Récit de voyage/ Belgique
Vendredi 4 septembre 2026
Belgian Beer Weekend 2026 : 60 brasseries, dix jours de célébration et une culture brassicole belge à préserver et à développer du 4 au 13 septembre a Bruxells
Par : Joël Lorquet, PhD
En route vers le Belgian Beer Weekend
Après cette visite très informative, j’ai repris mon chemin à pied en direction du festival de la bière, qui devait se tenir sur la Grand-Place de Bruxelles.
Je cherchais mon chemin lorsque j’ai reconnu la rue Louise, puisque j’y avais fait mon jogging deux jours auparavant. Je me trouvais cependant dans une autre direction et j’ai eu l’idée de demander mon chemin à deux jeunes qui marchaient dans la rue.
Je leur ai demandé si j’étais bien sur la bonne route.
Ils m’ont répondu que oui, mais qu’il fallait inverser le sens de ma promenade.
— Est-ce que c’est là où il y a une sorte de manège ? leur ai-je demandé.
— Oui, c’est exactement là, m’ont-ils répondu. Mais après, il faut descendre. C’est là que se tient le festival de la bière.
Je me suis donc remis en route.
Une grosse pluie et… un carton comme parapluie !
Alors que je me dirigeais vers la Grand-Place, je suis arrivé près du manège lorsqu’une forte pluie s’est soudainement mise à tomber.
Je ne pouvais plus continuer à marcher. J’ai dû me réfugier sous un arbre dans la zone, mais la pluie était tellement forte que même les arbres ne parvenaient pas à me protéger.
Finalement, j’ai aperçu une dame qui s’était arrêtée et qui avait récupéré un grand morceau de carton dans une grosse poubelle destinée à recueillir des déchets de construction. Elle utilisait ce carton pour se protéger de la pluie.
J’ai trouvé l’idée ingénieuse.
Lorsqu’elle est partie, j’ai fait exactement la même chose : j’ai pris le carton et je l’ai placé au-dessus de ma tête pour me protéger.
La scène ne manquait pas d’originalité. Chaque personne qui passait, y compris les touristes, souriait en me voyant. Certains me disaient même que je méritais une photo parce que mon idée était très intelligente et particulièrement ingénieuse.
Je me suis alors dit qu’ici, à Bruxelles, n’importe quoi peut parfois suffire pour attirer l’attention des curieux !
Après cette grosse averse, j’ai finalement pu poursuivre mon chemin.
Bruxelles me rappelle le Canada
Au cours de ma promenade, une autre réflexion m’est venue à l’esprit. La Belgique me rappelle quelque peu le Canada, notamment parce que les noms de rues et de nombreux éléments de signalisation y apparaissent dans deux langues.
La différence, bien entendu, est qu’à Bruxelles, les deux langues sont principalement le français et le néerlandais, tandis qu’au Canada, l’analogie qui me venait à l’esprit était celle du français et de l’anglais.
Cette présence de plusieurs langues dans l’espace public donne à Bruxelles un caractère particulièrement international.
La découverte de la Grand-Place
Après quelques minutes de marche, j’ai eu le privilège de découvrir enfin la Grand-Place de Bruxelles.
Sincèrement, je ne m’y attendais pas.
Je savais qu’il s’agissait d’un lieu emblématique de la capitale belge, mais la réalité a dépassé mes attentes. C’est un endroit extraordinaire, presque impossible à décrire tant il est impressionnant.
La Grand-Place constitue un vaste espace entouré d’anciens bâtiments aux façades richement décorées. On y trouve également l’Hôtel de Ville, la Maison du Roi et les anciennes maisons des corporations. L’ensemble est d’une grande beauté et témoigne d’un travail architectural et artistique remarquable.
La Grand-Place de Bruxelles, au cœur de la capitale belge, est en effet l’une des places historiques les plus remarquables d’Europe. Elle est entourée de magnifiques immeubles anciens aux façades richement décorées, dont plusieurs présentent des ornements, des sculptures, des reliefs et des détails architecturaux dorés à la feuille d’or, qui peuvent briller particulièrement sous la lumière.
