6 août 2026
Entre diplomatie de façade et défis structurels : le communiqué du CEP du 5 août 2026 
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Entre diplomatie de façade et défis structurels : le communiqué du CEP du 5 août 2026 

Le Conseil électoral provisoire (CEP) a publié, le 5 août 2026, une note de presse (Réf. : CEP  / DC / 035-2526) relatant deux rencontres tenues le même jour à son bureau central de Pétion Ville. La première réunissait le comité de pilotage du Projet d’appui au processus électoral en  Haïti (PAPEH), co-présidé par le président du CEP et le représentant résident du PNUD. Y  

participaient le ministère de la Planification et de la Coopération externe, l’UNOPS et  d’autres partenaires techniques et financiers. Selon le texte, le comité a analysé les actions  déjà réalisées, adopté certaines décisions et prévu une réunion d’évaluation dans un mois. 

Immédiatement après, une session d’échanges a regroupé des représentants de la communauté  internationale présents en Haïti : ambassadeurs du Canada, du Chili, du Mexique, de Taïwan  et du Brésil, le chargé d’affaires de la France, ainsi que des délégués de l’Organisation des  États américains (OEA) et du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). L’objectif  affiché était de faire le point sur l’état d’avancement du processus électoral et d’échanger sur  les étapes restantes jusqu’à la tenue des scrutins. Les participants ont salué les efforts du CEP  pour organiser les élections dans le respect du décret électoral et ont réaffirmé leur volonté de  poursuivre et renforcer leur accompagnement technique et institutionnel. Le CEP, de son côté,  a réaffirmé son engagement à conduire un processus « inclusif et impartial », dans le strict  respect des principes d’indépendance, de transparence, d’intégrité et de responsabilité  démocratique. La note est datée de Pétion-Ville, le 5 août 2026, et porte un numéro  d’authentification. 

Ce communiqué s’inscrit dans un contexte où le CEP a publié fin juillet 2026 un calendrier  électoral prévoyant le premier tour des élections présidentielle, législatives et référendaire le  13 décembre 2026, et le second tour le 21 février 2027. Les opérations d’inscription des  électeurs ont démarré, l’enregistrement des groupements politiques a été prolongé, et un  budget de 120 millions de dollars a été approuvé après de longues tractations. Le texte du  CEP apparaît donc comme un exercice de communication institutionnelle visant à démontrer  le caractère collégial, internationalement accompagné et méthodique du processus. 

Pourtant, une lecture critique s’impose. D’abord, le communiqué reste d’une généralité  presque rituelle. Il évoque des « actions déjà réalisées » et des « décisions adoptées » sans en  préciser le contenu. Quels obstacles concrets ont été levés ? Quels retards ont été constatés  dans l’inscription des électeurs, particulièrement dans les zones contrôlées par les gangs ?  Quelles mesures ont été prises pour garantir l’accès des populations déplacées internes, dont  le nombre dépasse le million ? Le silence sur ces points transforme la note en exercice de  relations publiques plutôt qu’en bilan transparent. 

Ensuite, la présence massive de la communauté internationale, saluée comme un atout,  soulève la question de la souveraineté réelle du processus. Le PAPEH est co-présidé par le  représentant du PNUD ; l’UNOPS, l’OEA et le BINUH sont partie prenante. Si l’appui  technique et financier est indispensable dans un pays aux ressources limitées, il nourrit aussi  une dépendance structurelle et une perception d’extériorité. Les ambassadeurs et représentants  internationaux « saluent les efforts » et « réaffirment leur accompagnement ». Cette  rhétorique bienveillante ne dit rien des éventuelles pressions, des conditionnalités attachées  aux financements, ni des divergences qui ont marqué les mois précédents autour du décret  électoral du 2 juin 2026, contesté par le CEP lui-même pour atteinte à son indépendance avant  d’être partiellement clarifié.

Le CEP réaffirme avec solennité son attachement à l’indépendance, à la transparence et à  l’impartialité. C’est un rappel nécessaire, car l’institution demeure provisoire et opère dans un  environnement politique encore marqué par les séquelles de la transition. L’histoire électorale  haïtienne récente regorge de conseils électoraux dont l’indépendance a été mise en doute.  Réaffirmer des principes ne suffit pas à les incarner. La crédibilité se construira sur le terrain :  qualité du registre électoral, sécurité des bureaux de vote, traitement équitable des  candidatures, rapidité et transparence de la publication des résultats. 

Le principal angle mort du communiqué demeure la sécurité. Le CEP et le gouvernement ont  eux-mêmes conditionné le respect du calendrier à « l’établissement d’un climat sécuritaire  acceptable ». Or, les gangs contrôlent encore de larges portions du territoire, les déplacements  forcés se poursuivent et la violence reste endémique. Organiser des élections dans ces  conditions risque de produire un scrutin à géométrie variable, où certaines zones seront  exclues de fait. Un processus qui n’est pas accessible à tous les citoyens ne peut prétendre à la  pleine légitimité démocratique. 

Enfin, le communiqué ne dit rien de la participation citoyenne. Les Haïtiens, épuisés par des  années de crise, d’inflation et d’insécurité, risquent de se détourner d’un processus perçu  comme lointain ou déjà capturé par les élites et les partenaires internationaux. Sans une  mobilisation large, sans confiance dans les institutions et sans résultats tangibles sur la  sécurité, les élections de décembre 2026 pourraient connaître le même sort que celles de 2015  : une faible participation et une légitimité fragile. 

Le texte du 5 août 2026 a le mérite de montrer que le CEP continue de travailler et de  dialoguer. Il a le défaut de présenter une image trop lisse d’un processus encore semé  d’embûches. La véritable avancée ne se mesurera pas au nombre de réunions tenues avec les  ambassadeurs, mais à la capacité concrète d’inscrire les électeurs dans les zones difficiles, de  garantir la sécurité le jour du scrutin et de produire des résultats acceptés par la majorité des  acteurs politiques et par la population. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, les notes  de presse, aussi bien tournées soient-elles, resteront des exercices de communication plus que  des preuves de progrès décisifs.

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