêché le développement d’un réseau d’autoroutes, de viaducs, de tunnels et de routes à plusieurs voies.
Certaines autoroutes comportent six voies, d’autres trois voies, avec des chaussées séparées et des infrastructures construites parfois sur de grands piliers.
Cette observation m’a immédiatement fait réfléchir à Haïti.
On entend parfois dire que les montagnes constituent un obstacle majeur au développement du pays. L’exemple de Taïwan m’a amené à relativiser cette affirmation.
Tout comme la Suisse, Taïwan est un territoire très montagneux et a pourtant réalisé d’importantes infrastructures.
À mes yeux, la montagne ne constitue donc pas nécessairement un obstacle insurmontable.
Elle peut aussi devenir un élément autour duquel on organise intelligemment les infrastructures, grâce aux tunnels, aux viaducs, aux ponts et aux routes surélevées.
Cette première observation allait nourrir une réflexion qui allait accompagner tout mon séjour : si Taïwan a pu transformer ses contraintes géographiques en opportunités d’aménagement, que peut faire Haïti avec les siennes ?
Le Howard Plaza Hotel de Taipei
Après ce trajet, le chauffeur m’a conduit au Howard Plaza Hotel Taipei, situé dans le district de Da’an.
L’établissement, inauguré en 1984, compte plusieurs étages et environ 600 chambres. Il appartient au groupe Howard Hotels et constitue l’un des établissements historiques de ce réseau hôtelier à Taïwan.
L’hôtel est réputé pour son niveau de service, son confort et son offre gastronomique.
Plusieurs restaurants y proposent différentes cuisines, notamment chinoise, cantonaise, shanghaïenne, japonaise, occidentale et taïwanaise.
Situé dans un secteur important de Taipei, le Howard Plaza Hotel accueille aussi bien des voyageurs d’affaires que des touristes, des délégations et des visiteurs internationaux.
Après un aussi long voyage, pouvoir enfin déposer mes bagages dans cet hôtel constituait une étape importante.
Mais je savais que le véritable voyage ne faisait que commencer.
Taïwan : une île entre histoire, démocratie et modernité
Avant de poursuivre le récit de mes rencontres et de mes découvertes, il est utile de présenter brièvement le pays que j’allais parcourir.
Pour beaucoup de lecteurs haïtiens, Taïwan demeure encore relativement peu connu.
Pourtant, cette île d’Asie orientale constitue aujourd’hui un territoire particulièrement intéressant à observer.
Taïwan est située dans l’océan Pacifique occidental, entre le Japon et les Philippines. Elle est séparée de la Chine continentale par le détroit de Taïwan.
Son territoire est largement montagneux. Les montagnes occupent une part considérable de l’île, tandis que les principales zones urbaines et économiques se concentrent davantage dans les plaines occidentales.
Cette géographie explique en partie les nombreuses infrastructures que j’allais observer : tunnels, ponts, viaducs et routes construites dans des zones montagneuses.
Une histoire mouvementée
L’histoire de Taïwan est complexe et marquée par plusieurs influences.
L’île était habitée depuis des siècles par des peuples autochtones austronésiens avant de connaître différentes périodes de présence étrangère. Au XVIIe siècle, les Hollandais et les Espagnols y établirent notamment des implantations.
L’île passa ensuite sous l’autorité de la dynastie Qing avant de devenir une colonie japonaise en 1895, à la suite de la première guerre sino-japonaise.
Taïwan demeura sous administration japonaise jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945.
Un autre tournant majeur survint en 1949, lorsque le gouvernement de la République de Chine se replia à Taïwan après la victoire des communistes sur le continent chinois.
Depuis lors, la République populaire de Chine et les autorités de la République de Chine à Taïwan sont gouvernées séparément.
Cette situation explique la complexité géopolitique de Taïwan aujourd’hui.
Une démocratie moderne
Sur le plan politique, Taïwan fonctionne comme une démocratie multipartite.