Ces bâtiments historiques, autrefois occupés notamment par différentes corporations et guildes, se distinguent par leurs façades somptueuses, leurs pignons sculptés, leurs statues et leurs nombreux éléments décoratifs.
La Maison du Roi, l’Hôtel de Ville et les anciennes maisons des corporations forment ainsi un ensemble architectural exceptionnel qui illustre la richesse historique et commerciale de Bruxelles.
La présence de dorures sur certaines façades donne à la Grand-Place une apparence particulièrement spectaculaire. L’or ne se trouve donc pas à l’intérieur des immeubles comme un trésor caché : il est surtout utilisé comme élément décoratif et architectural, contribuant à la splendeur de cet ensemble classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
C’est dans cet espace de rêve, la Grand-Place, que devait se dérouler le Belgian Beer Weekend.
Le festival Belgian Beer Weekend : une immersion au cœur de la culture et du patrimoine brassicole belgee
Ce vendredi 4 septembre, les brasseurs belges donnaient le coup d’envoi du Belgian Beer Weekend et des Culture Days, une période exceptionnelle consacrée à la célébration de la bière belge, de son histoire, de son savoir-faire et de son importance dans le patrimoine culturel du pays.
Dix jours consacrés à la bière et au savoir-faire belge
Pendant dix jours, la Belgique devait ainsi mettre à l’honneur une tradition brassicole reconnue dans le monde entier.
À travers différentes activités, rencontres et animations, cette célébration devait offrir au public l’occasion de découvrir ou de redécouvrir la richesse et la diversité de la culture brassicole belge, ainsi que le travail des nombreuses brasseries qui perpétuent ce savoir-faire de génération en génération.
Le Belgian Beer Weekend constitue l’un des grands rendez-vous consacrés à la bière en Belgique. Il rassemble des brasseurs venus de différentes régions du pays et offre aux visiteurs l’occasion de découvrir une grande variété de bières belges, tout en leur permettant d’échanger directement avec les professionnels du secteur.
Les Culture Days viennent compléter cette célébration en mettant davantage l’accent sur la dimension culturelle et patrimoniale de la bière belge.
La tradition brassicole ne se limite en effet pas à la production d’une boisson. Elle s’inscrit dans l’histoire, les traditions, la gastronomie et la vie sociale de nombreuses communautés en Belgique.
Un patrimoine brassicole reconnu
La Belgique possède une tradition brassicole particulièrement riche, caractérisée par une grande diversité de styles, de recettes et de techniques de production.
Des bières d’abbaye aux lambics, des gueuzes aux bières trappistes, en passant par de nombreuses créations contemporaines, le paysage brassicole belge témoigne d’un patrimoine vivant et en constante évolution.
Cette diversité repose notamment sur la transmission des connaissances et des techniques, mais également sur la capacité des brasseurs à innover tout en préservant les traditions qui ont contribué à la réputation internationale de la bière belge.
Les dix jours de célébration devaient ainsi être l’occasion de mettre en lumière les brasseurs, leur savoir-faire, leur créativité et leur contribution au patrimoine culturel belge.
Une culture qui se partage
Le Belgian Beer Weekend et les Culture Days constituent une occasion privilégiée pour les amateurs de bière, les visiteurs belges et internationaux, les professionnels du secteur, ainsi que pour tous ceux qui souhaitent mieux connaître la culture belge.
Au-delà de la dégustation, ces événements offrent l’opportunité de découvrir les histoires qui se cachent derrière les différentes bières, de rencontrer celles et ceux qui les produisent et de mieux comprendre la place qu’occupe la bière dans la culture et l’identité de la Belgique.
À travers cette initiative, les brasseurs belges rappellent que la bière belge constitue un patrimoine culturel qui se partage, se transmet et continue de s’enrichir au fil des générations.
La rencontre avec Madame Pauline
Arrivé sur les lieux de la 26e édition du festival Belgian Beer Weekend, je me suis rendu au service de presse, où j’ai rencontré Madame Pauline. Elle m’a expliqué que la bière constituait un élément qui fait la fierté de la Belgique.
