1 septembre 2026
Reynoldson Mompoint | Viktwa se dit gagnant : quand le pouvoir entre dans la course avec les moyens de l’État
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Reynoldson Mompoint | Viktwa se dit gagnant : quand le pouvoir entre dans la course avec les moyens de l’État

Par Reynoldson MOMPOINT

Cap-Haïtien, le 01 septembre 2026

Il faut parfois arrêter de faire semblant de ne pas voir ce qui se passe.

En Haïti, une nouvelle bataille politique se dessine à l’horizon des élections. Elle ne se jouera pas uniquement entre des candidats, des programmes et des électeurs. Elle risque surtout de se jouer autour d’une question fondamentale : qui possède les moyens de la République et qui les utilise pour conquérir le pouvoir ?

Le regroupement politique Viktwa, qui fédère plusieurs dizaines de structures politiques et constitue l’une des plus importantes coalitions agréées dans le processus électoral, affiche déjà ses ambitions. Le regroupement est présenté comme rassemblant jusqu’à 52 partis selon les données publiées par le CEP.

Mais derrière cette démonstration de force politique se pose une question autrement plus sérieuse : Viktwa est-il simplement un regroupement politique puissant, ou bénéficie-t-il d’un avantage institutionnel lié à sa proximité avec le pouvoir ?

La question est légitime. Elle ne constitue pas une condamnation. Mais elle mérite une réponse. Et surtout, elle mérite des preuves.

Le problème n’est pas que Viktwa veuille gagner

Soyons clairs. Un parti politique qui ne veut pas gagner une élection n’a rien à faire dans une compétition électorale. Viktwa a parfaitement le droit de vouloir remporter les élections. Ses dirigeants ont parfaitement le droit de mobiliser leurs militants, de défendre leur programme et de chercher à convaincre l’électorat.

Mais il existe une différence fondamentale entre gagner avec les moyens d’un parti et gagner avec l’avantage que procure l’appareil d’État. C’est cette frontière que la République doit surveiller. Parce que l’État n’appartient ni à Viktwa, ni au gouvernement, ni au Premier ministre, ni à aucun parti politique. L’État appartient à la nation.

Les véhicules publics appartiennent à l’État. Les bâtiments publics appartiennent à l’État. Les fonctionnaires appartiennent à l’administration publique. Les fonds publics appartiennent au contribuable. Les institutions publiques ne sont pas des permanences électorales.

Viktwa et le gouvernement : une proximité qui dérange

Les interrogations ne sont pas sorties de nulle part. Depuis plusieurs semaines, la proximité supposée entre Viktwa et le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé nourrit des critiques dans l’opinion publique.

Le coordonnateur général de Viktwa, Me Camille Leblanc, a d’ailleurs été appelé à expliquer publiquement les relations entre son regroupement et le gouvernement. Il soutient que la constitution de Viktwa répond à des considérations essentiellement politiques et électorales. Très bien. Mais une démocratie sérieuse ne peut pas se contenter de déclarations. Elle doit regarder les faits.

Quels responsables publics participent aux activités de Viktwa ? Quels moyens logistiques sont utilisés ? Qui finance les déplacements ? Qui prend en charge la communication ? Quelles ressources sont mobilisées sur le terrain ? Des fonctionnaires participent-ils aux activités partisanes pendant leurs heures de service ? Des véhicules ou locaux publics sont-ils utilisés ? Des programmes sociaux financés par l’État servent-ils, directement ou indirectement, à favoriser un regroupement politique ? Voilà les questions. Et elles sont parfaitement légitimes.

L’article 212 doit être pris au sérieux

La question devient encore plus sensible lorsqu’on examine le cadre électoral. Selon une analyse publiée récemment, le décret électoral de 2026 interdit aux membres du gouvernement et hauts fonctionnaires d’utiliser les matériels et ressources de l’État à des fins de propagande électorale en faveur d’un parti, d’un groupement ou d’un candidat. Si cette règle existe, elle doit être appliquée à tout le monde. Pas seulement aux adversaires du pouvoir. Pas seulement aux petits partis. Pas seulement à ceux qui n’ont pas accès aux bureaux ministériels. À tout le monde. Et surtout au pouvoir. Car plus un responsable dispose de puissance institutionnelle, plus sa responsabilité est grande.

Le Premier ministre peut avoir une machine administrative à sa disposition. Un petit parti n’a parfois même pas les moyens de payer une salle pour tenir une réunion. Voilà pourquoi l’État doit être particulièrement vigilant.

Une élection gagnée avant le jour du vote ?

C’est ici que le problème devient politique. Si un regroupement arrive dans la compétition avec des ressources supérieures parce qu’il est proche du pouvoir, alors l’élection peut être régulière dans sa forme mais profondément déséquilibrée dans sa substance.

On peut ouvrir des bureaux de vote. On peut imprimer des bulletins. On peut nommer des observateurs. On peut publier des résultats. Mais si, avant même l’ouverture des bureaux, certains concurrents disposent d’un avantage institutionnel considérable, l’égalité des armes électorales est déjà compromise. Une démocratie ne se mesure pas seulement à la présence d’une urne. Elle se mesure à l’égalité des conditions dans lesquelles les citoyens choisissent.

Le gouvernement ne peut pas être arbitre et joueur

C’est là que réside le véritable malaise. Le gouvernement doit faciliter les élections. Le gouvernement doit assurer la sécurité. Le gouvernement doit fournir au CEP les moyens nécessaires.

Le Premier ministre l’a lui-même affirmé : l’État met à disposition les ressources nécessaires pour accompagner le processus électoral et permettre la tenue du scrutin. C’est son devoir. Mais précisément parce que l’État contrôle ces ressources, il doit s’interdire de les orienter vers un camp politique.