Le président est élu au suffrage direct pour un mandat de quatre ans. Depuis le 20 mai 2024, la présidence est exercée par Lai Ching-te (賴清德), tandis que le gouvernement est dirigé par le Premier ministre Cho Jung-tai (卓榮泰).
La vie politique taïwanaise est marquée par des débats importants sur les relations avec la Chine continentale, la sécurité, l’économie, les échanges internationaux et l’avenir de l’île.
Cette expérience démocratique m’intéressait particulièrement en tant qu’Haïtien.
Je savais cependant qu’il serait hasardeux de vouloir transposer directement l’expérience taïwanaise à Haïti. Les deux pays ont des histoires et des contextes très différents.
Mais l’expérience taïwanaise permet de réfléchir à des questions essentielles : comment construire des institutions efficaces ? Comment investir dans l’éducation ? Comment développer une économie productive ? Comment transformer les contraintes géographiques en opportunités ?
Une puissance technologique
L’économie taïwanaise représente probablement l’un des aspects les plus impressionnants du pays.
En quelques décennies, Taïwan est passée d’une économie essentiellement agricole à une économie industrielle et technologique fortement intégrée aux marchés mondiaux.
Le pays est particulièrement connu pour ses semi-conducteurs, ses composants électroniques, ses technologies de l’information et ses industries de haute technologie.
C’est notamment cette dimension qui explique ma volonté de visiter des institutions comme l’ITRI et le Taiwan Semiconductor Research Institute.
Je voulais voir concrètement comment la recherche, l’éducation, l’innovation et l’industrie peuvent être mises au service du développement.
Une population de plus de 23 millions d’habitants
Taïwan compte un peu plus de 23 millions d’habitants.
La population est fortement urbanisée et concentrée dans les grandes agglomérations.
Taipei constitue le cœur politique, administratif et économique du pays, avec une importante aire métropolitaine autour de la capitale.
Comme plusieurs sociétés développées d’Asie, Taïwan est cependant confrontée au vieillissement démographique et à une faible natalité.
Cette évolution constitue un défi important pour l’avenir du pays, notamment en matière de main-d’œuvre, de santé, de retraite et de politique familiale.
Entre tradition et modernité
Ce qui frappe également le visiteur, c’est le contraste entre la modernité technologique et l’attachement aux traditions.
Dans les rues de Taipei, les gratte-ciel, les centres commerciaux, les réseaux de transport modernes et les technologies numériques côtoient les temples, les marchés traditionnels, les petites entreprises familiales et une gastronomie profondément enracinée dans la culture locale.
Le riz en est un excellent exemple. Il est consommé sous de multiples formes et transformé en une grande variété de plats, de desserts et de collations.
Cette présence du riz allait d’ailleurs m’accompagner dès les premières heures de mon voyage, depuis le petit sachet de Rice Crackers servi à bord d’EVA Air jusqu’aux nombreux plats que j’allais découvrir dans les jours suivants.
Taïwan vu par un visiteur haïtien
C’est donc dans ce contexte que je venais découvrir Taïwan.
Mon regard n’était pas celui d’un simple touriste.
En tant que journaliste et écrivain haïtien, j’arrivais avec une double ambition : découvrir et comprendre.
Je voulais observer comment une société insulaire, confrontée à un relief montagneux et à un environnement géopolitique complexe, avait réussi à construire des infrastructures modernes, à développer une économie technologique performante et à mettre en place des institutions capables d’accompagner cette transformation.
Je voulais surtout rapporter cette expérience en Haïti.
Dès les premières heures, plusieurs détails avaient déjà retenu mon attention : l’organisation de l’aéroport, la discipline dans les transports, la facilité d’accès aux services, la propreté des espaces publics, l’omniprésence du riz dans la culture alimentaire, la qualité du service à bord d’EVA Air, les infrastructures routières et, surtout, la courtoisie des personnes que je rencontrais.
Je savais alors que ce voyage allait être beaucoup plus qu’un simple déplacement à l’étranger.
J’étais venu à Taïwan pour observer un pays. Mais, au fond, j’étais aussi venu chercher des réponses pour Haïti.
Joël Lorquet, PhD

