Port-au-Prince, 1er septembre 2026 (Analyse) — Les informations relatives au retrait de policiers et de véhicules blindés à Kenscoff, à la lettre d’alerte du 18 août et à la situation de Nickenson Cadet proviennent principalement de l’émission Matin Débat, diffusée sur Radio Éclair, et d’O-News 1ère, qui rapportent des éléments concordants sur les décisions prises avant le massacre. Le bilan d’au moins 47 morts est, lui, établi par les Nations unies.
Selon Matin Débat, Nickenson Cadet, responsable du commissariat avant l’attaque, aurait été entendu par la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et placé en détention. Pourtant, cinq jours avant le carnage, le policier aurait adressé à sa hiérarchie une correspondance signalant la menace d’une offensive des gangs.
Cette lettre, datée du 18 août, est également rapportée par O-News 1ère, qui indique que Cadet avait averti ses supérieurs de la vulnérabilité du dispositif et réclamé des renforts. Selon les informations rapportées par Matin Débat et O-News 1ère, Kenscoff comptait 194 policiers, dont 93 auraient été rappelés avant le massacre, sans remplacement équivalent. Des membres d’unités spécialisées figuraient parmi les agents affectés dans la commune. Deux véhicules blindés auraient également été retirés avant l’assaut.
Des blindés retirés avant l’assaut
Le retrait des moyens blindés a également été évoqué par Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH, qui avait affirmé que Kenscoff ne disposait plus du même appui blindé au moment de l’attaque et qu’un véhicule protégeant la zone avait été retiré environ une semaine auparavant.
La chronologie donne une portée particulière à l’enquête ouverte après le massacre. La direction générale de la PNH avait demandé à la DCPJ de déterminer si une complicité ou une négligence avait facilité l’entrée des assaillants jusque dans le centre de Kenscoff.
Mais l’investigation ne saurait se limiter au comportement du responsable local. Qui a ordonné le retrait des 93 policiers ? Qui a décidé de déplacer les blindés ? Qui a reçu la lettre du 18 août ? Quelle suite a été donnée à cette alerte ? Ces décisions appartiennent nécessairement à une chaîne hiérarchique qui dépasse le seul commissariat de Kenscoff.
Cadet, possible « fusible » d’une chaîne plus longue ?
Selon Matin Débat, une source policière présente désormais Nickenson Cadet comme le possible « fusible » de l’affaire. Cette qualification demeure une appréciation attribuée à la source de l’émission et non une conclusion judiciaire.
La situation apparaît d’autant plus controversée que le commissaire aurait averti ses supérieurs avant l’attaque, tandis que les responsables armés ayant revendiqué le massacre et les enlèvements demeurent hors de portée des autorités.
L’hypothèse selon laquelle la commune aurait été délibérément abandonnée aux groupes armés ne peut être établie sans preuves matérielles démontrant une intention, une complicité ou une décision concertée. Les faits rapportés imposent néanmoins une investigation sur les décisions prises avant le 23 août : diminution massive des effectifs, retrait de moyens blindés, alertes préalables et absence apparente de renforts suffisants.
47 morts, et la responsabilité du commandement en question
Selon les Nations unies, environ 150 hommes armés ont attaqué Kenscoff dans la nuit du 23 au 24 août, faisant au moins 47 morts, dont cinq enfants, plusieurs blessés et des dizaines de personnes enlevées.
Si sa correspondance du 18 août 2026 est authentifiée et si les retraits des 93 policiers sur les 194 affectés à Kenscoff ainsi que ceux des blindés sont confirmés par les registres administratifs de la PNH, l’enquête devra remonter jusqu’aux autorités ayant ordonné ou validé ces décisions.
Sous la direction de Vladimir Paraison, la Police nationale devra dès lors déterminer non seulement ce que le responsable du commissariat aurait fait ou omis de faire, mais également ce que sa hiérarchie savait avant le massacre et quelles mesures elle avait prises face aux avertissements reçus.
À Kenscoff, 47 morts sont déjà documentés. Les décisions administratives et opérationnelles prises avant leur mort restent, elles, à établir.

