23 septembre 2026
De Genève à Haïti : Joël Lorquet raconte une journée entre découverte, diplomatie et réflexion
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De Genève à Haïti : Joël Lorquet raconte une journée entre découverte, diplomatie et réflexion

Une journée à Genève — Entre découverte, rencontres et réflexion

Récit de voyage / Belgique
Mardi 8 septembre 2026
Par : Joël Lorquet, PhD

Ce matin-là, Damien François m’avait donné rendez-vous au restaurant Bagatelle, rue James-Fazy, près de la gare de Cornavin, dans le quartier de Saint-Gervais. Nous avons commandé du café et du thé et en avons profité pour bavarder tranquillement, un peu de tout. Cette rencontre autour d’une table allait bientôt se transformer en une véritable journée de découverte de Genève.

Après avoir quitté le restaurant, nous avons commencé notre promenade à partir de la gare de Genève-Cornavin. Damien avait décidé de continuer à me faire découvrir la ville. Dès les premiers pas, la visite a pris la forme d’une longue conversation. Nous ne nous sommes pas contentés de regarder les rues et les bâtiments : chaque quartier est devenu une occasion de parler de la Suisse, de son fonctionnement, de ses habitants et, par comparaison, d’Haïti.

À la sortie de la gare, j’ai observé les immeubles et l’environnement urbain. L’extérieur m’a paru assez sombre et modeste. Les bâtiments, avec leurs couleurs sobres et leur aspect parfois grisâtre, ne donnaient pas immédiatement l’impression d’être dans un pays aussi riche que la Suisse.

Damien m’a expliqué que cette sobriété était justement caractéristique du pays. Selon lui, la richesse suisse ne se manifeste pas nécessairement dans l’apparence des bâtiments. Elle se trouve davantage dans les infrastructures, les institutions, les entreprises et, souvent, à l’intérieur des immeubles.

Nous avons commencé à marcher dans les rues de Genève et la discussion s’est rapidement orientée vers les catégories sociales et les professions qui permettent de bien gagner sa vie. J’avais l’image traditionnelle du Suisse agriculteur, éleveur ou fermier. Damien a nuancé cette représentation.

Il m’a expliqué que les personnes disposant des revenus les plus élevés se trouvent notamment dans la finance, les banques, le droit et les professions libérales. À Genève, les avocats et les notaires travaillent beaucoup avec une clientèle internationale.

Il m’a également parlé de l’importance de la place financière genevoise et de la manière dont certaines fortunes venues de différents pays sont gérées en Suisse. Les transactions immobilières peuvent atteindre des sommes considérables.

— Imagine une villa qui coûte soixante ou quatre-vingts millions. Pour une transaction pareille, il faut des notaires, des avocats, des spécialistes de l’immobilier et toute une infrastructure juridique et financière.

Cette remarque m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement d’une économie où plusieurs professions sont liées les unes aux autres autour de transactions importantes.

Damien m’a ensuite raconté qu’il connaissait un Haïtien qui travaille dans le domaine juridique et immobilier et qui avait épousé une femme issue d’une ancienne famille genevoise.

— C’est aussi cela qu’il faut comprendre quand on arrive dans un pays comme la Suisse : il faut connaître son fonctionnement. Il faut être sérieux, compétent, avoir de la santé et surtout comprendre où se trouvent les possibilités.

Nous avons comparé cette situation avec Haïti. Chaque société possède ses secteurs économiques privilégiés. En Haïti, nous pouvons penser notamment à la médecine ou au commerce. En Suisse, les notaires, les avocats, les comptables, les médecins et les financiers disposent de possibilités importantes.

Nous sommes ensuite arrivés à un arrêt de bus.

— On prend le numéro 8. Tu vois ?

J’ai été impressionné par l’assurance avec laquelle Damien se déplaçait dans la ville.

— Après toutes ces années, tu connais tout par cœur !

— Ça fait près de quarante ans que je suis ici.

