La date du 13 décembre 2026, inscrite dans le calendrier électoral publié par le Conseil électoral provisoire (CEP), s’effrite sous le regard diplomatique. Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, a tenu à clarifier sa position lors d’une conférence de presse avec des journalistes de la région, le vendredi 11 septembre 2026. Ses propos, rapportés par Le Nouvelliste, marquent un recul significatif par rapport à l’enthousiasme affiché quelques semaines plus tôt.
« Je ne me souviens pas avoir dit, à un quelconque moment, que nous souhaitions que les élections se tiennent le 13 décembre. En réalité, j’ai toujours évité de mentionner le 13 décembre comme date électorale », a déclaré Albert Ramdin. Il a souligné que, lors de sa dernière mission, il avait exprimé des préoccupations quant à la vitesse des préparatifs. Cette clarification intervient alors que le calendrier du CEP – premier tour le 13 décembre 2026, éventuel second tour le 21 février 2027 – avait été salué publiquement par le même responsable le 28 juillet 2026. À l’époque, il avait qualifié cette publication d’« étape importante vers la restauration d’une gouvernance démocratique et constitutionnelle » et affirmé que l’OEA se tenait prête à soutenir un processus crédible, inclusif, transparent et sécurisé, dirigé par les Haïtiens.
Aujourd’hui, le ton a changé. Le secrétaire général insiste sur le fait que la date n’appartient ni à l’OEA ni à la communauté internationale. « Il doit y avoir un dialogue au sein d’Haïti quant au moment où les élections se tiendront et à leur crédibilité, si elles ont lieu un certain jour et si tous les préparatifs sont satisfaisants », a-t-il expliqué. La question centrale, selon lui, n’est pas de fixer une échéance arbitraire, mais de savoir si le pays est prêt : « Nous avons toujours des défis. L’essentiel est de pouvoir y répondre le jour du scrutin. La question est : Haïti est-elle préparée pour cela ? Ce n’est pas à moi de le déterminer. »
Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte de difficultés concrètes et documentées. L’enregistrement des électeurs progresse lentement, un déficit d’environ un million de cartes d’identité nationales persiste, et les campagnes d’information et de mobilisation restent insuffisantes. La sécurité, avec le contrôle de pans importants de Port-au-Prince par les gangs armés, continue de peser lourdement. Albert Ramdin a également rappelé que des candidats liés à des organisations criminelles ne devraient pas participer, même s’il a précisé que la vérification relève des autorités haïtiennes.
En clarifiant qu’il n’a jamais plaidé spécifiquement pour le 13 décembre 2026, le secrétaire général de l’OEA prend ses distances avec une échéance qui apparaît de plus en plus fragile. Ce n’est pas un désaveu du processus électoral lui-même – l’organisation continue d’offrir son soutien technique et d’observation –, mais une reconnaissance pragmatique des réalités sur le terrain. La date, autrefois présentée comme un jalon, fond désormais sous la chaleur des défis logistiques, sécuritaires et politiques.
Cette prudence diplomatique a le mérite de la franchise. Elle rappelle que la crédibilité du scrutin prime sur le respect d’un calendrier théorique. Elle place aussi la responsabilité principale sur les acteurs haïtiens : dialogue interne, accélération des préparatifs, et décisions souveraines sur le timing. Sans ces éléments, le 13 décembre 2026 risque de rejoindre la longue liste des échéances électorales haïtiennes reportées ou abandonnées. L’OEA, en évitant de s’accrocher à une date qu’elle dit n’avoir jamais vraiment défendue, laisse le champ libre à une discussion plus réaliste. Reste à savoir si les autorités et les forces politiques haïtiennes sauront en profiter pour bâtir un processus digne de confiance, plutôt que de laisser la date s’évaporer sans alternative claire.