Selon elle, il s’agit d’une très bonne initiative qui vise à promouvoir la bière belge à travers le monde et à permettre à chacun de découvrir la diversité des bières produites en Belgique.
Elle estime également que cette activité devrait contribuer à mieux faire connaître la culture belge, puisque la bière constitue un atout important pour l’économie du pays.
Cette rencontre m’a permis de comprendre encore davantage la dimension culturelle et économique que les Belges associent à leur tradition brassicole.
L’éclairage de Sepp Tyvaert
Ensuite, j’ai rencontré M. Sepp Tyvaert, responsable des affaires publiques de la Fédération des brasseurs belges, qui m’a fourni de nombreuses informations sur le festival, sur la bière belge et sur la place qu’occupe cette tradition dans la culture du pays.
Son intervention m’a permis d’approfondir considérablement ma connaissance du secteur brassicole belge et des objectifs poursuivis par cette grande célébration.
Sepp Tyvaert : la bière belge, une culture et un patrimoine à célébrer au Belgian Beer Weekend
Sepp Tyvaert, responsable de la communication et des affaires publiques de la Fédération des Brasseurs belges, revient sur la diversité du secteur brassicole belge, son rayonnement international et la reconnaissance de cette culture par l’UNESCO.
À Bruxelles, la bière belge est bien plus qu’une simple boisson. Elle fait partie de l’histoire, de la culture et, selon les professionnels du secteur, de l’identité même du pays. C’est ce que rappelle Sepp Tyvaert, responsable de la communication et des affaires publiques de la Fédération des Brasseurs belges, rencontré à l’occasion du Belgian Beer Weekend.
Une fédération qui représente près de 99 % de la production belge
Interrogé sur son rôle au sein de la Fédération des Brasseurs belges, Sepp Tyvaert explique qu’il est chargé à la fois de la communication et des affaires publiques.
— « Je suis responsable de la communication et des affaires publiques pour la Fédération. Je dois donc communiquer à la fois avec le public et avec nos membres. Je suis également responsable des affaires publiques. Je dois m’assurer que nos intérêts, en tant que secteur et en tant que secteur brassicole belge, soient correctement représentés au niveau politique, ici en Belgique mais également au niveau européen », précise-t-il.
La Fédération compte environ 100 brasseries belges parmi ses membres. Mais la Belgique compte au total quelque 400 brasseries.
Sepp Tyvaert souligne toutefois que le poids de la Fédération ne se mesure pas seulement au nombre de ses membres.
— « Les quelque 100 brasseries qui sont membres de notre organisation représentent plus ou moins 99 % de l’ensemble de la production de bière en Belgique », indique-t-il.
Les quelque 300 autres brasseries sont essentiellement des microbrasseries et de petites entreprises qui ne voient pas nécessairement tous les avantages à adhérer directement à la Fédération. Mais, selon Sepp Tyvaert, leurs intérêts ne sont pas pour autant ignorés.
— « Elles peuvent dormir tranquilles, parce que nous représentons les intérêts de tous les brasseurs en Belgique, même lorsqu’ils ne sont pas officiellement membres de notre Fédération », affirme-t-il.
Une production largement tournée vers l’exportation
Avec environ 400 brasseries pour une population d’un peu plus de 12 millions d’habitants, le nombre d’acteurs du secteur peut sembler impressionnant.
La popularité de la bière en Belgique constitue évidemment l’un des éléments d’explication. Mais, pour Sepp Tyvaert, il faut surtout tenir compte de la réputation internationale de la bière belge.
— « La bière est très populaire ici. Mais pas seulement : la bière belge est une marque. Elle bénéficie d’une réputation connue dans le monde entier », explique-t-il.
Cette renommée internationale est particulièrement visible pendant le Belgian Beer Weekend, où se rencontrent des visiteurs venus des quatre coins du monde.
— « Nous avons ici des visiteurs venus du monde entier. Cela m’entraînerait trop loin de commencer à citer toutes les nationalités, parce que l’on peut littéralement rencontrer ici quelqu’un venant de presque tous les pays du monde », raconte-t-il.
Selon lui, si l’on demandait à une personne dans n’importe quelle partie du monde ce qu’elle connaît de la Belgique, la bière figurerait probablement parmi les premières réponses.