Le bus nous a conduits vers d’autres quartiers. Le déplacement est devenu une véritable leçon de géographie et de société. J’en ai profité pour lui poser différentes questions sur la Suisse, notamment sur les études et les qualifications professionnelles.

Je lui ai demandé, par exemple, si un diplôme obtenu au Québec pouvait être reconnu en Suisse. Il m’a expliqué que les diplômes provenant d’Amérique du Nord sont généralement bien considérés, mais que, pour certaines formations européennes ou étrangères, des adaptations peuvent être nécessaires, chaque pays ayant ses propres normes.

La conversation s’est ensuite tournée vers l’immigration. Je voulais savoir quelles étaient les principales communautés étrangères présentes en Suisse.

Damien m’a expliqué que les Italiens étaient très nombreux et qu’ils avaient fourni une grande partie de la main-d’œuvre qui a participé à la construction des routes, des chemins de fer et de nombreux bâtiments du pays. Il a également évoqué les Français, les Portugais et les Espagnols.

La proximité géographique de Genève avec la France joue évidemment un rôle important. La frontière est toute proche et de nombreux travailleurs français viennent quotidiennement travailler à Genève.

Nous avons parlé des transports publics genevois et de la place des travailleurs frontaliers dans leur fonctionnement. Selon Damien, dans certains secteurs, la présence des travailleurs étrangers est devenue indispensable.

— Tu ne verras pas forcément un Suisse en train de creuser une route. Il y a des Italiens, des Portugais, des Africains et d’autres étrangers qui font ces travaux. Dans les bureaux, tu retrouves davantage de Suisses.

Il a également évoqué le secteur hospitalier et la présence importante de travailleurs frontaliers. Pour lui, l’économie genevoise montre à quel point les migrations font désormais partie du fonctionnement quotidien d’une société moderne.

Cette discussion m’a naturellement amené à penser aux Haïtiens établis à l’étranger. Nous avons parlé de plusieurs Haïtiens qui ont réussi dans le domaine médical aux États-Unis et dans d’autres pays. Nous avons évoqué des professionnels qui ont fait leurs études à l’étranger et occupent aujourd’hui des postes importants dans la médecine, la recherche ou les institutions internationales.

Je me suis dit que la médecine pouvait effectivement constituer une voie importante de réussite pour de nombreux Haïtiens lorsque les conditions permettent aux jeunes de poursuivre leurs études et de développer leurs compétences.

Après avoir quitté le bus, nous avons poursuivi notre promenade. Le Jet d’Eau est apparu au loin.

— Tu vois, c’est le symbole de Genève.

J’ai sorti mon appareil pour prendre quelques photos. Nous nous sommes ensuite intéressés au Rhône et à la géographie de la ville. Damien m’a expliqué la différence entre la rive gauche et la rive droite et m’a montré les principaux axes de circulation.

Plus tard, nous sommes arrivés dans le centre-ville.

— Là, c’est vraiment le centre. Le centre commercial, le centre des affaires.

J’ai remarqué l’enseigne Migros.

— Migros, c’est aussi une banque ?

Damien m’a expliqué que Migros était avant tout une grande coopérative possédant notamment des magasins, même si le groupe est également présent dans différents secteurs de services.

Nous avons continué notre chemin et devions traverser pour emprunter la rive gauche du Rhône afin de nous rendre à la clinique du Dr Philippe Michaël Desmangles, ophtalmologue et ophtalmochirurgien genevois d’origine haïtienne.

Sur les traces du Dr Philippe Michaël Desmangles

Lors de mon séjour à Genève, je souhaitais rencontrer le Dr Philippe Michaël Desmangles, compte tenu de son parcours et du travail qu’il accomplit dans le domaine de l’ophtalmologie en Suisse. Je n’avais malheureusement pas de rendez-vous avec lui, mais je tenais à faire sa connaissance et à mieux comprendre son parcours professionnel ainsi que son lien avec Haïti.

