31 août 2026
SOS pour l’élevage dans la Grand’Anse : les bovins et les caprins sont en danger
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SOS pour l’élevage dans la Grand’Anse : les bovins et les caprins sont en danger

La situation de l’élevage dans le département de la Grand’Anse exige une intervention urgente des autorités publiques. Deux menaces graves frappent actuellement les communautés rurales : l’abattage clandestin et inexpliqué de bovins dans la première section communale d’Abricots, ainsi que la réapparition présumée de la maladie du charbon à Baliverne, dans la commune de Dame-Marie.

Ces événements mettent en danger le cheptel bovin et caprin, les moyens de subsistance des familles paysannes, la sécurité alimentaire et, potentiellement, la santé publique. Face à l’inquiétude croissante, le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement Rural (MARNDR) doit mobiliser rapidement ses services vétérinaires et travailler avec les autorités sanitaires, judiciaires et territoriales.

Selon les témoignages recueillis sur le terrain, des personnes non encore identifiées auraient tué plus de sept bovins appartenant à des paysans dans les localités de Kalòj et de Ramond, situées dans la première section communale d’Abricots. Les faits se seraient produits durant la nuit du jeudi 27 au vendredi 28 août 2026.

Au réveil, les éleveurs auraient retrouvé leurs animaux morts dans les pâturages. Certaines parties des carcasses manquaient, principalement à l’arrière du cou. Selon les personnes interrogées, très peu de sang était visible autour des animaux. Les auteurs auraient emporté seulement certains morceaux de viande.

Ces circonstances inhabituelles provoquent une grande inquiétude au sein de la population. Elles doivent toutefois faire l’objet d’une enquête professionnelle avant toute conclusion. Des prélèvements vétérinaires, l’examen des carcasses, la collecte d’indices et l’audition des témoins sont indispensables pour déterminer la cause exacte des mortalité et établir si les événements relèvent uniquement d’actes criminels, d’un problème sanitaire ou d’une combinaison de facteurs. 

Une paysanne a rapporté que le phénomène aurait commencé environ six mois plus tôt dans cette section communale. Auparavant, des individus auraient coupé et emporté la tête de certains bovins. Francky Jeune, coordonnateur du Conseil d’administration de la section communale, estime que plus de 25 animaux auraient péri dans des circonstances similaires au cours des cinq derniers mois.

Si ce bilan est confirmé, il ne s’agit plus d’une succession d’incidents isolés. Nous sommes devant un phénomène organisé qui menace directement l’économie rurale.

Pour une famille paysanne, une vache ou une chèvre ne représente pas seulement un animal. C’est un capital vivant, une réserve économique et parfois le résultat de plusieurs années de travail. La vente d’un animal peut permettre de payer les frais scolaires, de financer des soins médicaux, d’acheter des semences, de réparer une maison ou de répondre à une urgence familiale.

La perte de plusieurs bovins peut donc faire basculer une famille dans une situation de grande précarité. Lorsque ces pertes se multiplient dans une communauté, elles réduisent également la disponibilité de la viande, du lait, des reproducteurs et du fumier organique. Elles affaiblissent les chaînes de valeur agricoles et diminuent la capacité des éleveurs à reconstruire leur troupeau.

Les autorités doivent considérer ces actes comme une atteinte sérieuse aux moyens d’existence de la population rurale. Les responsables présumés doivent être recherchés dans le respect de la loi, sans accusation publique non vérifiée, sans justice populaire et sans représailles contre des personnes innocentes.

À ces actes s’ajoute une deuxième alerte : la réapparition présumée de la maladie du charbon à Baliverne, localité de la commune de Dame-Marie. Selon les informations communiquées, cette maladie aurait déjà frappé à plusieurs reprises les bovins et les caprins dans la Grand’Anse.

La maladie du charbon, aussi appelée charbon bactéridien ou anthrax, est une infection grave causée par la bactérie « Bacillus anthracis ». Elle touche surtout les animaux herbivores, notamment les bovins, les caprins et les ovins. Ses spores peuvent survivre longtemps dans le sol, ce qui explique la possibilité de réapparitions dans certaines zones.

