Ni journal de gouvernement ni journal d’opposition ni journal d’occasion: depuis plus de dix ans, Rezo Nòdwès revendique une ligne citoyenne fondée sur la Constitution, la souveraineté populaire, la reddition des comptes et l’Etat de droit.
— Rezo Nòdwès n’appartient à aucun clan. Il n’est l’organe d’aucun parti, d’aucune plateforme électorale, d’aucun gouvernement, d’aucune ambassade et d’aucun groupe économique. Il ne se définit pas davantage comme un journal d’opposition. Depuis plus d’une décennie, sa raison d’être demeure celle d’un journal citoyen haïtien, attaché à la démocratie, à la souveraineté nationale et à la primauté de la loi sur les arrangements politiques dangereux.
Notre patron n’est ni un président, ni un Premier ministre, ni un ministre, ni un candidat. Notre référence est le citoyen haïtien et notre boussole institutionnelle est la République.
Cette position impose une exigence : juger les détenteurs du pouvoir non à partir de leurs discours, de leurs alliances ou de leurs adversaires, mais à l’aune du droit, des actes administratifs accomplis, de l’utilisation des ressources publiques et des obligations attachées à leurs fonctions.
La Constitution avant les hommes
Rezo Nòdwès défend le respect de la Constitution de 1987, telle malicieusement qu’amendée en 2011-2012. Une Constitution n’est ni un texte sacré ni une pièce de musée. Elle peut être révisée pour répondre aux transformations politiques, économiques, technologiques et sociales d’une société. Mais sa modernisation doit emprunter les mécanismes constitutionnels prévus à cet effet, et non les raccourcis dictés par les circonstances ou les intérêts mesquins du moment.
Les États-Unis administrent encore leur ordre constitutionnel à partir d’un texte adopté en 1787, transformé au fil du temps par vingt-sept amendements. La longévité d’une Constitution ne constitue donc pas, à elle seule, un argument en faveur de son remplacement. La question juridique est celle de sa capacité d’adaptation et du respect des procédures établies pour la modifier.
Haïti dispose également de règles précises pour déterminer qui peut exercer les plus hautes fonctions de l’État.
L’article 135 exige notamment du candidat à la présidence qu’il soit Haïtien d’origine, qu’il n’ait jamais renoncé à sa nationalité haïtienne, qu’il ne détienne aucune autre nationalité au moment de son inscription, qu’il ait 35 ans accomplis, possède un bien immobilier et une résidence habituelle dans le pays et qu’il y ait résidé pendant cinq années consécutives avant l’élection.
Pour le Sénat, l’article 96 impose notamment la qualité d’Haïtien d’origine, l’absence d’une autre nationalité au moment de l’inscription, l’âge minimum de 30 ans et trois années consécutives de résidence dans le département appelé à être représenté.
Le Premier ministre doit, aux termes de l’article 157, être Haïtien d’origine, n’avoir jamais renoncé à sa nationalité, avoir au moins 30 ans, être propriétaire en Haïti ou y exercer une profession et avoir résidé dans le pays pendant cinq années consécutives. Une décharge est également exigée lorsque l’intéressé a été comptable des deniers publics.
Quant aux ministres, l’article 172-1 dispose notamment que le titulaire doit être Haïtien, satisfaire à ses obligations de citoyen fiscalement domicilié en Haïti, posséder des biens immobiliers dans le pays et ne détenir aucune autre nationalité au moment de sa nomination.
Ces prescriptions ne sont pas décoratives. Elles constituent des conditions juridiques d’accès à l’autorité publique.
Raina Forbin : une question qui appelle des pièces, non des slogans
Le cas de Raina Forbin, ministre de facto des Affaires étrangères, constitue un cas révélateur de l’exigence de transparence qui devrait accompagner toute nomination à une haute fonction de l’État. Plusieurs publications lui attribuent la citoyenneté américaine, notamment en faisant état d’une inscription électorale en Floride. La question porte donc sur sa conformité aux conditions constitutionnelles d’accès à la fonction ministérielle, lesquelles excluent la détention d’une autre nationalité au moment de la nomination. Une controverse d’une telle portée institutionnelle ne saurait être dissipée par le silence : la publication des pièces pertinentes permettrait d’établir, en droit et sans ambiguïté, si toutes les exigences constitutionnelles étaient satisfaites au moment de sa nomination.