— « Si vous demandez à quelqu’un dans le monde ce qu’il connaît de la Belgique, la bière serait l’une des premières choses qui lui viendraient à l’esprit », estime-t-il.
Cette réputation s’explique notamment par plusieurs siècles de tradition brassicole et par un savoir-faire qui a permis à la Belgique de produire certaines des bières les plus réputées au monde.
Mais la consommation intérieure ne pourrait à elle seule absorber l’ensemble de la production belge.
— « Une population de 12 millions de personnes ne peut évidemment pas boire autant. C’est pourquoi 70 % de toute la production de bière en Belgique est exportée vers des pays du monde entier », précise le responsable.
La France, les Pays-Bas, l’Italie, l’Espagne et les États-Unis parmi les principaux marchés
La proportion de 70 % signifie-t-elle que la majorité des entreprises brassicoles belges exportent leur production ?
Sepp Tyvaert nuance.
— « Les entreprises de grande taille, certainement. Si vous êtes une microbrasserie, vous êtes généralement orienté vers autre chose : vous souhaitez brasser pour votre communauté locale ou pour le marché belge », explique-t-il.
Les exportations belges se dirigent d’abord vers les pays européens voisins. Parmi les principaux importateurs de bière belge figurent notamment la France, les Pays-Bas, l’Italie et, dans une large mesure, l’Espagne.
À l’échelle mondiale, les États-Unis constituent également un marché important. La bière belge connaît par ailleurs une popularité remarquable dans des régions très éloignées, notamment en Asie.
Sepp Tyvaert cite un exemple particulièrement parlant : le Japon.
— « Nous célébrons actuellement le Belgian Beer Weekend à Bruxelles, mais il existe également chaque année un Belgian Beer Weekend au Japon. Dans, je pense, neuf villes japonaises, des brasseurs venus de toute la Belgique se rendent chaque année au Japon pour y présenter leurs bières », explique-t-il.
Pour lui, cet exemple témoigne de la notoriété et de l’appréciation dont bénéficie la culture brassicole belge à l’étranger.
L’organisation de ces événements internationaux repose toutefois sur une coopération entre différents acteurs.
— « C’est une coopération. Notre Fédération et certains de nos brasseurs y participent, mais il y a également des importateurs locaux de bière et des brasseries locales. Cela dépend du projet et de la manière dont il est structuré », précise-t-il.
Une culture brassicole reconnue par l’UNESCO
Interrogé sur la bière belge la plus populaire dans le monde, Sepp Tyvaert refuse de désigner une marque particulière, en raison de sa fonction au sein de la Fédération.
— « Je ne vais pas répondre par le nom d’une bière, parce que je travaille pour une Fédération et que nous représentons tous nos membres », répond-il.
Il estime toutefois que les chiffres de vente de différentes marques peuvent être consultés publiquement et qu’il est surtout intéressant de parler de la culture brassicole belge dans son ensemble.
Selon lui, cette culture possède plusieurs caractéristiques qui la distinguent de celle d’autres pays.
Il rappelle également un élément essentiel : la culture de la bière belge bénéficie d’une reconnaissance internationale particulière.
— « À ma connaissance, c’est la seule culture brassicole au monde qui soit reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel », souligne-t-il.
Cette reconnaissance est liée à l’histoire et à la diversité exceptionnelles du brassage en Belgique.
Une liberté historique qui a favorisé l’innovation
Pour comprendre cette diversité, il faut remonter à l’histoire européenne et notamment au Moyen Âge.
Selon Sepp Tyvaert, plusieurs pays européens possédaient déjà une tradition brassicole. Mais tous n’offraient pas la même liberté aux brasseurs.
— « Historiquement, il y avait plusieurs pays en Europe où l’on brassait de la bière. Mais aucun de ces pays, au Moyen Âge, n’était aussi libéral que la Belgique en matière de brassage », explique-t-il.
Dans certains pays, des réglementations imposaient les méthodes de fabrication ou les ingrédients pouvant être utilisés.
— « Il y avait des pays où certaines réglementations précisaient que l’on ne pouvait fabriquer la bière que selon certaines règles ou avec certains ingrédients », poursuit-il.
