3 août 2026
Derrière le calendrier du 13 décembre, la coalition au pouvoir – Fanmi Lavalas en  particulier – au cœur d’un jeu trouble 
Actualités Opinions Politique

Derrière le calendrier du 13 décembre, la coalition au pouvoir – Fanmi Lavalas en  particulier – au cœur d’un jeu trouble 

Alors que le Conseil Électoral Provisoire maintient un calendrier fixant le premier tour des  élections au 13 décembre 2026, le processus électoral apparaît de plus en plus comme le  terrain d’affrontement d’intérêts économiques, sécuritaires et politiques. Derrière les  communiqués officiels et les dates annoncées se dessinent des réseaux d’influence qui placent  la coalition au pouvoir – et Fanmi Lavalas en particulier – au cœur d’un jeu trouble. 

Les réseaux d’influence économique et sécuritaire 

Des informations font état de rapprochements facilités par l’oligarque Gilbert Bigio entre  Michel Martelly, l’ancien président dominicain Luis Abinader et le Premier ministre Alix  Didier Fils-Aimé. Ces liens s’inscrivent dans une histoire plus longue. En 2023, Abinader  avait interdit l’entrée en République dominicaine à plusieurs proches de Martelly, tout en  

épargnant ce dernier grâce, selon certaines sources, à une intervention de Bigio. Sous la  présidence de Martelly, Bigio avait obtenu le port privé de Lafito, en concurrence avec  d’autres intérêts portuaires. Depuis, l’essor des gangs s’est inscrit dans un contexte de lutte  pour le contrôle de territoires économiques stratégiques. 

Plus récemment, des éléments indiquent que des proches de Bigio auraient facilité  l’implication d’Erik Prince et de sa société dans des contrats de sécurité avec le gouvernement  Fils-Aimé. Ces arrangements, qui combinent lutte contre les gangs et perspectives de contrôle  de recettes douanières, renforcent le sentiment que la sécurisation du pays est devenue un  enjeu de réseaux privés autant que d’intérêt public. 

La coalition au pouvoir : gestion du temps et conservation des  avantages 

La coalition qui soutient Fils-Aimé – regroupant notamment des éléments liés au PHTK, à  Fanmi Lavalas, à l’OPL et à Vérité – dispose de leviers concrets pour influencer le rythme du  processus. En conditionnant la tenue des élections à la sécurité et aux ressources financières,  elle conserve une marge de manœuvre importante. Tant que l’insécurité reste élevée, le  calendrier peut être reporté. Tant que les fonds sont dosés, le CEP peut être ralenti. 

Cette gestion du temps n’est pas neutre. Elle permet à la coalition de prolonger l’exercice du  pouvoir tout en maintenant l’apparence d’un processus démocratique en cours. Les réunions  discrètes, les arrangements sécuritaires et les calculs autour des ports et des contrats privés  s’inscrivent dans cette logique : stabiliser suffisamment pour contrôler, sans stabiliser assez  pour perdre le contrôle. 

Le rôle particulier de Fanmi Lavalas 

Fanmi Lavalas occupe une place singulière dans cette configuration. Historiquement ancré  dans un discours de souveraineté populaire et de rupture avec les élites économiques, le parti  se retrouve aujourd’hui associé à une coalition qui négocie avec des oligarques et externalise  une partie de la sécurité à des acteurs privés étrangers. Cette contradiction n’est pas anodine.

En participant au Pacte de Stabilité et en soutenant, même de manière critique, le  gouvernement Fils-Aimé, Lavalas s’expose à un risque de délégitimation auprès de sa base  traditionnelle. Si le processus électoral apparaît comme le produit d’arrangements entre élites  économiques, réseaux sécuritaires privés et forces politiques de l’ancien système, le parti aura  du mal à convaincre qu’il incarne encore une alternative. À l’inverse, s’il parvient à tirer  profit d’un scrutin organisé dans ces conditions, il devra assumer d’avoir contribué à légitimer  un processus entaché de soupçons. 

Le calcul de Lavalas semble double. D’un côté, participer au pouvoir intérimaire permet  d’influencer les règles du jeu et d’éviter une exclusion pure et simple. De l’autre, un scrutin  précoce et mal préparé pourrait favoriser des forces mieux implantées dans certaines zones ou  mieux protégées par les réseaux sécuritaires. Dans les deux cas, le parti joue une partie  risquée : celle de la participation à un processus dont il ne contrôle ni tous les leviers ni toute  la légitimité. 

Les gangs, instruments et révélateurs 

Dans ce contexte, les gangs ne sont plus seulement des acteurs criminels. Ils deviennent des  instruments potentiels dans les rapports de force. Selon certaines analyses, des groupes armés  liés à des intérêts économiques concurrents agiraient de manière différenciée face au  processus électoral : les uns en maintenant l’insécurité pour bloquer un scrutin défavorable,  les autres en tolérant une relative stabilisation pour favoriser leurs alliés. Cette  instrumentalisation transforme la sécurité en variable d’ajustement politique. 

Pour la coalition au pouvoir, le risque est grand. Si elle apparaît comme incapable de réduire  l’emprise des gangs, elle perd en crédibilité. Si elle apparaît comme capable de les gérer  sélectivement, elle nourrit le soupçon de collusion. Dans les deux cas, la légitimité du scrutin  du 13 décembre en sort affaiblie. 

Un processus sous tutelle d’intérêts 

Au total, le calendrier du 13 décembre ne peut plus être lu comme une simple feuille de route  technique. Il s’inscrit dans un jeu d’influence où se croisent oligarques, réseaux politiques de  la coalition au pouvoir, intérêts économiques portuaires et douaniers, et acteurs sécuritaires  privés. Fanmi Lavalas, en choisissant de participer à cette configuration plutôt que de s’en  démarquer clairement, prend le risque de voir son discours historique dilué dans des  arrangements pragmatiques. 

Le peuple haïtien, lui, observe. Il voit les inscriptions d’électeurs piétiner, les candidatures se  préparer dans un climat de peur, et les véritables centres de décision sembler se situer bien au delà des institutions officielles. Tant que les jeux d’influence économique et politique  primeront sur la transparence et le rétablissement de l’autorité de l’État, les élections du 13  décembre risquent de n’être qu’une formalité organisée pour recycler des équilibres de  pouvoir plutôt que pour exprimer la souveraineté populaire. 

Haïti n’a pas besoin d’un scrutin sous tutelle d’intérêts privés et de calculs de coalition. Elle a  besoin d’un processus crédible, sécurisé et réellement démocratique. Pour l’instant, les zones  d’ombre s’épaississent plus vite que les garanties.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.