BROOKLYN, New York — La Haitian American Foundation for Democracy (HAFFD) demande au gouvernement de doublure haïtien de justifier le contrat de lobbying conclu avec Drake Ventures LLC, la société de Roger Stone, proche de Donald Trump. L’accord prévoit le versement de 65 000 dollars par mois, soit potentiellement 780 000 dollars sur douze mois.
Le contrat a été signé le 2 septembre 2026 par l’américaine ministre des Affaires Etrangères et des Cultes, Raina Forbin, et Roger Stone pour Drake Ventures LLC. Les documents ont été enregistrés auprès du département américain de la Justice dans le cadre du Foreign Agents Registration Act (FARA) et rendus publics en septembre.
195 000 dollars tous les trois mois
Selon les documents fédéraux, l’État haïtien s’engage à verser à Drake Ventures 65 000 dollars mensuellement, payables par tranches trimestrielles de 195 000 dollars. Sur douze mois, la facture peut ainsi atteindre 780 000 dollars.
L’accord initial court jusqu’au 2 septembre 2027 et prévoit une reconduction pour des périodes supplémentaires d’un an, sauf notification préalable conformément aux modalités contractuelles.
La mission confiée à la firme est formulée en termes généraux : Drake Ventures doit conseiller le gouvernement haïtien, défendre auprès du gouvernement américain les dossiers jugés nécessaires par son client et tenir les autorités haïtiennes informées des développements de la politique fédérale susceptibles d’affecter leurs intérêts.
Le document FARA décrit notamment cette activité comme de l’« issue advocacy » au nom du mandant étranger auprès du gouvernement américain. Aucun dossier précis, responsable américain ou membre du Congrès à contacter n’y est identifié.
La HAFFD réclame des comptes
C’est précisément cette imprécision que conteste la Haitian American Foundation for Democracy.
L’organisation demande au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé d’expliquer pourquoi une somme aussi importante est engagée et quels résultats diplomatiques ou politiques sont attendus de cette représentation à Washington.
Dans son communiqué publié par l’Institute of the Black World 21st Century (IBW21), la HAFFD met particulièrement en cause le choix de Roger Stone en raison de son parcours politique aux États-Unis et de ses positions passées. Ces appréciations appartiennent à l’organisation et ne figurent pas dans le contrat FARA.
Roger Stone a effectivement été reconnu coupable par un jury fédéral en novembre 2019 de sept chefs d’accusation, notamment pour obstruction à une enquête du Congrès, fausses déclarations et subornation de témoin. Donald Trump a commué sa peine en juillet 2020 avant de lui accorder une grâce présidentielle en décembre de la même année.
Le dossier migratoire absent du contrat
La HAFFD insiste également sur le contexte migratoire affectant les ressortissants haïtiens aux États-Unis. Elle observe que le contrat ne mentionne expressément ni le Temporary Protected Status (TPS), ni les expulsions, ni une mission particulière de défense des migrants haïtiens.
Patrick Gaspard, vice-président de la HAFFD, formule ainsi l’interrogation centrale de l’organisation : pourquoi engager 780 000 dollars pour un lobbyiste sans que les objectifs relatifs aux dossiers migratoires affectant directement les Haïtiens soient explicitement inscrits dans le mandat ?
Le document contractuel consultable publiquement confirme que les prestations sont décrites de manière générale et qu’aucune politique migratoire particulière n’y est expressément désignée.
Un deuxième contrat de lobbying à Washington
Le gouvernement haïtien dispose parallèlement d’une autre représentation à Washington. Selon les informations publiques citées par la HAFFD et plusieurs médias, Continental Strategy, firme associée à l’ancien ambassadeur américain Carlos Trujillo, représente également les intérêts haïtiens.
La HAFFD estime ainsi qu’avec les deux contrats, les dépenses de lobbying peuvent atteindre au moins 100 000 dollars par mois. Elle oppose cette dépense aux difficultés financières rencontrées par les institutions et services publics haïtiens. Cette comparaison constitue l’argumentation de l’organisation et non une disposition du contrat FARA.
Six questions adressées au gouvernement
La Fondation affirme avoir écrit à la ministre Raina Forbin et au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé afin d’obtenir des réponses sur plusieurs points : la mission exacte confiée à Stone, l’absence de référence au TPS et aux expulsions, les critères ayant présidé au choix de Drake Ventures, l’examen préalable du parcours de Stone, l’éventuel contrôle du contrat par les institutions haïtiennes compétentes et les conditions juridiques acceptées par l’État.
L’organisation dit avoir accordé au gouvernement quinze jours pour répondre et annonce son intention de rendre publique toute réponse reçue.
« Une question de savoir qui l’État haïtien représente »
Jocelyn McCalla, directeur exécutif de la HAFFD, présente le débat comme une question de responsabilité publique et de représentation des intérêts nationaux. L’organisation demande au gouvernement d’exposer publiquement les motifs et les objectifs poursuivis par cet engagement financier.
La HAFFD annonce également qu’elle transmettra le contrat ainsi que toute réponse gouvernementale à des membres du Congrès américain et qu’elle examinera les déclarations ultérieures déposées conformément aux obligations fédérales de transparence.
À ce stade, les documents publics permettent donc d’établir l’existence du contrat, son montant, sa durée et la définition générale de la mission de Drake Ventures. Ils ne permettent cependant pas d’identifier quel objectif précis le gouvernement Fils-Aimé entend obtenir à Washington en contrepartie des 65 000 dollars versés chaque mois.
Sources : documents enregistrés auprès du département américain de la Justice sous le régime FARA ; communiqué de la Haitian American Foundation for Democracy publié par IBW21 le 25 septembre 2026 ; informations concordantes publiées sur le contrat de Drake Ventures.
source : IBW21 — « Haiti Is Paying Roger Stone $65,000 a Month ».