En Belgique, l’approche aurait été beaucoup plus ouverte, ce qui a permis aux brasseurs de laisser libre cours à leur imagination.
— « Ici, en Belgique, à cette époque, c’était assez libéral. Beaucoup de brasseurs, y compris des brasseurs venus de l’étranger, se disaient : je veux être innovant, je veux être créatif. J’ai peut-être cette herbe ou ce fruit que j’aimerais essayer d’ajouter à ma bière. Toute cette innovation est arrivée en Belgique », raconte-t-il.
Cette liberté historique aurait ainsi contribué à créer un paysage brassicole particulièrement diversifié, tant en matière de brasseries que de techniques de fabrication.
Des bières aux cerises, aux fruits, à la gueuze et au lambic
Cette diversité est encore visible aujourd’hui. La Belgique compte notamment de nombreuses bières brassées avec des cerises ou d’autres fruits.
Mais certaines techniques sont encore plus spécifiques au territoire belge, comme celles utilisées pour produire la gueuze et le lambic.
— « Nous avons certaines techniques de brassage qui ne se pratiquent qu’ici. Le meilleur exemple est celui de la gueuze et du lambic », explique Sepp Tyvaert.
Ces bières reposent notamment sur une fermentation particulière faisant intervenir des levures sauvages présentes dans l’environnement.
— « Même en Belgique, par exemple dans la région d’où je viens, vous ne pouvez pas fabriquer cette bière. Vous ne pouvez les produire que dans la région de Bruxelles, parce qu’elles sont fermentées avec des levures qui proviennent de l’air », précise-t-il.
Cette particularité explique pourquoi il serait difficile de reproduire exactement le même résultat dans une autre région du monde.
— « Si vous essayez de les fabriquer en France, en Californie ou au Japon, cela ne fonctionnerait tout simplement pas, ou cela ne donnerait pas le même goût, parce que la levure présente ici est une levure sauvage très spécifique et unique, qui existe seulement dans cette région », affirme-t-il.
Une diversité difficile à retrouver ailleurs
Pour Sepp Tyvaert, cette diversité constitue précisément l’une des grandes forces de la bière belge.
— « C’est ce qui rend les bières belges si populaires : elles sont extrêmement diversifiées », dit-il.
Un visiteur peut ainsi passer d’un brasseur à un autre et découvrir des bières radicalement différentes.
— « Ici, sur le marché, vous pouvez aller d’un brasseur à l’autre et goûter douze bières différentes. L’une sera acide, l’autre sucrée, une autre amère, une autre encore plus acidulée ; l’une sera blonde, et il y aura tout ce qui se trouve entre les deux », décrit-il.
Cette diversité des goûts, des styles et des méthodes de fabrication représente, selon lui, une richesse difficile à trouver ailleurs dans le monde.
— « C’est une richesse et une diversité que, à ma connaissance, on ne retrouve nulle part ailleurs dans le monde », affirme-t-il.
La concurrence des bières artisanales étrangères
Cette spécificité n’empêche pas les brasseurs belges de faire face à de nouvelles tendances internationales.
Le secteur belge dépend largement des exportations et observe notamment le développement des bières artisanales dans plusieurs pays.
Sepp Tyvaert cite particulièrement les États-Unis, qui ont longtemps été un important importateur de bières belges.
— « Aux États-Unis, ils étaient autrefois de grands importateurs de bières belges. Mais la tendance des bières artisanales s’y est développée : beaucoup de petites brasseries locales et de microbrasseries créent leurs propres bières, souvent des bières qu’elles présentent comme étant de style belge », explique-t-il.
Cette évolution ne doit cependant pas nécessairement être considérée comme une menace par les brasseurs belges.
— « Je pense que, pour les brasseurs belges, ce n’est pas quelque chose que nous devons considérer comme une menace », estime-t-il.
Il considère plutôt cette tendance comme une forme de reconnaissance et d’inspiration.
— « Le développement et le fait que des brasseurs soient inspirés, notamment par notre culture brassicole, devraient plutôt être considérés comme un compliment », souligne-t-il.