Un arbitre qui entre sur le terrain avec le maillot d’une équipe ne peut plus prétendre être arbitre. La République ne peut pas être organisée comme une campagne électorale.

Le cas Viktwa mérite donc une transparence totale

Viktwa doit comprendre une chose : la meilleure défense contre les accusations n’est pas la colère. C’est la transparence. Que le regroupement publie ses sources de financement. Qu’il explique ses dépenses. Qu’il dise qui paie ses activités. Qu’il clarifie ses rapports avec les membres du gouvernement. Qu’il explique comment sont financées ses tournées politiques. Qu’il démontre que ses activités sont financées par des ressources partisanes et non par les caisses publiques. Et si tout est propre, Viktwa sortira renforcé.

Mais si des ressources publiques sont découvertes dans le financement d’activités partisanes, alors nous ne serons plus devant une simple polémique politique. Nous serons devant une question institutionnelle.

Fils-Aimé doit également répondre

La responsabilité ne doit pas être placée uniquement sur Viktwa. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé doit également comprendre que le pouvoir lui impose une obligation supérieure de prudence.

Il ne suffit pas de dire que le gouvernement organise les élections. Il faut démontrer que le gouvernement n’organise pas les conditions de la victoire d’un camp.

La différence est énorme. Le premier relève de la responsabilité institutionnelle. Le second relèverait d’une instrumentalisation de l’État. Et dans une démocratie déjà profondément fragilisée, cette frontière ne peut être franchie sans conséquence.

Viktwa peut être puissant. Mais la puissance ne doit pas venir de l’État. Il faut également reconnaître une réalité. Il semble avoir réussi quelque chose que beaucoup de formations politiques haïtiennes n’ont jamais réussi à faire : rassembler un nombre considérable de structures autour d’une même plateforme. Cela constitue une force politique réelle. Et cette force ne doit pas être automatiquement réduite à l’utilisation des ressources publiques.

Il serait intellectuellement malhonnête de prétendre que toute popularité de Viktwa vient nécessairement de l’État. Mais précisément parce que le regroupement est devenu puissant, il doit accepter un niveau supérieur de contrôle.

La puissance politique entraîne une responsabilité politique.

Le peuple ne doit pas être remplacé par l’appareil administratif

Haïti a déjà connu cette vieille pratique consistant à transformer l’administration publique en instrument de conquête politique. On connaît la recette. On nomme. On distribue. On mobilise. On promet. On utilise les moyens publics. On occupe l’espace médiatique. Et ensuite on présente la victoire électorale comme l’expression spontanée de la volonté populaire. Non.

Une République moderne ne peut plus fonctionner ainsi. Le citoyen doit voter librement. Le fonctionnaire doit servir l’État. Le ministre doit servir la République. Le Premier ministre doit garantir la neutralité de l’appareil public. Et le parti politique doit convaincre l’électeur avec ses idées. Pas avec les clés de l’État.

Si Viktwa gagne, qu’il gagne par les urnes

Voilà la meilleure chose que Viktwa puisse souhaiter. Qu’il gagne. Mais qu’il gagne proprement. Qu’il gagne avec son programme. Qu’il gagne avec ses candidats. Qu’il gagne avec ses militants. Qu’il gagne avec l’adhésion populaire. Qu’il gagne sans que personne ne puisse dire que l’administration publique a travaillé pour lui.

Car une victoire entourée de soupçons restera toujours une victoire fragile. Une victoire incontestable, au contraire, devient une légitimité. Et c’est précisément ce dont Haïti a besoin. De légitimité. Pas d’un nouveau pouvoir né de l’ambiguïté.

L’État ne doit avoir aucun candidat

Le débat autour de Viktwa dépasse donc Viktwa. Il concerne l’ensemble de la classe politique.

Aujourd’hui, c’est Viktwa qui est au centre des interrogations. Demain, ce sera peut-être un autre regroupement. La règle doit être la même pour tous. Pas de véhicules publics dans les meetings. Pas de fonctionnaires transformés en militants pendant les heures de service. Pas de fonds sociaux utilisés comme instruments de campagne. Pas de bâtiments publics transformés en permanences partisanes. Pas de ressources de l’État au service d’un candidat. Et surtout : pas de confusion entre le pouvoir administratif et le pouvoir politique.

La République ne vote pas

Il faut finalement rappeler une vérité élémentaire que certains responsables politiques semblent oublier. L’État ne vote pas. Les ministères ne votent pas. Les directions générales ne votent pas. Les véhicules publics ne votent pas. Les fonctionnaires ne votent qu’en leur qualité de citoyens. Les budgets publics ne votent pas. Les policiers ne votent pas. Les diplomates ne votent pas. Les infrastructures publiques ne votent pas. Seul le peuple vote. Et c’est justement pour cette raison que celui qui contrôle l’État doit avoir la responsabilité de ne jamais transformer cette puissance institutionnelle en avantage partisan.

Si Viktwa possède réellement le soutien populaire qu’il revendique, qu’il le démontre dans les urnes. Sans béquille administrative. Sans argent public. Sans confusion institutionnelle. Sans privilège. Alors seulement, sa victoire sera incontestable. Parce qu’une victoire électorale obtenue avec la force de l’État peut produire un gouvernement.

Mais seule une victoire obtenue avec la confiance du peuple peut produire une légitimité. Et Haïti n’a plus besoin de gouvernants qui héritent du pouvoir. Elle a besoin de dirigeants qui le gagnent devant le peuple.

Reynoldson MOMPOINT

Journaliste | Avocat | Journaliste | Communicateur Social

+50937186284

mompointreynoldson@gmail.com

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