Le Dr Philippe Michaël Desmangles est spécialiste FMH en ophtalmologie et en ophtalmochirurgie. Il a effectué ses études médicales à l’Université de Genève, puis a complété sa formation à l’Université de Bordeaux, notamment dans les domaines de la chirurgie réfractive, de la chirurgie de la cataracte, ainsi que de la pathologie et de la chirurgie de la rétine et du vitré.

Né en Suisse d’une mère suisse, il a toutefois grandi en Haïti, où il a effectué ses études secondaires avant de revenir en Suisse pour poursuivre sa formation médicale et se spécialiser en ophtalmologie.

Son parcours familial est lui aussi lié à la médecine. Il est le fils du Dr Jean-Claude Desmangles, médecin et ophtalmologue, également musicien et organiste à l’Église méthodiste, aujourd’hui décédé. Sa mère est également décédée récemment.

Cette histoire familiale donne une dimension particulière à son parcours. Une biographie publiée par la Tribune de Genève rapporte notamment le message que son père lui avait laissé : « N’oublie pas Haïti, le pays dans lequel tu es né. » Cette phrase résonne particulièrement dans le parcours d’un homme qui, malgré une carrière construite en Suisse, conserve un lien avec son pays d’origine.

À Genève, le Dr Desmangles est médecin responsable et cofondateur du Centre Ophtalmologique de Rive, situé rue Pierre-Fatio. Il travaille avec plusieurs autres ophtalmologues spécialisés dans différents domaines.

Son activité couvre notamment la chirurgie réfractive, la chirurgie de la cataracte ainsi que la chirurgie de la rétine et du vitré. Il est également associé à des initiatives et structures liées à la santé visuelle.

Ce qui m’intéressait surtout dans son parcours était ce lien entre la Suisse et Haïti. Né en Suisse, ayant grandi en Haïti puis étant revenu en Suisse pour sa formation médicale, il représente un parcours qui relie deux pays et deux cultures.

Malheureusement, le Dr Desmangles n’était pas encore revenu de vacances au moment de mon passage. Je n’ai donc pas pu le rencontrer. Je gardais néanmoins le sentiment d’avoir découvert un parcours qui méritait d’être mieux connu.

Une ville organisée

Après cette étape, nous avons poursuivi notre découverte de Genève et la conversation s’est naturellement orientée vers l’organisation politique de la Suisse.

Je voulais comprendre où se trouvait réellement le centre du pouvoir.

— On me dit que la plus grande autorité est à Berne, c’est ça ?

Damien m’a expliqué que Berne est la capitale fédérale.

— Berne, c’est un peu comme Washington aux États-Unis. Le gouvernement fédéral et le Parlement sont là-bas.

J’ai voulu comprendre le fonctionnement de la présidence suisse. Damien m’a expliqué que la Suisse fonctionne différemment d’un système présidentiel classique. La présidence de la Confédération est exercée à tour de rôle par un membre du gouvernement fédéral, pour une période d’un an, tandis que le pouvoir exécutif est exercé collectivement par le Conseil fédéral.

Il m’a également expliqué que la Suisse compte vingt-six cantons, chacun disposant de son propre gouvernement et de son parlement.

— Genève a donc son propre gouvernement ?

— Oui. Ici, nous sommes dans l’État de Genève. Le canton dispose de ses institutions, comme les autres cantons.

Cette organisation décentralisée m’a beaucoup intéressé. Nous avons parlé de la répartition des responsabilités entre la Confédération et les cantons. Le gouvernement fédéral s’occupe notamment de la défense, des affaires étrangères et de certaines questions nationales, tandis que les cantons disposent de compétences importantes dans plusieurs domaines.

Je voyais là une organisation institutionnelle très différente de celle d’Haïti et qui méritait d’être étudiée avec attention.

Genève et la frontière française

Nous avons repris les transports publics et la proximité de la France est revenue dans la conversation.

Je me suis dit qu’une personne venant en Europe n’avait finalement pas intérêt à limiter son voyage à un seul pays. Depuis Genève, il est très facile de se rendre en France et de découvrir d’autres villes.