La question doit donc être posée sur le terrain du droit : les conditions prescrites par l’article 172-1 étaient-elles toutes satisfaites au moment de sa nomination ?
Une République fonctionnelle ne répondrait ni par l’invective, ni par l’arrogance, ni par la protection politique, encore moins par le silence complice. Elle produirait les pièces requises, les soumettrait à l’examen des institutions compétentes et garantirait, en présence d’une contestation juridiquement fondée, l’exercice effectif des voies de recours prévues par la loi.
La responsabilité pénale, lorsqu’elle est engagée, ne se décrète pas dans les colonnes d’un journal. Elle s’établit devant les juridictions compétentes — pour autant que celles-ci disposent encore des moyens et de l’indépendance nécessaires à l’exercice de leur mission — dans le respect de la présomption d’innocence, du principe du contradictoire et des garanties attachées à un procès équitable.
La transition n’est pas au-dessus du droit
Rezo Nòdwès porte également un regard critique sur l’exercice du pouvoir par le Premier ministre de doublure, Alix Didier Fils-Aimé, et, plus largement, sur une architecture de transition qui tend à placer les arrangements entre alliés politiques, partenaires de circonstance et intérêts croisés au-dessus de la Constitution et des mécanismes réguliers de l’État de droit.
Notre interrogation ne procède pas de l’appartenance partisane. Elle concerne les garanties institutionnelles offertes par un exécutif appelé à administrer un processus électoral dont dépend précisément la succession du pouvoir sans contestation.
L’article 159 de la Constitution rappelle une limite fondamentale : le Premier ministre exerce le pouvoir réglementaire, mais ne peut suspendre ni interpréter les lois, actes et décrets, ni se dispenser de leur exécution.
Rezo Nòdwès pap bay Fils-Aimé okenn chèk an blan ! Ses décisions, ses actes comme ses omissions feront l’objet d’un examen public et contradictoire. Ce que Rezo Nòdwès considère comme ses incartades, son arrogance dans l’exercice du pouvoir, son indifférence à la condition des populations marginalisées ou ses atteintes aux prescriptions constitutionnelles sera documenté et soumis à la critique. Si l’Exécutif estime gouverner sous un régime d’exception, il lui appartient d’en exposer publiquement et juridiquement le fondement : la Constitution haïtienne encadre précisément l’état de siège aux articles 278 et suivants et en fixe les conditions, les limites et les mécanismes de contrôle.
Les actes manqués seront examinés avec la même rigueur. L’article 194 du décret électoral ‘tèt anba‘ incohérent du 2 juin 2026 prescrivait que les changements proposés dans la Constitution soient publiés au Moniteur au plus tard quatre-vingt-dix jours avant le scrutin référendaire. Pour une consultation annoncée au 13 décembre 2026, cette échéance conduisait au 14 septembre. Rezo Nòdwès avait précisément alerté sur cette date et rapporté, après l’expiration du délai, qu’aucune publication conforme n’avait pu être vérifiée. Or cette publicité préalable ne constitue pas un détail administratif : elle conditionne le temps laissé aux citoyens pour prendre connaissance des modifications envisagées, les discuter contradictoirement et se déterminer en connaissance de cause.
À partir de cette norme, chaque décret, chaque dépense, chaque nomination, chaque contrat public et chaque décision engageant l’avenir institutionnel du pays doit pouvoir supporter l’examen contradictoire.
Il en va également du processus électoral. Les relations entre le pouvoir exécutif, le Conseil électoral éternellement provisoire et les regroupements politiques doivent pouvoir être documentées avec suffisamment de transparence pour que l’électeur puisse distinguer l’administration impartiale du scrutin des intérêts des compétiteurs.