Cette maladie peut également être transmise à l’être humain par contact avec un animal infecté, sa carcasse, son sang, sa peau ou sa viande. C’est pourquoi toute mortalité soudaine ou inhabituelle doit immédiatement être signalée à un agent vétérinaire. Seuls des prélèvements effectués et analysés selon des protocoles sécurisés peuvent confirmer le diagnostic.

Il faut surtout éviter d’ouvrir, de découper, de déplacer ou de consommer la carcasse d’un animal suspect. L’ouverture d’une carcasse potentiellement infectée peut favoriser la contamination du milieu et la formation de spores persistantes. Les personnes exposées doivent rapidement communiquer avec les services de santé.

La population doit adopter des comportements prudents sans céder à la panique.

  • Ne touchez pas une carcasse suspecte à mains nues.
  • Ne découpez pas et ne consommez pas la viande d’un animal trouvé mort ou abattu dans des circonstances inconnues.
  • N’achetez pas de viande dont l’origine et les conditions d’abattage ne peuvent pas être vérifiées.
  • Éloignez les enfants et les animaux domestiques des carcasses et des pâturages suspects.
  • Signalez immédiatement toute mortalité inhabituelle aux autorités vétérinaires, sanitaires, locales et policières.
  • Consultez rapidement un établissement de santé après tout contact avec une carcasse suspecte ou après l’apparition d’une lésion cutanée inhabituelle, de fièvre ou d’autres symptômes.
  • Évitez les rumeurs, les accusations sans preuve et toute forme de justice populaire.

Les éleveurs doivent renforcer la surveillance communautaire de leurs animaux. Dans la mesure du possible, les bovins et les caprins ne devraient pas rester sans surveillance durant la nuit dans des zones isolées.

Il serait utile de créer des comités locaux de vigilance, de tenir un registre des animaux et d’utiliser des moyens d’identification comme les boucles auriculaires, lorsqu’ils sont disponibles. Chaque éleveur victime d’un acte criminel doit déposer officiellement une plainte et transmettre aux enquêteurs les renseignements utiles, tout en évitant de manipuler la scène.

Les éleveurs doivent également demander l’appui des services vétérinaires pour établir un calendrier de vaccination adapté aux zones reconnues à risque de charbon bactéridien. Aucun animal malade ne doit être vendu, transporté ou abattu pour la consommation.

Le ministère de l’Agriculture doit déployer sans délai une mission vétérinaire et épidémiologique à Abricots et à Dame-Marie. Cette mission devrait examiner les animaux morts, prélever des échantillons de façon sécuritaire, confirmer ou écarter la présence du charbon bactéridien et cartographier les foyers de mortalité.

Le Ministère devrait également :

  • instaurer une surveillance active du cheptel dans les communes concernées;
  • fournir des équipements de protection aux équipes d’intervention;
  • organiser une campagne ciblée de vaccination dans les zones à risque, selon l’évaluation vétérinaire;
  • encadrer la gestion sécuritaire des carcasses et la décontamination des lieux;
  • contrôler le déplacement et la vente d’animaux provenant des foyers suspects;
  • vérifier les circuits clandestins d’abattage et de commercialisation de la viande;
  • informer la population en créole haïtien et en français par l’intermédiaire des radios communautaires;
  • établir un mécanisme documenté d’aide ou de compensation pour les éleveurs touchés;
  • publier régulièrement des résultats vérifiés afin de prévenir les rumeurs.

La Police nationale, la justice, les collectivités territoriales, les services vétérinaires, le ministère de la Santé publique et les organisations paysannes doivent agir de manière coordonnée. Une enquête criminelle et une enquête sanitaire doivent avancer parallèlement.

La Grand’Anse ne peut pas se permettre de perdre silencieusement ses bovins et ses caprins. Chaque animal tué illégalement ou emporté par une maladie évitable représente une perte économique, alimentaire et sociale.

Les alertes venant de Kalòj, de Ramond et de Baliverne doivent être prises au sérieux. Il faut enquêter, protéger les communautés, prévenir la propagation des maladies et soutenir les éleveurs avant que la situation ne s’aggrave.

L’heure n’est ni à l’indifférence ni à la panique. Elle est à la vigilance, à la science, à la solidarité et à l’action publique. Sauver l’élevage dans la Grand’Anse, c’est défendre les familles paysannes, préserver la sécurité alimentaire et protéger la santé de toute la population.

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Talot Bertrand, Ing-Agr. / DTM

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