Damien m’a montré les possibilités de rejoindre les communes françaises voisines.

— On aurait pu faire un saut à Saint-Julien ou à Annemasse.

J’ai regretté de ne pas avoir prévu cette petite escapade.

Nous avons également comparé certaines démarches administratives en Suisse avec la situation en Haïti. La simplicité et l’organisation de certaines procédures m’ont amené à réfléchir aux moyens par lesquels Haïti pourrait expérimenter certaines réformes à une échelle locale avant de les étendre.

Nous avons évoqué l’idée de commencer dans une ville ou une région, par exemple Port-de-Paix ou Jacmel, d’expérimenter certaines solutions, puis de les généraliser si elles fonctionnent.

Cette discussion nous a conduits à parler plus largement du développement d’Haïti. Les ressources naturelles ne suffisent pas à elles seules. Il faut aussi des institutions fonctionnelles, des infrastructures, une organisation administrative et des personnes capables de mettre en œuvre les projets.

Le Rhône, l’Arve et les quartiers de Genève

Notre promenade nous a ensuite conduits vers les cours d’eau de Genève.

— Ça, c’est l’Arve, m’a expliqué Damien.

Il m’a montré le cours d’eau et m’a expliqué que Genève se trouve au confluent du Rhône et de l’Arve. Le Rhône traverse la ville avant de poursuivre son chemin vers la France et la Méditerranée, tandis que l’Arve descend des Alpes et rejoint le Rhône à Genève.

Nous avons continué vers différents quartiers. À Carouge, l’atmosphère était différente.

— C’est une commune un peu spéciale. Les maisons sont généralement basses, deux ou trois étages. Ça donne un style italien.

J’ai observé les façades, les rues et l’architecture.

Nous avons également remarqué les nombreux platanes qui bordent certaines avenues.

— Tu vois l’avantage des platanes ?

— L’ombre.

— Exactement. Sous les platanes, tu peux installer un restaurant et rester au frais.

Cette remarque m’a immédiatement fait penser à Haïti. Avec notre climat, l’ombre des arbres pourrait jouer un rôle important dans l’aménagement des espaces publics.

Nous avons plaisanté sur l’idée de créer, en laboratoire, une variété d’arbres particulièrement adaptée au climat tropical.

La visite était ainsi faite de grands sujets et de petits détails : l’architecture, les arbres, les transports, les commerces, les logements, les habitudes alimentaires et la manière dont les habitants occupent leur ville.

Une ville chère, mais organisée

Au fil de la journée, nous avons également parlé du coût de la vie à Genève. Les salaires sont élevés, mais les dépenses le sont également.

Le logement, l’assurance maladie et les services représentent des charges importantes pour les habitants.

Nous avons également évoqué les difficultés liées à la circulation automobile. Les parkings sont nombreux, mais leur coût peut être élevé et il faut parfois tourner longtemps avant de trouver une place.

Damien m’a expliqué qu’il préférait utiliser les transports publics.

— Moi, je ne viens pratiquement jamais en voiture.

Cette remarque rejoignait notre discussion sur le système de transport suisse. Pour lui, le train et les transports publics constituent l’une des grandes forces du pays.

Les richesses d’Haïti

Comme souvent dans nos conversations, nous sommes revenus à Haïti.

Nous avons parlé de nos ressources naturelles et de notre potentiel touristique.

— Haïti, c’est comme si nous étions assis sur un baril rempli d’or et que nous nous plaignions d’être pauvres.

Nous avons commencé à énumérer les sites que nous connaissions : les plages du Nord, la baie de Chouchou, Môle-Saint-Nicolas, La Tortue, La Gonâve, puis les plages du Sud, l’Île-à-Vache, les Cayemites, Raymond-les-Bains, Port-Salut et Pointe-Sable.

Mais Haïti ne se résume évidemment pas aux plages. Il y a aussi les cascades, les grottes, les montagnes et les sites historiques.

Nous avons notamment parlé du Bassin-Zim et des anciennes fortifications du pays.