Pour lui, le secteur brassicole doit continuer à laisser une place importante à l’innovation.
— « Il y a énormément de place et d’espace pour l’innovation dans le secteur de la bière », affirme-t-il.
Un marché belge difficile à pénétrer
Malgré la présence de bières étrangères, le marché belge demeure particulièrement attaché à ses propres traditions brassicoles.
Sepp Tyvaert estime que le marché belge peut être difficile à pénétrer pour les entreprises étrangères, notamment parce que la bière y est profondément liée aux traditions locales et régionales.
— « Je pense que le marché belge a été difficile à pénétrer pour les entreprises, parce que la culture brassicole belge est très forte et aussi parce qu’elle est très régionale », explique-t-il.
Dans de nombreuses régions du pays, les habitudes de consommation et les préférences pour certaines bières sont liées à l’histoire personnelle et familiale.
— « Lorsque vous grandissez en Belgique, vous avez une histoire avec votre brasserie locale, dans votre ville ou peut-être même dans quelques villes. En grandissant, cela devient une partie de notre culture, une partie de notre identité », poursuit-il.
Cette dimension explique également pourquoi les Belges entretiennent un rapport particulier avec leur bière.
Des microbrasseries aux multinationales
Le paysage brassicole belge réunit aujourd’hui des acteurs de toutes tailles. Il existe des microbrasseries, de petites entreprises, des brasseries importantes et de grands groupes internationaux.
— « Nous avons de tout », résume Sepp Tyvaert.
Selon lui, le secteur comprend aussi bien des brasseries disposant d’une longue tradition que des entreprises plus récentes.
— « Nous avons des brasseries qui existent depuis très longtemps et qui représentent ici une longue tradition, et, de l’autre côté, nous avons des brasseries qui sont véritablement des microbrasseries », explique-t-il.
La gamme va donc de la toute petite structure jusqu’à la grande multinationale.
— « Nous allons de la microbrasserie à la grande multinationale. La plus petite brasserie de Belgique et la plus grande brasserie du monde sont également basées en Belgique », souligne-t-il.
Le Belgian Beer Weekend : 26e édition
L’interview s’est ensuite tournée vers le Belgian Beer Weekend, dont l’édition 2026 constitue la 26e édition.
Selon Sepp Tyvaert, l’événement est né de l’initiative de onze fondateurs qui souhaitaient présenter au public les bières produites en Belgique et montrer la richesse de cette tradition.
— « Le festival a commencé avec onze fondateurs qui se sont réunis et ont décidé qu’ils voulaient montrer les bières et permettre aux habitants de Belgique et de Bruxelles de goûter toutes ces bières », raconte-t-il.
Au fil des années, le rendez-vous a rencontré un grand succès et s’est construit une solide réputation.
L’interview se déroule notamment à la Maison des Brasseurs, qui constitue un lieu central de la célébration de la culture brassicole belge.
— « Nous sommes actuellement à la Maison des Brasseurs, qui est essentiellement le centre de la célébration de la brasserie belge. La Maison des Brasseurs fait partie de Bruxelles depuis déjà environ 40 ans », rappelle-t-il.
Parti de quelques brasseries, le festival s’est développé année après année pour atteindre aujourd’hui sa 26e édition.
Dix jours consacrés à la culture de la bière belge
L’édition 2026 revêt un caractère particulier. Plus de 50 brasseries participent au Belgian Beer Weekend, tandis que la célébration de la culture brassicole belge s’étend sur dix jours.
L’objectif ne se limite pas à permettre au public de déguster des bières.
— « Cette année est une année très spéciale. Cette année, plus de 50 brasseries participent et, pendant dix jours, nous allons célébrer la culture de la bière belge », indique Sepp Tyvaert.
Il insiste sur la dimension culturelle de l’événement.
— « Il ne s’agit pas seulement des produits, de la bière belge elle-même. Bien sûr, le produit est au cœur de l’événement, mais il s’agit aussi de la culture. Il s’agit du patrimoine », explique-t-il.
Selon lui, la richesse de la manifestation réside notamment dans la diversité des bières, des styles, des histoires et des traditions qui les accompagnent.
