L’aéroport de Port-au-Prince demeure soumis à de fortes restrictions pour les voyageurs ordinaires, tandis qu’Alix Didier Fils-Aimé a multiplié les déplacements à l’étranger depuis le 7 février. À moins de trois mois du scrutin annoncé du 13 décembre, l’incertitude gagne le calendrier électoral, quelque 24 heures après un vote du Conseil de sécurité accueilli avec empressement par la Primature, sans qu’aucune clarification officielle n’ait encore été apportée sur la faisabilité réelle des élections à la Kebreau et Namphy
PORT-AU-PRINCE, 30 septembre 2026 — Près de deux ans après son arrivée à la Primature, en novembre 2024, Alix Didier Fils-Aimé continue de voyager depuis l’aéroport Toussaint-Louverture tandis que les liaisons aériennes commerciales américaines avec Port-au-Prince demeurent soumises à de sévères restrictions. Le diplomate Pierre Antoine Louis, intervenant mercredi à l’émission Booster sur Radio Méga, porte désormais à neuf son décompte des déplacements effectués par le Premier ministre depuis le 7 février ; il en recensait déjà sept en juillet.
Pour les voyageurs ordinaires, l’équation demeure autrement contraignante : beaucoup doivent rejoindre Cap-Haïtien avant de quitter le pays, au prix d’un transfert intérieur souvent onéreux. Le NOTAM A0046/26 de la Federal Aviation Administration interdit encore certaines opérations d’aéronefs et de transporteurs américains dans la zone de Port-au-Prince, à basse altitude, jusqu’au 2 mars 2027 ; le texte prévoit toutefois des exemptions et ne constitue donc pas juridiquement une fermeture générale de l’aéroport.
Le renouvellement pour six mois de la Force de répression des gangs ne vaut, à lui seul, aucune réouverture de Toussaint-Louverture. La résolution 2829 a été adoptée mardi par 12 voix contre zéro, avec trois abstentions — Chine, Russie et Pakistan ; plus de 1 500 membres de la force sont actuellement déployés sur un plafond autorisé de 5 500, selon les données présentées au Conseil de sécurité. Pékin a réitéré ses réserves sur une réponse principalement militaire à une crise qu’il rattache aussi aux défaillances de gouvernance, tandis que Moscou a indiqué que ses interrogations sur le financement, les effectifs et le modèle opérationnel n’étaient pas entièrement dissipées.
Une échéance autrement plus immédiate se rapproche pourtant : le 13 décembre. Qui annoncera un éventuel report si le calendrier électoral devient juridiquement ou matériellement inexécutable ? Interrogé par Rezo Nòdwès, le Dr Josué Renaud, président de l’organisation de défense des droits humains NEHRO, estime que cette responsabilité devrait revenir à Fils-Aimé lui-même, celui qui a publiquement présenté 2026 comme l’année du retour aux urnes. Le calendrier se heurte notamment à l’article 194 du décret électoral, qui exige la publication dans Le Moniteur des changements constitutionnels proposés au plus tard 90 jours avant le scrutin ; pour un vote fixé au 13 décembre, l’échéance tombait le 14 septembre.
Septembre s’achève et le 13 décembre attend toujours sa clarification politique. Fils-Aimé a affirmé à New York que la transition prendrait fin par les urnes, sans citer cette date dans son intervention, tandis que les conditions sécuritaires continuent de peser sur le processus électoral.
Pour Josué Renaud, si le scrutin ne peut être organisé à l’échéance annoncée, « il appartient à Fils-Aimé d’avoir le courage de l’annoncer lui-même »: après neuf déplacements du chef du gouvernement, depuis le 7 février 2026, le prochain voyage du calendrier électoral pourrait bien être celui du 13 décembre vers une nouvelle date encore inconnue.