Je regrettais que certains de ces sites soient encore insuffisamment valorisés et accessibles.

Nous avons imaginé ce que pourrait représenter pour Haïti une véritable politique de développement touristique : de meilleures routes, des infrastructures adaptées, un accueil organisé et une mise en valeur systématique du patrimoine.

Si les Dominicains peuvent exporter en Suisse, pourquoi pas nous ?

La même réflexion s’applique à l’agriculture.

Nous avons parlé du café, du cacao, des patates douces, du malanga, des pois rouges, des pois noirs et de nombreux autres produits agricoles.

Damien insistait sur l’importance d’un véritable positionnement commercial, notamment autour de la qualité et de la production biologique.

— Il faudrait surtout mettre l’accent sur le label biologique et pouvoir garantir que les agriculteurs n’utilisent pas de pesticides ou d’insecticides.

Nous avons cité l’exemple de produits dominicains disponibles en Suisse.

— Si les Dominicains peuvent exporter ici, pourquoi pas nous ?

Cette question résumait assez bien notre réflexion de la journée : Haïti dispose de ressources, mais il faut créer les conditions permettant de les transformer en activités économiques durables.

Un vieillard déçu de la Suisse actuelle

Pendant que nous attendions le bus, un vieillard est venu nous parler. Il pensait que nous étions Africains et nous a expliqué qu’il avait lui-même vécu en Afrique, notamment au Liberia, où il avait travaillé. Il se souvenait du climat chaud et humide et nous a raconté son expérience dans ce pays.

Au cours de la conversation, il a également exprimé son point de vue sur la situation de certains pays africains. Il estimait que les grandes puissances avaient contribué, selon lui, à maintenir certaines situations de pauvreté et de dépendance.

Puis il s’est mis à parler de la Suisse.

Il nous a expliqué que, dans les années 1960, il considérait la Suisse comme un pays particulièrement intéressant, mais qu’il avait aujourd’hui le sentiment que beaucoup de choses avaient changé.

Il s’est notamment plaint de la présence de mendiants dans les rues, dont certains, selon lui, venaient de Roumanie et ne souhaitaient pas travailler. Il exprimait une vision très critique de cette évolution et de ce qu’il percevait comme une transformation de la société suisse.

À la fin de la conversation, il nous a confié qu’il était profondément découragé par les changements qu’il observait dans son pays et qu’il ne souhaitait pas vivre assez longtemps pour voir davantage de détérioration.

Ses paroles m’ont beaucoup fait réfléchir.

Pourtant, malgré la dureté de certains de ses propos, l’homme était très amical et sympathique. Sa manière de venir spontanément nous parler témoignait aussi d’une certaine familiarité avec les personnes d’origine africaine.

Un peu plus tard, alors que nous descendions du bus, le chauffeur a pris beaucoup de temps avant d’ouvrir la porte. Le vieillard a alors murmuré, presque à voix basse, qu’il n’était pas étonné parce que le chauffeur était marocain.

Cette dernière remarque, prononcée discrètement, m’a également interpellé. Elle révélait une autre facette de la conversation : derrière l’image d’une société organisée et prospère, il existe aussi des perceptions, des frustrations et des tensions liées à l’immigration et aux transformations sociales.

Cette rencontre fortuite restera pour moi l’un des moments les plus marquants de la journée, précisément parce qu’elle n’était pas prévue.

La Mission permanente d’Haïti à Genève

Après avoir déjeuné au buffet de Migros, nous nous sommes dirigés vers la rue de Lyon pour nous rendre à la Mission permanente d’Haïti auprès de l’Office des Nations Unies à Genève.

Avant mon départ, je tenais absolument à passer saluer l’équipe de la représentation haïtienne en Suisse. J’avais appris que Madame Lassègue serait absente, retenue toute la semaine par une série de séances consacrées aux droits humains. Elle m’avait toutefois indiqué que Madame Carline Fabre, ministre-conseiller, se ferait un plaisir de me recevoir.