— « Chaque bière a sa propre histoire. Chaque bière a son propre goût. Chaque bière possède ses propres caractéristiques », souligne-t-il.
La bière ne doit donc pas être considérée uniquement comme une boisson ou un produit commercial.
— « Ce n’est pas simplement une boisson. Il existe tout un art, une culture et un ensemble de rituels autour de la bière », affirme-t-il.
Pour le responsable de la Fédération des Brasseurs belges, la bière constitue même une composante de l’identité nationale.
— « Ce n’est pas simplement un produit en Belgique. C’est véritablement une partie intégrante de notre culture, et j’oserais même dire de notre identité en tant que Belges », déclare-t-il.
Une célébration qui ne s’adresse pas uniquement aux amateurs de bière
Le Belgian Beer Weekend n’a pas pour objectif de pousser tout le monde à boire de la bière. Sepp Tyvaert rappelle que la culture brassicole dépasse largement la consommation du produit.
Selon lui, les études et recherches qu’il a consultées montrent qu’une très grande majorité des Belges consomment de la bière belge, mais que le sentiment de fierté à l’égard de cette culture est encore plus large.
— « D’après mes recherches et mon opinion, peut-être 90 % des Belges boivent généralement de la bière belge. Mais environ 90 % des Belges sont fiers de notre culture de la bière », indique-t-il.
Ainsi, même les personnes qui n’apprécient pas particulièrement la bière peuvent être attachées à cette tradition.
— « Même parmi les personnes qui n’aiment pas la bière comme produit, beaucoup sont encore fières du fait que nous buvons de la bière ici, en Belgique », ajoute-t-il.
Pour lui, cela confirme une nouvelle fois que la bière est devenue bien plus qu’un produit de consommation.
— « Cela rejoint ce que je disais précédemment : en Belgique, c’est tellement plus qu’un produit. Cela fait partie de notre identité », insiste-t-il.
Des dégustations, des ateliers et une découverte pédagogique
L’édition 2026 du Belgian Beer Weekend réunit environ 60 brasseries, chacune présentant ses propres bières au cœur de Bruxelles.
Mais l’événement prend cette année une dimension plus large avec son extension sur dix jours et l’organisation de nombreuses activités.
Sepp Tyvaert explique que l’objectif est notamment d’éduquer et d’informer le public de manière directe et dynamique.
— « Pendant dix jours, nous allons essayer d’éduquer les gens de manière directe et dynamique. Qu’il s’agisse de personnes de Bruxelles, de Belges ou de touristes, nous allons essayer de leur apprendre certaines choses sur la Belgique », explique-t-il.
Le programme comprend notamment des dégustations, mais également des ateliers consacrés aux différentes façons d’utiliser la bière.
— « Les gens pourront participer à des dégustations. Il y aura des ateliers sur la manière de cuisiner avec de la bière », précise-t-il.
Des ateliers seront également consacrés aux accords entre les aliments et la bière.
— « Nous connaissons tous les accords avec le vin, mais il existe également des accords avec la bière », rappelle-t-il.
Le public pourra aussi découvrir des cocktails à base de bière.
— « Il y aura des ateliers sur la préparation de cocktails avec de la bière », ajoute-t-il.
Les brasseurs racontent leur métier et leur savoir-faire
Le festival donnera également la parole aux professionnels eux-mêmes.
Des représentants de brasseries seront présents pour expliquer leur travail, parler de leurs techniques et raconter l’histoire du secteur brassicole belge.
— « Nous aurons également beaucoup de représentants de brasseries qui parleront de leur savoir-faire, de leur travail et de l’histoire du secteur belge de la bière », explique Sepp Tyvaert.
Les visiteurs pourront ainsi découvrir les efforts entrepris par les brasseurs pour améliorer leurs pratiques, notamment en matière d’environnement.
Le responsable évoque en particulier les questions liées à la consommation d’énergie et à l’utilisation de l’eau.
Le secteur a également connu d’importants développements en matière de recherche et d’innovation au cours des dernières années.
— « Il y a eu une véritable révolution dans la recherche au cours des dernières années, avec des brasseurs belges qui ont développé environ 100 recettes », souligne-t-il.
