MIAMI, 3 octobre 2026 — À 17 h 37 samedi, Diario Libre maintenait une information à forte portée diplomatique : « le gouvernement d’Haïti, à travers son ambassade en République dominicaine », aurait pris ses distances avec les propos du Grenadier Wilson Isidor tout en réaffirmant son respect de la souveraineté dominicaine. Le quotidien fondait cette affirmation sur une « nota de aclaración » datée du 2 octobre, dont il avait déjà fait état la veille.
Or, une correspondance de l’Ambassade d’Haïti à Santo Domingo, référencée AH/RD/MAE : 166-26 et datée du 3 octobre, contredit cette attribution. Adressée à l’américaine Raina Forbin, ministre haïtien de facto des Affaires Etrangères et des Cultes, elle précise que, contrairement aux déclarations relayées par certains médias dominicains, la représentation diplomatique « n’a, à ce jour, publié aucune position officielle », ni en son nom ni au nom du gouvernement haïtien.
La chronologie accentue l’interrogation. Vendredi, à 21 h 30, Diario Libre avait décrit avec précision une communication attribuée à l’ambassade, évoquant la souveraineté dominicaine, l’intégrité territoriale, le traité frontalier de 1929 et les rapports de bon voisinage. Le lendemain, à 17 h 37, le journal qualifiait encore ce texte de « première réponse institutionnelle haïtienne » à la controverse.
Qui a donc parlé au nom d’Haïti ? L’affaire dépasse désormais la phrase lancée par un footballeur dans l’euphorie d’une victoire 4-1. Elle touche à la traçabilité de la parole diplomatique. Un grand quotidien dominicain affirme avoir eu connaissance d’un texte présenté comme émanant de la mission haïtienne ; celle-ci, par une correspondance portant sceau et référence administrative, affirme n’avoir diffusé aucune position de cette nature. Faute de production et d’authentification de la pièce du 2 octobre, la qualifier de faux serait prématuré. La discordance documentaire, en revanche, est manifeste.
Et Raina Forbin dans cette séquence ? La question concerne directement la chancellerie puisque la note AH/RD/MAE : 166-26 est adressée à son ministère à Port-au-Prince. Le 3 septembre, la ministre avait encore rencontré son homologue dominicain Víctor Bisonó autour des dossiers bilatéraux, notamment la migration, la frontière et la coopération entre les deux États. Pourtant, parmi les sources publiques consultées samedi soir, aucune déclaration personnelle de Raina Forbin n’apparaît pour expliquer l’origine de cette divergence entre l’ambassade et la presse dominicaine.
Port-au-Prince dispose pourtant des moyens de dissiper l’ambiguïté. Le MAEC reconnaît-il l’authenticité de la « nota de aclaración » du 2 octobre citée par Diario Libre ? Si oui, par quelle autorité a-t-elle été validée ? Si non, qui l’a transmise aux rédactions dominicaines comme émanant de l’État haïtien ?
Le dossier ne porte donc plus seulement sur Wilson Isidor. Il concerne désormais le contrôle de la communication extérieure de l’État haïtien et l’identification de l’autorité habilitée à parler en son nom. Sur ce point, la parole de Raina Forbin est toujours attendue. Osera-t-elle déplaire à ses « amigos preferidos », elle qui voulait organiser le référendum constitutionnel-bidon dans seulement sept des dix départements géographiques du pays ?


