Quelques heures après avoir regagné Haïti par l’aéroport international du Cap-Haïtien, Me Renan Hédouville apparaît éprouvé mais serein. Dans sa chambre d’hôtel surplombant la cité christophienne, l’ancien Protecteur du citoyen raconte les neuf jours qu’il vient de passer en détention aux États-Unis, explique les conditions de son retour et répond aux controverses qui l’accompagnent en Haïti.
Assis près d’une lampe de chevet, le visage encore marqué par la fatigue, il ouvre l’entretien par un passage biblique auquel il dit s’être particulièrement attaché pendant cette période :
« Si l’Éternel n’était pas mon secours, mon âme serait bien vite dans la demeure du silence. » — Psaume 94, verset 17.
Pour l’ancien responsable de l’Office de la protection du citoyen (OPC), ces mots traduisent l’état d’esprit dans lequel il dit avoir traversé sa détention. De retour sur le sol haïtien, il évoque désormais quatre sentiments : « fierté, courage, confiance et résilience ».
Me Hédouville est arrivé au Cap-Haïtien le jeudi 3 septembre 2026 à bord d’un vol transportant 85 ressortissants haïtiens en provenance des États-Unis.
À proximité de l’appareil, l’ancien Protecteur du citoyen a notamment été accueilli par le substitut du commissaire du gouvernement, Me Jacky Jean, et le coordonnateur général de l’Office national de la migration (ONM), Delva Bonheur Négot.
Il apporte cependant sa propre version des circonstances ayant conduit à son retour. Selon lui, il ne s’agirait pas d’une déportation décidée unilatéralement par les autorités américaines. Il affirme avoir demandé à revenir en Haïti et avoir signé un document autorisant son départ volontaire.
D’après son récit, son interpellation remonte au 25 août, alors qu’il accomplissait des formalités relatives à sa situation migratoire. Il dit avoir engagé des démarches en vue d’obtenir la résidence permanente aux États-Unis.
Me Hédouville indique s’être rendu dans ce pays en mars 2025, notamment pour poursuivre des soins médicaux après une intervention chirurgicale. Il affirme voyager aux États-Unis depuis une trentaine d’années et assure n’y avoir jamais eu auparavant de démêlés avec la justice.
L’ancien Protecteur du citoyen précise également qu’il n’envisageait pas de demander l’asile politique. Il affirme n’avoir aucun différend avec les autorités haïtiennes actuelles, notamment avec le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
« Pour montrer que je n’avais aucun problème avec le gouvernement, j’ai décidé de rentrer chez moi », explique-t-il.
Il dit par ailleurs être reconnaissant envers le Premier ministre ainsi qu’envers le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Patrick Pélissier, pour l’attention qui aurait été portée à sa situation.
Au-delà des circonstances administratives de son retour, Me Hédouville insiste surtout sur ce que ces neuf jours ont représenté pour lui sur le plan personnel.
L’homme de droit affirme s’être engagé dans la défense des droits humains dès l’âge de 16 ans. Il cite notamment Gérard Gourgue, Lafontant Joseph et Victor Benoît parmi les personnalités ayant influencé son parcours.
Pendant plusieurs décennies, explique-t-il, il a étudié et enseigné les droits humains, participé à des campagnes de sensibilisation et visité des établissements pénitentiaires. Il a également côtoyé et accompagné des personnes privées de liberté.
Cette fois, la situation s’est inversée : ce n’est plus en observateur ou en défenseur des droits humains qu’il a connu la détention, mais comme détenu.
Une expérience qu’il présente comme une nouvelle étape dans son parcours. Selon lui, avoir personnellement vécu la privation de liberté devrait lui permettre de porter un regard différent sur les conditions de détention et sur les personnes qui y sont confrontées.
Il dit sortir de cette période avec davantage de sagesse et de sensibilité et assure vouloir continuer à travailler dans le domaine des droits humains.
Son retour intervient toutefois alors que son nom reste associé en Haïti aux conclusions d’une enquête de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) concernant sa gestion à la tête de l’Office de la protection du citoyen.
Me Hédouville conteste les accusations portées contre lui et s’en prend à l’ancien directeur général de l’ULCC. Il lui reproche d’avoir, selon lui, utilisé l’institution anticorruption pour exposer publiquement plusieurs personnalités avant que les procédures judiciaires n’aboutissent.
Dans ses déclarations, l’ancien Protecteur du citoyen affirme que des ministres, hauts responsables de l’État et entrepreneurs auraient ainsi vu leur réputation affectée par des accusations rendues publiques. Il va plus loin en accusant l’ancien responsable de l’ULCC d’avoir lui-même évolué dans un environnement marqué par des pratiques de corruption et d’avoir agi, dans certains dossiers, au bénéfice d’autres personnes.
Concernant sa propre situation, il soutient qu’aucune charge judiciaire ne serait actuellement pendante contre lui devant un cabinet d’instruction. Dans son entourage, on évoque également son ancien statut de haut responsable de l’État et les règles applicables aux actes accomplis dans l’exercice de certaines fonctions publiques.
« Fierté, courage, confiance et résilience »
Après environ une année passée principalement hors du pays, Me Hédouville affirme désormais vouloir reprendre ses activités en Haïti.
Les neuf jours de détention aux États-Unis auront néanmoins constitué une expérience inhabituelle pour celui qui a consacré une grande partie de son parcours professionnel à observer, documenter et dénoncer les atteintes aux droits des personnes privées de liberté.
Dans cette chambre d’hôtel du Cap-Haïtien, quelques heures après son arrivée, la fatigue demeure perceptible. Mais l’ancien Protecteur du citoyen assure ne pas vouloir faire de cet épisode un point d’arrêt. Il préfère résumer son retour par les quatre mots qu’il répète au cours de l’entretien : « fierté, courage, confiance et résilience ».
Gislène Guerrier