Une célébration qui dépasse Bruxelles
Même si le cœur du Belgian Beer Weekend se trouve à Bruxelles, la célébration de la culture brassicole belge ne se limite pas à la capitale.
Des initiatives sont également organisées dans d’autres régions du pays et aux alentours de Bruxelles.
— « Il y aura également, dans tout le pays et autour de Bruxelles, différentes célébrations de la culture de la bière belge », précise Sepp Tyvaert.
L’objectif est donc de faire de cette période de dix jours une véritable célébration nationale de la culture brassicole.
Faire connaître et protéger un patrimoine reconnu par l’UNESCO
À la fin de l’entretien, Sepp Tyvaert a été invité à répondre en français à une dernière question sur ses attentes concernant le festival.
Ses attentes sont doubles.
La première consiste à rappeler au public l’existence de cette reconnaissance internationale.
— « Notre premier espoir est que cette célébration rappelle et attire l’attention sur ce patrimoine culturel reconnu par l’UNESCO », déclare-t-il.
La deuxième attente concerne la nécessité de mieux faire connaître et protéger ce patrimoine auprès du public mais aussi des responsables politiques.
— « Nous espérons également que cela sera davantage diffusé auprès du public en général et aussi auprès des décideurs politiques, afin que ce patrimoine culturel soit quelque chose que nous devons protéger et développer », conclut-il.
Ainsi, à travers le Belgian Beer Weekend et les Culture Days, les brasseurs belges ne souhaitent pas seulement célébrer un produit emblématique. Ils veulent mettre en valeur une histoire, des savoir-faire, une diversité de techniques, des traditions régionales et une culture qui, au fil des siècles, s’est imposée comme l’une des signatures de la Belgique dans le monde.
Pendant dix jours, Bruxelles et d’autres régions du pays deviennent ainsi les vitrines d’un patrimoine brassicole vivant, capable de conjuguer tradition, innovation, identité culturelle et rayonnement international.
Un dernier dîner avant de quitter Bruxelles
Après le festival, je suis pratiquement retourné par le même chemin.
Je cherchais encore un restaurant différent pour dîner lorsque j’ai remarqué plusieurs établissements qui avaient installé des tables dans la rue des Chapeliers.
J’ai aperçu un serveur à l’extérieur du restaurant La Roue d’Or et, comme j’avais remarqué qu’il y avait du poisson au menu, je lui ai demandé s’il y avait également du riz.
Il m’a répondu qu’il n’en était pas très sûr, mais qu’il allait demander au chef.
Il est donc rentré dans le restaurant pendant que je l’attendais dehors. Quelques instants plus tard, il est revenu m’annoncer qu’il n’y avait pas de riz, mais qu’il y avait bien du poisson.
Je suis alors entré dans le restaurant et j’ai choisi un poisson pané accompagné de pommes de terre bouillies persillées, de salade et d’un jus d’orange.
C’était mon dernier dîner à Bruxelles avant de poursuivre mon voyage.
Une dernière nuit de travail avant Genève
Après le dîner, je suis retourné à l’hôtel pour travailler, comme d’habitude.
J’avais décidé de travailler toute la nuit, afin de ne pas prendre le risque d’être en retard à l’aéroport. Mon départ était prévu à 6 h 30 du matin, avec un vol en direction de Genève, en Suisse.
Cette dernière journée à Bruxelles aura finalement été particulièrement riche : une promenade matinale avec une conversation inattendue sur le Bangladesh et Muhammad Yunus, la découverte du Parlement européen, une visite à l’ambassade d’Haïti, les retrouvailles avec l’ambassadeur Alrich Nicolas, une aventure sous une pluie torrentielle avec un simple morceau de carton, la découverte spectaculaire de la Grand-Place et, enfin, le Belgian Beer Weekend.
Une journée bien remplie, à l’image de ce séjour européen qui m’aura permis de faire de nombreuses découvertes, de rencontrer des personnes venues d’horizons différents et de poursuivre ma réflexion sur les possibilités de coopération entre les peuples.
Joël Lorquet, PhD