Je suis donc arrivé à la Mission avec l’intention simple de saluer l’équipe et de profiter de mon passage en Europe pour rencontrer mes compatriotes.

J’ai expliqué que, puisque j’étais de passage en Suisse, il me paraissait naturel qu’un Haïtien puisse venir rencontrer ses concitoyens et prendre des nouvelles de la représentation de son pays.

Madame Fabre m’attendait effectivement et m’a accueilli avec beaucoup de disponibilité.

Nous avons eu une conversation très intéressante qui m’a permis de mieux comprendre le travail accompli par cette Mission et les services qu’elle offre à la communauté haïtienne.

Joël Lorquet en compagnie de la ministre-conseiller, Madame Carline Fabre

La Mission permanente d’Haïti à Genève constitue un lieu important de représentation diplomatique d’Haïti dans un environnement international particulièrement stratégique.

Genève est en effet l’un des grands centres de la diplomatie multilatérale mondiale, notamment dans les domaines des droits humains, de la coopération internationale, de la santé, du développement et de l’action humanitaire.

La Mission a pour vocation principale de représenter l’État haïtien auprès de l’Office des Nations Unies à Genève et des différentes organisations internationales qui y sont établies.

Madame Fabre m’a expliqué que son travail ne correspond pas exactement à celui d’une ambassade bilatérale classique. Il s’agit avant tout d’une représentation permanente tournée vers le travail multilatéral.

La Mission suit notamment les réunions et les dossiers traités auprès de nombreuses organisations internationales, parmi lesquelles l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation internationale du travail, l’Organisation internationale pour les migrations, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et ONUSIDA.

Cela représente évidemment beaucoup de réunions, de documents, de rapports et de contacts diplomatiques.

Nous avons également parlé de la communauté haïtienne en Suisse. La Mission entretient des relations avec les Haïtiens établis dans le pays et participe à certaines activités permettant de maintenir les liens entre la communauté et Haïti.

Nous avons notamment évoqué les célébrations nationales et la soupe joumou, qui demeure un symbole important de notre histoire et de notre identité.

J’ai découvert que la Mission joue également un rôle concret dans certains services destinés aux Haïtiens. Parmi ceux-ci figure la possibilité d’obtenir des documents et des services administratifs, notamment liés à l’identification nationale.

L’appareil permettant de produire les cartes d’identification nationale était arrivé et était déjà mis au service des Haïtiens de la communauté.

La Mission compte environ une dizaine d’employés qui participent, chacun dans son domaine, au fonctionnement de la représentation et aux services destinés à la communauté.

Notre conversation m’a également permis de mieux comprendre l’importance de la diplomatie multilatérale pour un pays comme Haïti.

Dans le contexte difficile que traverse actuellement notre pays, cette représentation permet de faire connaître auprès des partenaires internationaux les réalités, les besoins et les priorités d’Haïti, mais aussi de rechercher des possibilités de coopération dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la formation, du développement et de l’aide humanitaire.

Comme je devais quitter la Suisse le lendemain, je tenais particulièrement à effectuer cette visite avant mon départ.

Je suis ressorti de la Mission avec le sentiment d’avoir mieux compris une dimension de la présence haïtienne à l’étranger que je connaissais moins : celle de la diplomatie multilatérale et du travail quotidien réalisé dans les coulisses des grandes institutions internationales.

L’Horloge Fleurie, symbole de Genève

Après, nous sommes allés visiter l’Horloge Fleurie de Genève. Cette horloge, très visitée et photographiée par les touristes, a été créée en 1955, en hommage à la célèbre tradition horlogère genevoise. Elle est située à l’entrée du Jardin Anglais, au bord du lac Léman, sur le quai du Général-Guisan.

Cette œuvre originale associe la précision de l’horlogerie suisse à l’art horticole. Son cadran est composé de milliers de fleurs, dont les couleurs et les arrangements sont renouvelés au fil des saisons.

L’Horloge Fleurie est également remarquable par son aiguille des secondes, longue de 2,5 mètres, qui est présentée comme l’une des plus longues au monde.

