Haïti, TPS et dérive institutionnelle : quand l’humiliation extérieure rencontre la faillite intérieure. — La campagne « Import the Third World, Become the Third World », relayée par Homeland Security, cible frontalement Haïti et ses ressortissants sous TPS, sans réponse officielle ferme du gouvernement haïtien. Pendant que le pays est exposé à une stigmatisation internationale, la ministre de facto des Affaires Etrangères est davantage absorbée par une diplomatie de conférences, de voyages et de per diem que par la défense effective de la dignité nationale. Res publica non ludus est : l’État n’est pas un jeu. Face à une attaque symbolique d’une telle gravité, le silence de Port-au-Prince prend les allures d’un aveu d’impuissance.
La nouvelle campagne de communication du Department of Homeland Security, construite autour de la formule « Import the third world, become the third world », installe les Haïtiens sous statut TPS au cœur d’une rhétorique américaine de plus en plus stigmatisante. Le message a été repris par le DHS sur X, dans le prolongement d’un discours présidentiel associant immigration, insécurité et déclin national. En face, « Haïti dispose d’un gouvernement de doublure aux ordres de Washington », fustige le Dr Josué Renaud, de New England Human Rights.
Cette offensive intervient au moment où Haïti demeure prisonnière d’une transition dépourvue de légitimité électorale, incapable de garantir les conditions sine qua non d’un scrutin honnête : sécurité du territoire, libre circulation des citoyens, crédibilité du CEP, confiance publique et autorité effective de l’État. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, présenté depuis son intronisation comme le seul « kòk chante » en Haïti, a lui-même reconnu que l’insécurité ne permettait pas la tenue du vote présidentiel prévu en août 2026. Cet aveu place son gouvernement face au principe nemo auditur propriam turpitudinem allegans : nul ne peut se prévaloir de sa propre défaillance pour justifier l’impasse institutionnelle qu’il prétend résoudre.
Sur le plan juridique, l’enjeu devient plus grave encore. Même si un décret électoral a été publié le 2 juin 2026, il reste vivement contesté, notamment parce que le CEP a dénoncé des modifications et tensions avec l’exécutif autour du texte. Dès lors, le pouvoir de convoquer le peuple en ses comices ne peut être traité comme une formalité administrative entre les mains d’un Premier ministre de transition. En droit public, tout acte posé au-delà de la compétence reconnue par la Constitution tombe sous le soupçon ultra vires.
Le scandale est donc double : à l’extérieur, des Haïtiens deviennent la cible d’une campagne américaine qui amalgame un fait criminel individuel à toute une communauté ; à l’intérieur, des dirigeants de doublure, sans mandat populaire, continuent d’entraîner le pays vers une incertitude institutionnelle absolue. À qui la faute ? Aux exécutants visibles ? Aux tuteurs invisibles ? Ou à cette classe dirigeante qui offre au monde l’image d’un État livré à ses propres contradictions ?
Ici s’impose la question cui bono ? — à qui profite cette décomposition ? Car plus Haïti s’enfonce dans l’illégalité, l’insécurité et l’improvisation électorale, plus d’autres parlent à sa place, décident à sa place et finissent par humilier ses ressortissants au nom d’un ordre migratoire qu’ils contrôlent seuls.