La proximité réelle ou perçue entre les responsables du pouvoir et certaines plateformes politiques, dont VIKTWA, justifie ainsi des questions factuelles sur les garanties d’impartialité du processus. Une perception politique n’est pas une preuve de fraude ; elle constitue néanmoins un motif légitime pour exiger transparence, traçabilité et contrôle institutionnel.
Ni pouvoir sans contrôle, ni accusation sans preuve
C’est ici que se situe notre conception du journalisme citoyen.
Rezo Nòdwès ne réclame pas une justice de vengeance. Il réclame une justice de responsabilité.
Celui qui administre les deniers publics doit pouvoir en rendre compte. Celui qui signe au nom de l’État doit pouvoir établir son habilitation juridique. Celui qui aspire à la présidence doit satisfaire aux conditions constitutionnelles. Celui qui organise une élection doit accepter le contrôle public de ses actes. Celui qui accuse doit, lui aussi, apporter des faits susceptibles d’être vérifiés.
La même règle doit s’appliquer à tous.
Car remplacer l’impunité gouvernementale par l’arbitraire de l’accusation ne construirait pas davantage l’État de droit.
Un pays où le diplôme ne devrait pas conduire au parrainage
Notre engagement ne s’arrête cependant pas aux querelles constitutionnelles.
La République que nous défendons est celle où l’électricité n’est pas un privilège ; où l’hôpital n’est pas un luxe ; où les infrastructures ne disparaissent pas avec les budgets qui les financent ; où les bibliothèques, les laboratoires et les campus universitaires cessent d’être des promesses périodiquement recyclées.
Une société qui conduit chaque année des milliers de jeunes au baccalauréat sans leur garantir une capacité universitaire suffisante organise elle-même la frustration de sa jeunesse.
Plus grave encore : lorsqu’un diplômé doit chercher un parrain politique pour accéder à un emploi public, la compétence cesse progressivement d’être un principe de recrutement. Le clientélisme transforme alors la fonction publique en instrument de dépendance, avec une conséquence institutionnelle redoutable : celui qui doit son emploi à une faveur peut être conduit à se taire devant les irrégularités de celui qui l’a nommé.
L’État cesse alors d’être une administration au service de tous pour devenir un système de distribution de privilèges.
C’est précisément cette conception de la République que Rezo Nòdwès refuse.
Notre patron : le citoyen
Nous ne demandons pas aux Haïtiens de soutenir un homme contre un autre.
Nous leur demandons de défendre leurs institutions contre leur confiscation.
Nous ne demandons pas de remplacer un clan par un autre, une clientèle par une autre, une transition par une autre transition.
Nous défendons un ordre public dans lequel celui qui gouverne aujourd’hui peut être contrôlé aujourd’hui et remplacé demain conformément au droit ; dans lequel l’adversaire politique conserve ses droits ; dans lequel le fonctionnaire n’est pas propriétaire de l’administration ; dans lequel l’argent du Trésor demeure l’argent de la collectivité ; dans lequel aucune fonction publique ne constitue un brevet d’impunité.
Depuis plus de dix ans, Rezo Nòdwès est un journal citoyen haïtien.
Nous pouvons critiquer le pouvoir sans devenir l’opposition.
Nous pouvons questionner l’opposition sans devenir le pouvoir.
Nous pouvons examiner une transition sans appartenir au camp qui souhaite lui succéder.
Nous pouvons demander des comptes sans prononcer des condamnations judiciaires.
Notre ligne tient en quelques principes : Constitution, démocratie, souveraineté populaire, justice indépendante, reddition des comptes, égalité devant la loi et dignité du citoyen.
Haïti ne gagnerait rien à voir se multiplier les journaux de clan. Elle mérite des espaces où les actes publics puissent être examinés avec indépendance, sans considération pour l’identité, l’appartenance ou le statut de ceux qui les posent.
Voilà notre camp : la République.
Voilà notre parti : le citoyen.
Voilà notre engagement : qu’un jour l’indépendance proclamée par Haïti corresponde pleinement à la liberté politique, à la justice sociale et à l’État de droit vécus par ses citoyens.
Me. Claudy Briend Auguste (cba)