Elle constitue aujourd’hui l’un des symboles les plus connus de Genève et témoigne du lien historique entre la ville et l’horlogerie.

Une promenade sur le lac Léman

Tout de suite après, nous nous sommes rendus sur le lac Léman, où nous avons embarqué à bord d’un petit bateau dénommé « La Micheline ».

Pendant environ dix minutes, nous avons navigué sur le lac et nous nous sommes rapprochés du célèbre Jet d’eau de Genève, qui constitue l’un des symboles les plus emblématiques de la ville.

Cette courte promenade nous a permis d’admirer Genève depuis le lac et de découvrir autrement la beauté de cette ville suisse.

Une excursion incluse dans le billet de bus

Il convient également de noter que le billet de bus donne droit à une promenade en bateau sur le lac, sans frais supplémentaires.

C’est une formule particulièrement intéressante pour les visiteurs, puisqu’elle permet de combiner la découverte de Genève par la route et une petite excursion sur le lac Léman.

Ainsi, en quelques minutes, nous avons pu passer des rues de Genève aux eaux du lac Léman, tout en profitant d’une vue exceptionnelle sur la ville et sur son célèbre Jet d’eau.

Une journée entre Genève et Haïti

Après avoir parcouru Genève en bus, en tramway et à pied, observé le Rhône et l’Arve, découvert différents quartiers de la ville, admiré l’Horloge Fleurie, symbole emblématique de Genève, effectué une promenade sur le lac Léman, et échangé sur la Suisse, l’immigration, l’économie et Haïti, ma journée touchait progressivement à sa fin.

Pourtant, les conversations continuaient jusque dans les transports.

Je repensais à toutes les personnes rencontrées au cours de cette journée : Damien, qui m’avait servi de guide et de compagnon de réflexion ; les habitants croisés dans les rues ; le vieillard qui avait vécu au Liberia ; le personnel de la Mission permanente d’Haïti ; et, même en son absence, le Dr Philippe Michaël Desmangles, dont le parcours m’avait conduit jusqu’à sa clinique.

Toutes ces rencontres avaient quelque chose en commun : elles m’avaient permis de regarder Genève au-delà de son image touristique.

J’avais découvert une ville internationale, organisée autour de ses transports, de ses institutions financières, de ses services publics et de son rôle diplomatique. Mais j’avais également découvert une société traversée par des transformations, des interrogations et parfois des frustrations.

Le voyage à Genève avait finalement été beaucoup plus qu’une simple visite touristique.

À travers les explications de Damien, les rencontres fortuites, la visite de la Mission haïtienne et les réflexions sur les institutions suisses, j’avais constamment été ramené à Haïti.

Les deux pays sont très différents par leur histoire, leur organisation et leurs moyens.

Pourtant, une même question revenait constamment dans nos conversations : comment transformer les ressources disponibles en possibilités réelles pour la population ?

En regardant le Jet d’Eau, le Rhône, les rues de Carouge, les transports publics, les institutions internationales et la Mission permanente d’Haïti, je me suis mis à réfléchir à la manière dont une société peut organiser ses ressources, ses institutions et ses compétences.

La Suisse m’apparaissait comme un exemple d’organisation construit sur plusieurs décennies, avec ses forces, ses contradictions et ses problèmes propres. Haïti, de son côté, dispose de ressources humaines, naturelles, culturelles et historiques considérables, mais doit encore trouver les moyens de mieux les valoriser.

Lorsque j’ai quitté Genève, j’emportais avec moi des images, des conversations, des contacts et surtout plusieurs réflexions.

Je savais aussi que certaines rencontres devraient être reprises plus tard, que certains contacts devraient être approfondis et que plusieurs questions méritaient encore d’être étudiées.

La Suisse aura donc été pour moi une étape de voyage, mais également une occasion de regarder Haïti autrement.

Et peut-être était-ce finalement cela, le plus important de cette journée : partir à la découverte d’un autre pays pour mieux comprendre le sien.

Joël Lorquet, PhD

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