4 août 2026
Quand le CEP prolonge après avoir clôturé – contradictions, arbitraire et enjeux politiques 
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Quand le CEP prolonge après avoir clôturé – contradictions, arbitraire et enjeux politiques 

Deux notes de presse du Conseil Électoral Provisoire, publiées à quelques jours d’intervalle,  révèlent une contradiction flagrante et soulevent de sérieuses questions sur la prévisibilité, la  légalité et la neutralité du processus électoral. 

Les deux communiqués en contradiction 

Le 31 juillet 2026, le CEP annonce officiellement que 17 groupements politiques se sont  enregistrés, regroupant 227 partis sur 316 agréés. La fermeture du processus d’enregistrement  des groupements, entamé le 13 juillet, a été verbalisée par un juge de paix de la commune  de Pétion-Ville le vendredi 31 juillet 2026 à 9 heures du soir. La prochaine étape est l’analyse  des dossiers en vue de la publication de la liste des groupements agréés. L’enregistrement des  regroupements reste fixé du 10 au 14 août. 

Trois jours plus tard, le 3 août 2026, le même CEP publie une nouvelle note prolongeant le  délai d’enregistrement des groupements politiques : formation du 4 au 6 août 2026, et  publication de la liste définitive le 8 août 2026. La période des regroupements demeure  inchangée. 

On passe donc d’une clôture solennelle, constatée par un officier ministériel, à une  réouverture quasi immédiate. Cette volte-face n’est pas anodine. 

Le sens et la portée de la verbalisation par un juge de paix 

La verbalisation par un juge de paix n’est pas un simple formalisme. Elle confère au constat  un caractère authentique et officiel. Elle fixe un fait juridique : à une date et une heure  précises, le processus d’enregistrement des groupements est clos. Ce document peut servir de  preuve dans d’éventuels contentieux. En principe, une fois le procès-verbal dressé, les  résultats constatés deviennent opposables. Réouvrir les inscriptions après une telle formalité  revient à contredire un acte officiel que le CEP a lui-même sollicité. 

Le CEP peut-il réouvrir les inscriptions malgré le procès-verbal ? 

Strictement parlant, le CEP dispose d’une certaine latitude dans l’organisation du processus,  surtout en l’absence d’un cadre législatif permanent et dans un contexte de transition.  Cependant, changer les règles après avoir constaté officiellement la clôture affaiblit la sécurité  juridique. Si l’institution peut, à sa guise, prolonger un délai qu’elle a elle-même déclaré échu  et fait constater par un juge de paix, alors la prévisibilité du calendrier électoral s’effondre.  Les acteurs politiques ne savent plus sur quel pied danser. 

Conséquences et risques de contestation 

Cette manœuvre ouvre la porte à des contestations. Des partis ou groupements pourraient  arguer que les inscriptions réalisées pendant la période de prolongation sont entachées  d’irrégularité, précisément parce qu’elles interviennent après un procès-verbal de clôture. À  l’inverse, ceux qui n’ont pas pu s’inscrire avant le 31 juillet pourraient contester la clôture 

initiale. Dans les deux cas, le CEP s’expose à des recours qui risquent de retarder encore le  processus ou d’entacher la légitimité des groupements et regroupements finalement retenus. 

Plus largement, l’institution donne l’image d’un arbitre qui modifie les règles en cours de  partie. Imaginons un arbitre de football qui, après avoir sifflé la fin des 90 minutes, décide de  prolonger la rencontre pour des raisons qu’il juge bonnes. Que penseraient les équipes ? Ne  seraient-elles pas tentées, à leur tour, de prendre des libertés avec le règlement ? Et si le public  s’en mêle ? C’est l’arbitre lui-même qui a initié le désordre. En changeant les règles après les  avoir fait constater officiellement, le CEP affaiblit son autorité et invite les acteurs à ne plus  respecter strictement le cadre qu’il fixe. 

Quel est l’objectif réel de cette prolongation ? 

Deux hypothèses s’affrontent. 

La première, généreuse, voudrait que le CEP cherche à permettre à des partis comme Fanmi  Lavalas, l’OPL ou EDE de se regrouper afin d’échapper aux frais d’inscription extrêmement  élevés (2 000 000 de gourdes pour un candidat à la présidence, 800 000 pour un sénateur,  selon les montants rapportés du décret). Dans cette optique, la prolongation serait un geste  d’inclusion. 

La seconde hypothèse, plus réaliste au regard du rapport de force actuel, est que la  prolongation profite principalement au PHTK et à ses alliés proches. En multipliant les  groupements puis en les fédérant, ces forces se placent en position d’atteindre les seuils de  l’article 137 du décret électoral et de bénéficier d’une réduction de 100 % des frais  d’inscription. Chaque jour supplémentaire leur permet de consolider ce montage. 

Le dilemme de Lavalas, de l’OPL et d’EDE 

Ces formations se trouvent aujourd’hui face à leurs responsabilités. Elles ont accepté, ou du  moins n’ont pas fermement combattu, le décret électoral de Fils-Aimé, dont certains articles  favorisent clairement les acteurs capables de monter des structures multiples. Elles pratiquent  parfois un double jeu : se présenter comme des forces d’opposition tout en ayant des  représentants dans le gouvernement. Ce positionnement ne les protège en rien des frais  faramineux d’inscription. 

Trois options s’offrent à elles : 

1. Entrer dans la logique des groupements et regroupements pour réduire ou  annuler les frais, comme le fait le PHTK. 

2. Assumer le coût élevé des candidatures et limiter leurs ambitions territoriales. 3. S’abstenir de participer à un processus qu’elles jugeraient biaisé. 

La troisième option contredirait la ligne politique qu’elles ont suivie depuis l’assassinat de  Jovenel Moïse, marquée par la participation aux mécanismes de transition plutôt que par le  boycott.

Conclusion 

En prolongeant un délai après l’avoir officiellement clos et fait constater par un juge de paix,  le CEP a commis une faute de cohérence et de prévisibilité. Cette manœuvre, qu’elle soit  motivée par le souci d’inclusion ou par le désir de favoriser certains acteurs, affaiblit l’autorité  de l’institution et nourrit le soupçon d’arbitraire. Un arbitre qui ne respecte pas lui-même les  règles qu’il est censé faire appliquer perd rapidement la confiance des joueurs et du public. 

Le processus électoral haïtien n’a pas besoin d’un arbitre imprévisible. Il a besoin de règles  claires, stables et appliquées avec rigueur. Pour l’instant, le CEP donne le sentiment contraire.  Et c’est l’ensemble du scrutin du 13 décembre qui en pâtit.

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