9 août 2026
Gouvernance criminelle et recomposition de la souveraineté : Comprendre la spirale contemporaine de la violence en Haïti
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Gouvernance criminelle et recomposition de la souveraineté : Comprendre la spirale contemporaine de la violence en Haïti

La violence en Haïti a été très peu étudiée sous l’angle de la gouvernance criminelle et de la recomposition de la souveraineté de l’État. Certes la littérature politique a souvent mis en évidence la convergence entre le criminel et l’institutionnel, et a parfois montré comment leur imbrication a pu servir de mécanisme de contrôle territorial et de régulation de la sécurité.

Elle s’est toutefois moins intéressée à l’évolution de cette composition et aux mutations des formes de pouvoir qu’elle produit. La structure politique formelle, qui se trouvait déjà en tension avec la souveraineté des masses rurales, se trouve aujourd’hui sérieusement confrontée à la montée des groupes criminels cherchant à exercer une forme de souveraineté.

Cette situation favorise l’expansion de phénomènes et d’épiphénomènes hors-droit et conduit à une présence étatique de plus en plus limitée, fragmentée, déléguée et autoritaire auprès de la population. Au sein du complexe criminel qui structure le pays, l’État haïtien ne disposant pas exclusivement de l’usage de la force n’est qu’un acteur parmi d’autres.

Dans ce contexte, les institutions publiques fonctionnent en interaction avec les groupes criminels, y compris avec leurs alliés – les organisations criminelles transnationales – pour produire des dynamiques de contrôle territorial, de règlement de conflits, de gestion et de captation des ressources. Les acteurs étatiques comme les groupes criminels ont besoin, quoique selon des logiques différentes, d’accéder à des ressources et de contrôler le pouvoir politique afin de préserver leur liberté d’action.

L’émergence de groupes armés non étatiques exerçant un contrôle territorial ; la transformation des relations entre ces groupes et les institutions publiques ; les nouvelles formes de coopération autour d’intérêts communs ; le rôle croissant des groupes armés non étatiques auprès des populations civiles ; la production de nouvelles règles de gouvernance en marge du droit étatique ; ainsi que l’articulation entre dynamiques criminelles locales et réseaux transnationaux invitent à repenser les catégories théoriques classiques de la gouvernance et de la souveraineté, encore aujourd’hui dominées par les approches du Nord global.

La réalité de la violence en Haïti constitue à cet égard un exemple évident remettant en question les conceptions classiques de la gouvernance et de la souveraineté. L’État haïtien est donc de plus en plus confronté à une forme de gouvernance criminelle et de souveraineté partagée mettant à l’épreuve la conception wébérienne de la puissance du droit et de l’État comme détenteur du monopole de la violence légitime.

Comprendre les nouvelles formes de violence implique dès lors de s’engager dans une réflexion critique sur le rôle de l’État et sur ses relations avec les structures illégales, mais aussi sur les formes hybrides de construction du pouvoir qui émergent dans les interstices du droit et des institutions étatiques. L’approche privilégiée ici est qualifiée d’hybride et paradoxale.

Elle permet d’examiner les différentes souverainetés en présence, en confrontant les principes théoriques au réel chaotique, et de mettre en évidence les particularités du cas haïtien et sa pertinence pour l’étude des territoires à souverainetés partagées.

Dr Milcar Jeff Dorce
Avocat, professeur et chercheur postdoctoral en droit international, Université Laval, Université de Bordeaux
jeffmilcar@yahoo.fr

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